Société

Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne spécialisée dans l’enfance et l’adolescence, auteure du livre "Le jour où les enfants s’en vont" (Albin Michel), nous aide à comprendre comment la famille vit cette période délicate du départ des enfants de la maison.

Comment définissez-vous le syndrome du nid vide ?

C’est un moment de détresse plus ou moins fort, voire de dépression, qui suit le départ de la maison des enfants et qui s’accompagne d’un sentiment d’inutilité. C’est un peu comme un baby blues à retardement.

Tous les parents éprouvent-ils forcément ces difficultés ?

Je pense que le départ des enfants ne laisse absolument personne indifférent. Ce qui change, c’est l’intensité. En fonction de l’histoire de chacun, qui est évidemment toujours singulière, les émotions seront plus ou moins fortes. Le départ demande des réaménagements dans la vie. Les personnes qui me parlent du départ de leurs enfants évoquent souvent des choses extrêmement concrètes : il ne faut plus remplir le frigidaire comme avant, il y a moins de bruit dans la maison. C’est ce vide - un vide de petites choses quotidiennes qui peut être extrêmement banal - qu’il faut meubler.

Les mères traversent-elles plus difficilement cette période ?

Oui, même si j’ai vu des pères qui, par leur histoire, souvent avec des problématiques de séparation qui n’étaient pas complètement réglées, ne le vivaient pas bien non plus.

Vit-on le départ de ses enfants en rapport au lien qu’on a eu soi-même avec ses parents ?

On vit leur départ de façon plus douloureuse et compliquée quand on a vécu, dans son histoire, une séparation : des parents divorcés ou un décès, par exemple. Le retentissement sera probablement plus fort. Cela dépend aussi du moment, dans la vie des parents, où les enfants s’en vont. Certains sont plus compliqués que d’autres : un départ à la retraite ou l’arrivée de la ménopause pour une femme. Cela constitue dès lors beaucoup de deuils à la fois.

Comment se remet-on de cette détresse ?

Il faut rassurer les parents parce qu’elle est quand même souvent transitoire ! Ils se rendent compte que les enfants partent - ils ne sont pas morts ! - et qu’ils peuvent construire avec de jeunes adultes des liens extrêmement agréables et réconfortants, d’autant que s’évacue une charge de responsabilités qui pouvait se révéler pesante. Ils ne perdent pas tout, ils peuvent récupérer des choses importantes : du temps pour eux par exemple - ce qui n’est pas désagréable. Plus tard, certains n’ont d’ailleurs pas du tout envie de s’occuper de leurs petits-enfants !

Y a-t-il des clefs pour réussir cette étape de l’envol des enfants ?

Dès le départ, il faut se dire que le but de l’éducation est d’autonomiser son enfant et s’en rappeler tout au long de son développement. On lui apprend à franchir les étapes, qui lui donnent de plus en plus d’autonomie. Il acquiert des capacités de faire les choses de plus en plus personnelles et nombreuses, c’est un succès, c’est le sens de la vie.

Que conseillez-vous aux parents qui veulent se préparer ?

De ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. Il faut continuer à cultiver que le monde ne peut pas tourner autour des enfants. Il faut continuer à être autre chose qu’uniquement des parents. La fonction parentale est importante et prend du temps, mais il faut aussi se rappeler qu’on a une vie sociale, une vie amoureuse, une vie intellectuelle qui ne tourne pas forcément autour d’eux.

Certains couples en viennent néanmoins à divorcer…

Le départ des enfants remet le couple en tête à tête. Si n’existait que le couple parental, le face à face réinterrogera la situation. Ou il sera vivable et il y a la possibilité de faire des projets ensemble. Ou il sera le révélateur du fait qu’on n’a plus rien à se dire et la question de la séparation se posera. On voit maintenant plus qu’autrefois des femmes qui décident de se séparer de leur conjoint à ce moment-là. Elles sont plus audacieuses à cet égard.

Comment les parents doivent-ils se comporter avec leurs enfants une fois qu’ils se sont envolés ?

Il faut rester assez prudent avec les nouvelles technologies. Parce qu’actuellement on peut rester connecté 24h sur 24, même quand les enfants habitent à l’autre bout du monde. Il faut pouvoir les lâcher, les laisser trouver leurs marques et être plus ou moins demandeurs - ce qui peut d’ailleurs évoluer avec le temps. Je dis toujours qu’il faut être disponible si besoin. Ce n’est pas facile, cela peut être jugé comme légèrement ingrat !


Notre dossier complet est à lire dans le supplément "Quid" de ce ce week-end.