Société Qu’on aime ou pas, le tatouage a le vent en poupe. Et s’il fut un temps un geste transgressif, il est désormais presque devenu une pratique à la mode. Ce qui n’a pas empêché "Quid", le supplément de La Libre, de s’interroger sur cette pratique, et la symbolique qu’elle représente pour ceux qui décident de marquer leur peau à vie.

Une fleur de lys, le prénom de sa sœur en grec et "Live with hope", ce sont les trois tatouages que Coralie s’est déjà offerts. Gravés a priori à vie sur les omoplates, un avant-bras et les côtes. "J’en avais très envie", explique l’étudiante. "Cela raconte une partie de la vie. Ils ont une grande valeur pour moi."

Si c’est aujourd’hui la conviction de la jeune fille de 23 ans, que pensera-t-elle dans 10, 20, 30 ans d’avoir ainsi marqué son corps ?

Inconcevables pour certains, les tatouages séduisent de plus en plus de personnes, de tous âges, des deux sexes, de tous milieux sociaux, de tous horizons professionnels comme on a pu s’en rendre compte à travers les quelque 1 200 réponses reçues suite à notre appel à témoignages lancé sur LaLibre.be.

Nombreux sont celles et ceux qui ont attendu des années avant d’oser franchir le pas. "Longtemps freinée par l’environnement familial et le boulot, j’ai hésité jusqu’à ce que je sois installée comme indépendante et surtout prête à assumer totalement mon choix", raconte Anne, graphiste de 38 ans. "J’ai d’ailleurs choisi un endroit du corps visible". Des oiseaux sur l’avant-bras.

Qu’est-ce qui motive l’acte de se tatouer ?

Les motivations des adeptes sont à la fois diverses et répétées. "Des histoires de vie à graver dans la peau, des rêves particuliers à encrer pour ne pas oublier, une douleur précise recherchée, un bien-être personnel d’avoir 'créé' son propre corps, un côté esthétique très rock et sensuel plaisant au regard (surtout pour soi !)", voilà les raisons pour lesquelles Pascale, institutrice primaire s’est fait tatouer un dreamcatcher géant, un renard, une montgolfière, des hirondelles, des coquelicots, des nuages et, bientôt, des parenthèses sur les bras et dans le dos. Comme beaucoup d’autres, "Je voulais marquer ma vie sur ma peau", explique Rebeccka, gérante de 33 ans, qui a choisi pour motifs une fleur, un papillon et des poupées russes, tatoués sur le dos, l’aine et les côtes.

"L’esthétisme d’abord, le symbolisme ensuite", s’explique Grégory, enseignant de 34 ans qui s’est fait tatouer trois fées à queue de serpent et un motif de Luis Royo dans le dos. En s’étant fait graver une fleur de lotus sur l’épaule, Mélissa, 28 ans dit avoir voulu "embellir son corps."

Pour Deborah, 41 ans, assistante de recherche et thérapeute, il s’agit d’une "démarche de réappropriation de soi." Une motivation maintes fois exprimée. Tout comme celle du désir d’émancipation vis-à-vis de ses parents, notamment, voire de contradiction ou alors de se démarquer, d’être unique, d’affirmer la différence…

"J’ai l’impression qu’avoir ce symbole (NdlR : un phénix) sur ma peau me rend plus forte", explique, pour sa part, Laurie, étudiante. En se faisant tatouer une fleur dans le dos, un papillon sur la cheville et un motif polynésien sur la cuisse, Enrica, enseignante infirmière de 43 ans dit avoir voulu "faire face à la timidité."

Inconcevable et vulgaire

Pour d’autres, le tatouage est une chose inconcevable. Souvent qualifiée par ceux-là de "vulgaire." Enseignante de 50 ans, Anne énumère cinq raisons pour lesquelles ô grand jamais elle ne voudrait se faire tatouer. "On est marqué à vie. Nos goûts évoluent ; on peut donc regretter le choix de tel ou tel tatouage. C’est une mode. On vieillit et la peau aussi. Une peau ridée et fripée avec un tatouage, c’est vraiment moche ! Enfin, socialement parlant, au travail par exemple, ce n’est pas toujours de bon aloi."

Si Laura, assistante administrative de 25 ans, n’envisage en aucun cas de se faire tatouer, c’est par "peur que ce soit indélébile." "Est-ce une mode ? Risquerais-je de m’en lasser ? Des questions qui font que je ne passerai jamais le cap."

Pour Daphné, chef d’entreprise de 42 ans, l’avis est tranché : "Je trouve cela vulgaire et je ne comprends pas pourquoi souffrir pour se faire un tatouage qui va rester à vie, qui correspond à quelque chose à un certain moment de la vie et qui plus tard n’aura sans doute plus la même signification."

Moche, le tatouage ? Certainement pas pour Robby, mécanicien vélo de 21 ans : "Le tatouage est un art et mon corps la toile de cette œuvre." Une vision que partage Jennifer, étudiante de 19 ans : "Ma peau est une toile sur laquelle doivent être tatouées les aventures de ma vie." Ce qui se traduit par un poulpe, une licorne et prochainement une ballerine dansant sur la lune…


Le dossier complet est à lire dans le supplément "Quid" de ce week-end