Mais qui sont ces Clarisses?

Bosco d'Otreppe Publié le - Mis à jour le

Société

C'est au 13e siècle en Italie, à l'ombre de la petite église de la Portioncule bâtie par François d'Assise, que Sainte Claire fait la connaissance des écrits, des prêches et de la pensée de ce grand religieux catholique. La prière, la pauvreté, l'évangélisation et le respect de la nature sont les piliers de l'ordre des Franciscains qu'il a fondé. Sous le charme, Sainte Claire rêve de la même chose, mais pour les femmes, et fonde en 1212 l'ordre des Pauvres Dames, plus souvent appelé l'ordre des Clarisses.

Pauvreté, mendicité et retrait

La règle qu'elle édicte est très simple et prône la pauvreté, la mendicité, bannit toute propriété individuelle, et suggère la contemplation et le retrait total du monde (sauf exceptions les sœurs ne peuvent quitter le cloître au cœur du monastère). Très vite, un nombre grandissant de jeunes femmes charmées par la vie sobre que propose Sainte Claire rejoignent l'ordre et assurent sa postérité, dont sont issues les sœurs de Malonne.

Jusque dans les années soixante et le concile Vatican II, les sœurs vivent exclusivement de la charité, des dons et de la mendicité. Le train de vie est très pauvre et comme nous le confirme Anne Dolorès Marcèlis qui a consacré une partie de sa thèse (faculté de théologie de l'UCL) au monastère de Malonne, on ne retrouve aucune trace d'un quelconque livre de compte, ou de la moindre planification financière. Fidèles à l'Évangile, les sœurs préfèrent se confier à la providence en faisant confiance à Dieu.

Tout change cependant lors de ce fameux concile qui interdit, entre autres, la mendicité. À Malonne, les sœurs se mettent à réaliser des travaux de secrétariat ou de couture qui, couplés à l'entretien d'un jardin potager et à l'ouverture d'une hôtellerie, leur rapportent un peu d'argent. Mais ce bouleversement leur permet aussi de montrer toute leur originalité. Rappelons que la Belgique fut une terre très fertile pour les Clarisses, on compte dans le pays énormément de monastères de cet ordre, mais leur tendance est très rigoriste.

Des sœurs plus modernes

Les sœurs de Malonne ne sont pas du même clan. Chassées de France par la loi Combes qui expulse des religieux de l'Hexagone, elles ne perdent pas courage, prennent leur sac, la route, et arrivent dans nos régions en 1903. Pour survivre, certaines d'entre elles brisent l'exigence de contemplation et de retrait pour enseigner et s'ouvrir au monde. Cette « modernité » sera toujours la marque de fabrique de Malonne. Dans les années soixante elle s'inscrivent à la mutuelle, n'hésitent pas à inviter des théologiennes féministes et à sortir du cloître pour suivre des cours.

Cette ouverture n'évitera pas à l'ordre le déclin qu'il connaît aujourd'hui en Belgique où il ne reste qu'une quinzaine de monastères (dont 13 en Flandre). Qu'importe, pour la dizaine des moniales qui vivent encore à Malonne, l'essentiel, nous explique encore Anne Dolorès Marcèlis, est que l'ordre survive à travers le monde. Elles continuent donc à vivre leur petit bonhomme de chemin abordant le monde à leur manière. Leur vie est rythmée de travaux, d'échanges avec les visiteurs, mais aussi avec le monde carcéral avec lequel elles entretiennent beaucoup de contacts. L'ambiance reste pauvre, silencieuse (c'est la règle), mais collective. Michelle martin ne devrait pas y être tellement esseulée nous explique notre spécialiste, mais elle arrivera dans un monde très structuré, très sobre et très priant.

Publicité clickBoxBanner