Société

Peu élégante et cependant relativement courante, plutôt facile mais pas forcément subtile, l’expression "T’as tes règles ou quoi ?" a le don d’en énerver plus d’une. Alors que d’autres préfèrent la dédaigner d’un haussement d’épaule. Ce qui la suscite ? Pas grand-chose.

Pour se l’entendre dire, il suffit en effet de se montrer un tantinet plus irritable qu’à l’accoutumée, ce qui se traduit par "agressive" ou carrément "hystérique", selon l’auteur de l’invective, chialer "sans raison apparente", exploser "pour une broutille", se vexer "pour rien", s’impatienter ou angoisser "de manière tout à fait disproportionnée", avoir un petit coup de blues "totalement débile",… Bref, "rien qui justifie de se mettre dans pareil état, c’est évident". C’est évident ?

On ne peut pas nier le syndrome

Et que dire alors, à côté de ce "délire émotionnel", de la liste bien établie des manifestations physiques du syndrome prémenstruel, pudiquement appelé SPM ? Douleurs abdominales et/ou dorsales, troubles circulatoires, jambes lourdes, tension mammaire et gonflement des seins, maux de tête, migraines, rétention d’eau, nausées et dégoûts alimentaires, ou alors fringales pour des aliments sucrés ou salé, baisse ou au contraire hausse du désir sexuel, fatigue, problèmes de peau, prise de poids… ?

Tous ces symptômes n’apparaissent heureusement pas chez toutes les femmes - la fréquence, l’intensité et la durée sont éminemment variables d’une femme à l’autre -, mais ils sont le signe qu’il se passe clairement à cette période du cycle qui précède les règles un certain nombre de bouleversements dans leur corps et donc aussi dans leur tête. Alors quoi ?

Les fluctuations hormonales en cause

Typique de la deuxième partie du cycle menstruel, la fluctuation hormonale pourrait bien expliquer ces "petits désagréments" de tous ordres.

Alors que, après la phase folliculaire (du 1er au 13e jour pour un cycle de 28 jours) et la phase ovulatoire (le 14e jour), la femme se trouve en phase dite lutéale (du 15e au 28e jour), la sécrétion d’œstrogènes (qui influencent notamment la libido et l’humeur) est en baisse et celle de progestérone (qui a pour effet inverse de diminuer le désir sexuel) en hausse. Avant de chuter à son tour en l’absence de fécondation.

Perçues par le cerveau, les fluctuations de ces deux hormones, et plus encore peut-être le déséquilibre dans le rapport œstrogènes/progestérone, peuvent expliquer les symptômes psychologiques. Suivant les fluctuations hormonales du cycle menstruel, il pourrait également y avoir une fluctuation des neurotransmetteurs dans le cerveau, et en particulier la sérotonine qui a une action à divers niveaux : sommeil, sexualité, troubles du comportement alimentaire, agressivité… CQFD, même si les hormones n’expliquent pas tout.

La part du psychosomatique

Et que dire de la part psychosomatique ? "Les règles sont une des caractéristiques essentielles de la féminité, explique Karine Ravier-Wrobel, naturopathe, dans "Le Syndrome prémenstruel, des solutions naturelles". La période menstruelle est pour les femmes le rappel qu’elles sont des femmes. Or, la plupart des femmes évoluent, du point de vue professionnel, dans un univers dominé par les hommes. […] Il peut se produire au moment des règles et à leur approche, une réactivation d’un processus de rejet et de culpabilité de leur propre féminité, particulièrement pour les femmes qui ont de l’ambition professionnelle. Les règles et le cycle féminin n’ont pas le droit de cité dans le monde de l’entreprise. Les problèmes féminins y sont toujours traités avec un certain mépris, voire un mépris certain". Et donc il ne faudra pas s’étonner d’encore s’entendre dire : "T’as tes règles ou quoi ?".