Société Face aux contrariétés de la vie, au négativisme ambiant, plutôt que rugir ou ruminer, pourquoi ne pas simplement apprendre à respirer par le nez ? Et passer en mode cré-actif. C'est ce que suggère ce week-end le Quid, le supplément de LaLibre. 

Une franche accolade "comme on fait chez nous, tu sais", pour une première rencontre, le geste chaleureux et le tutoiement surprennent.

Est-ce, en prime, l’accent québecquois - au demeurant charmant - qui détend, toujours est-il que Guy Perron dégage une contagieuse sérénité. Il est vrai que, depuis 20 ans, ce Canadien enseigne la conscience et la philosophie spirituelle. Co-auteur, avec Raymond Arpin, formateur et coach en gestion du changement, de "Rugir, ruminer ou respirer par le nez" (Les Editions de l’Homme, 19,70 €), Guy Perron ne mettra pas longtemps pour nous faire comprendre laquelle des trois attitudes il adopte face aux petites - et parfois plus grandes - contrariétés de la vie. Voire au négativisme ambiant.

Pour chasser la négativité et passer en mode cré-actif, les auteurs proposent dans cet ouvrage, bourré de mises en situation amenant à la réflexion, 21 pratiques (lire en pages 6 et 7) qui vont de l’appréciation et du contentement au ressourcement, en passant par l’acceptation, la bienveillance, la diligence, la paix dynamique, la simplicité, le non-jugement, la sincérité, le don de soi, l’engagement, l’harmonie, l’amour véritable…

Entre prendre de la hauteur, de la distance ou du recul, quelles distinctions faites-vous ?

Je pense qu’avant de prendre de la hauteur, il faut prendre du recul ou de la distance. Il y a une expression américaine qui dit : "in world, op world, on world". On va à l’intérieur, ensuite de cela on peut s’élever, avoir un autre regard sur ce qui se passe autour de nous et être beaucoup plus en mesure d’agir sur les événements au lieu de réagir aux événements. Malheureusement, de nos jours, nous sommes extrêmement sollicités, par les téléphones intelligents, les tablettes… Or, être continuellement en mode réactif, cela finit par nous épuiser et surtout nous rendre négatifs. On n’a plus ce recul face à tout ce qui se passe dans la vie. Alors, on fait beaucoup de choses, mais on n’accomplit pas grand-chose finalement. Et la satisfaction vient de l’accomplissement et non juste du fait de faire des choses. On oublie d’être avant de faire quelque chose.

Que signifie "être en mode cré-actif" ?

Toute personne qui poursuit une quête quelconque pour atteindre une certaine maîtrise de soi, de ses émotions ou de ses pensées compulsives doit comprendre qu’il faut prendre effectivement du recul, une certaine distance face à ce qui se passe pour se redécouvrir, pour aller à l’intérieur. On sait tous que la créativité est à l’intérieur de nous. Elle est indépendante des événements extérieurs. Lorsqu’on cesse les activités extérieures, on peut s’adonner à un autre genre d’activités qui sont les activités intérieures, d’où émerge la créativité. La cré-activité signifie l’activité en action, comment l’amener dans notre quotidien. Car beaucoup de gens ont de bonnes idées, mais ils n’en font pas grand-chose car ils sont constamment sollicités, en réaction aux événements.

Comment faut-il dès lors s’y prendre ?

Un bel appel à l’action est de dire : éteignez tout et allumez-vous. Lorsque l’on éteint tout ce qui est électronique autour de nous, on peut se retrouver un peu. Ensuite, je recommande de pratiquer le contentement. C’est une pratique qui nous amène à apprécier déjà tout ce que l’on a dans la vie de tous les jours, et donc se libérer de cette insatisfaction de fond qui est tout le temps présente quand on est en mode réactif où l’on n’a jamais assez. C’est en vouloir toujours plus parce que le vide intérieur est bien présent. Lorsque l’on s’intériorise, on peut remplir cette vie intérieure de cette gratitude, qui nous amène à avoir ce bonheur intérieur indépendamment de ce qui se passe autour de nous. On cherche beaucoup à l’extérieur ce qui, au fond, est en nous. C’est atteignable et accessible à chacun de nous pour autant que l’on se donne le temps et l’espace.

La méditation peut-elle amener à nous intérioriser, à prendre un peu de recul face à tout ?

Absolument, c’est un bon exemple de pratique. On peut aussi, par exemple, passer dix minutes sur une chaise à ne rien faire. Ni lecture, ni télé, ni musique, ni smartphone, ni méditation. Rien. Rester dix minutes sur une chaise à se calmer sans rien faire, il faut essayer. Le défi est d’arriver à éliminer les pensées compulsives et de réaliser finalement que les choses pour lesquelles on rumine ne sont pas très importantes. Par une pratique quotidienne, on peut arriver à s’intérioriser en prenant 10 à 15 minutes. Quand on est dans le feu de l’action, on pense que tout cela est très important, on n’a pas ce point de vue un peu plus élevé de ne rien prendre de manière personnelle. Cela nous permet d’avoir plus de discernement, de perspicacité.

Prendre de la distance ou de recul, cela vient-il avec l’âge, avec certains événements ? Est-ce inné ou cela s’apprend-il ?

Chacun est unique. Cela dépend aussi un peu de notre éducation. Je ne pense pas que cela a vraiment un rapport avec l’âge. J’ai vu des gens âgés qui n’avaient aucune sagesse. Je pense que beaucoup de jeunes découvrent que cette vie trépidante n’est peut-être pas la solution à tout et qu’en s’intériorisant, on peut faire face aux événements de bien meilleure façon. Il est vrai que, la plupart du temps, c’est un événement malheureux, la perte d’un être cher, un accident, une maladie…, qui nous amène à réfléchir sur la vie. Mais ce qui est bien en étant pro-actif, on peut y arriver sans vivre quelque chose de tragique.


Ce dossier est à lire dans son intégralité dans le supplément "Quid" de ce week-end