Société

Elisabeth avait trouvé amusant d’emmener son "petit" frère Pierre et leur mère au cinéma. À l’affiche à l’époque, le film "Tanguy", l’histoire de ce jeune homme de 28 ans, diplômé, thésard, mais tellement bien à la maison qu’il n’entendait pas en décoller. Le comique de l’histoire était que ses parents mettaient précisément tout en œuvre pour qu’il quitte enfin le nid. Elisabeth, par son clin d’œil, avait une petite idée en tête : faire comprendre à Pierre, 27 ans, informaticien trilingue, qu’il était peut-être temps de couper le cordon.

Il a fini par partir, à 29 ans et demi, "à temps pour fêter mes 30 ans en Australie", sourit-il. Pierre avait, en secret, fait les démarches pour obtenir un permis de travail Down Under.

"On voit bien combien la dimension affective, plus que matérielle dans son cas, entraînait le statu quo." Pierre "avait tout pour partir, mais non. À défaut de pouvoir mettre des kilomètres psychiques, il a mis des kilomètres physiques" entre lui et sa mère divorcée, analyse Nicolas Zdanowicz, professeur de psychiatrie de l’adolescent (UCL).

Le film "Tanguy" a fait un tel tabac que l’expression est entrée dans le langage courant pour désigner ces jeunes plus si jeunes qui peinent à quitter papa-maman. "Le Tanguy, en moyenne aujourd’hui, est rarement comme celui du film qui enchaîne les diplômes. C’est un type qui n’a pas souvent terminé une formation, qui ne trouve pas d’emploi et se trouve donc en incapacité, ne serait-ce que matérielle, à quitter le domicile familial", cerne le Dr Zdanowicz. Il vit donc avec ses parents pour une durée indéterminée longue.

Généralement, ajoute le professeur, "la dépendance affective est telle qu’il ne peut pas terminer une formation parce que cela supposerait partir de chez ses parents. Il y est encore tellement accroché qu’il préfère rater plutôt que réussir, parce que réussir signifierait partir. Il se met donc dans une dynamique d’échec." Mais "si le Tanguy est dans une telle dépendance affective, c’est aussi parce que ses parents sont dans une dépendance affective symétrique. Ils sont en réalité nettement plus ambivalents que dans le film, c’est ‘pars, non, surtout reste !’" Pas prêts à ce que le nid se vide.

© IPM

Notre dossier complet est à lire dans le supplément "Quid" de ce ce week-end.