Pas si simple d’identifier un "haut potentiel"

Laurence Dardenne Publié le - Mis à jour le

Société Entretien

IL FUT UN TEMPS PAS SI LOINTAIN - et d’ailleurs peut-être est-ce toujours le cas - où, à entendre les discussions de mamans pas peu fières, on aurait pu croire qu’il y avait, en moyenne, un HP par foyer. Un quoi ? Ben, un HP, un enfant à haut potentiel. Un surdoué, si tu préfères. Ah L’une avait son petit dernier brillant au point de pouvoir passer de sa troisième année de primaire directement à la cinquième en sautant la quatrième, " mais finalement, on ne l’a pas fait, question de maturité "... Une autre avait sa gamine qui " cartonnait " en première année primaire. Et la troisième, un petit matheux - avec une bosse (des maths) à lui défigurer le visage - dont on avait prédit, dès ses 7 ans, qu’il serait plus que probablement un sacré ingénieur, parce qu’on n’a pas osé dire un Nobel. Comme s’il suffisait d’aligner trois 96 % sur son bulletin de 2e primaire pour se voir labelliser HP !

La chose n’est pas aussi simple et ce n’est pas le Pr Jacques Grégoire, de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’UCL, qui nous contredira. Lui qui donnera, ce mardi 4 décembre, à Louvain-la-Neuve, une conférence grand public sur les personnes à HP (1). En l’intitulant "Les défis de l’identification du haut potentiel", l’orateur annonce la couleur.

Qu’on se le dise d’emblée, il n’existe pas de définition du HP qui soit universellement acceptée. " Les critères vont dépendre de la nature même du HP ", nous dit Jacques Grégoire. Depuis les premiers tests de développement intellectuel, datant de 1905 et mis au point par les docteurs et psychologues français Alfred Binet et Théodore Simon pour identifier les retards chez l’enfant, à l’utilisation du QI, due au psychologue américain Terman, comme critère de haut potentiel intellectuel, bien des subtilités sont apparues et des questions se sont posées, mettant en évidence une réalité nettement plus complexe.

" Au cours du temps, on s’est rendu compte que le haut potentiel intellectuel pouvait se manifester dans des facettes très différentes, qu’il soit plutôt orienté vers la facette verbale, numérique, visio-spatiale , nous dit encore le psychologue. Même dans le domaine strictement cognitif de l’activité mentale, on peut en effet avoir des facettes très différentes. En outre, on peut avoir des hauts potentiels dans des domaines de compétence qui sont non intellectuels : on peut par exemple être très brillant dans un domaine sportif ou artistique, créatif Le haut potentiel peut donc se manifester dans de nombreux domaines et ces facettes peuvent se combiner avec d’autres. Ainsi, un HP verbal et artistique."

Au fil du temps et des recherches, les formes de HP sont ainsi apparues comme de plus en plus variées, d’où la difficulté de les identifier. Et d’où le thème de la conférence : "Les défis de l’identification du haut potentiel".

" Le développement ces dernières années de tests d’intelligence permettant de mesurer une palette d’aptitudes de grande amplitude, en plus du traditionnel QI, a remis en cause nos pratiques d’identification du haut potentiel, précise à ce titre le Pr Grégoire, dans le cadre de sa conférence. Des tests comme le WISC-IV ou le KABC-II (NdlR : pour les initiés ) mettent aujourd’hui en évidence des profils hétérogènes chez de nombreux enfants antérieurement identifiés comme à haut potentiel sur la base de leur seul QI. Parallèlement, les modèles récents du haut potentiel soulignent l’importance de caractéristiques non intellectuelles comme la motivation ou la créativité. Cet élargissement du tableau psychologique associé au haut potentiel remet en question les critères diagnostiques classiques et laisse certains praticiens perplexes et désemparés "

La conférence exposera les principaux problèmes diagnostiques et présentera diverses pistes pour les surmonter.

(1) La conférence sur "Les défis de l’identification du haut potentiel", par le Pr Jacques Grégoire, aura lieu le mardi 4 décembre de 18 h 30 à 20 heures, à l’auditoire Socrate 11, Place Cardinal Mercier, 10 à Louvain-la-Neuve. Entrée libre et gratuite. Rens. : IPSY - Institut de recherches en sciences psychologiques. Tél. : 010 47 45 47. Site : www.uclouvain.be/ipsy.htlm

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