Société Papa - maman ont beau savoir qu’un jour leurs petits quitteront le giron familial, le moment du départ s’accompagne d’émotions contrastées. Le "syndrome du nid vide" n’est jamais loin. Il faut retrouver un équilibre et s’y préparer.

Un beau jour, les enfants prennent leur envol et quittent le nid familial, laissant leurs parents derrière eux. Déprimés, fiers, angoissés, heureux, soulagés, tout à la fois. "On sait que cela va arriver" : Francine, logopède namuroise, maman de deux garçons, a "toujours pensé que ses enfants partiraient, depuis leur naissance, un enfant cela ne reste pas avec ses parents".

Mais lorsque le grand jour arrive, la tristesse prend souvent le dessus. Du départ de son aîné, Philippe, indépendant de 51 ans, retient l’image d’une "chambre vide, comme un décès".

"Mon benjamin vivait en kot à Louvain-la-Neuve, mais il faisait des allers-retours, j’avais l’impression qu’il était toujours avec nous, jusqu’au jour où il est parti en Erasmus", raconte Francine. "On est allé le conduire à l’aéroport de Paris, l’hôtel était moche, il faisait un temps pourri. Le moment où il a passé la barrière de contrôle a symboliquement représenté le moment de rupture pour moi. J’ai ressenti de la détresse. De retour à la maison, j’étais perdue."

"Purée, il m’a planté là !"

Le bouleversement émotionnel qui suit le départ des enfants porte un nom, le "syndrome du nid vide". Il s’accompagne - un peu, beaucoup, c’est selon - d’un "mélange d’anxiété liée au vide et de dépression liée au deuil infaisable du départ de sa raison de vivre", explique Nicolas Zdanowicz, professeur de psychiatrie de l’adolescent à l’UCL. "Si vous aimez votre enfant, forcément il n’est pas facile de le voir grandir, prendre un kot, s’installer. Il vous a ‘abandonné’. Mais vous avez aussi un sentiment de devoir accompli et de bonheur à travers la réalisation de votre fils et/ou de votre fille, qui vient cicatriser ce ‘purée, il m’a planté là’!"

Anne, enseignante de 54 ans, mère de quatre enfants, a répondu en ce sens à notre appel à témoins sur LaLibre.be : elle se dit "heureuse" de voir les siens "prendre leur autonomie". Magali et son mari, eux, ont ressenti bien "un coup de blues", mais "notre fils nous a dit : ‘Vous ne devez pas être tristes, vous devez être fiers de me voir autonome et capable de m’assumer. Vous avez réussi votre travail de parents’. Oui, bon, c’est en partie vrai… Maintenant, il nous reste celui de grands-parents, parents et ‘parents’ de nos parents et beaux-parents", poursuit l’enseignante de 49 ans. "Toutes ces générations qui ont besoin de nous, les quinquas ! On ne s’ennuie pas et, en fait, on n’a pas vraiment le temps de réaliser qu’un de nos poussins a quitté le nid !"

Cela se prépare

Le départ des enfants "se prépare, comme la pension", insiste le Dr Zdanowicz. Parce qu’"on se retrouve tout seul avec bien plus de temps pour soi, il faut retrouver des occupations et des motivations pour continuer son propre chemin de vie", note ainsi George, retraité de 68 ans, père de deux garçons. Nathalie, secrétaire de direction, mère de trois enfants, l’avait anticipé : "en prenant du temps pour mon mari et moi, quand ils étaient encore à la maison".

Les plus affectés ont souvent mis tous leurs œufs dans le même panier, centrant leur vie sur leur seule progéniture. "Plus vous avez mis d’œufs colorés dans votre panier - des amis, un travail, une collection de timbres, des sorties, etc. -, plus vous avez une vie riche, moins vous ferez un syndrome du nid vide", remarque le Dr Zdanowicz. Les parents ne ressentent d’ailleurs pas tous cette douleur avec la même intensité. Francine, par exemple, a finalement bien traversé cette période de blues consécutive au départ de son benjamin en Erasmus. "Ce qui m’a sauvée, c’est le retour au boulot."

Plus rien à se dire

"Comme chacun doit retrouver son équilibre et des occupations intéressantes, il y a un moment de flottement" pour le couple, a aussi pu constater George. "Il faut reconstruire la relation, des retrouvailles en quelque sorte, en laissant à chacun le temps nécessaire à ses occupations", ajoute-t-il, conseillant de travailler sur la "zen attitude". Mais il arrive aussi que le retour au face à face révèle un gouffre béant et conduise jusqu’au divorce. "L’exemple typique, c’est : monsieur s’est consacré à sa carrière, madame s’est consacrée à ses enfants, plus il se consacrait à sa carrière, plus elle se consacrait à ses enfants, moins le couple existait. Et puis, vingt ans après, lorsque l’enfant s’en va, madame se retrouve désœuvrée avec un couple qui, s’il n’a pas été entretenu, s’apparente à un grand désert", dépeint Nicolas Zdanowicz. C’est ce que relate Sophie, mère au foyer. "Les enfants c’étaient notre vie. Nous n’avions plus rien à nous dire…"

Difficile aussi, dans ces conditions en particulier, de couper le cordon ou de trouver la bonne distance. Certains parents peinent à lâcher prise, ils préparent des petits plats à leurs enfants, leur téléphonent plus que de raison, lavent leur linge. "On paie les loyers, on leur fait des courses, on vérifie leurs comptes" , précise même un ingénieur en informatique, deux fois papa. D’autres aimeraient en avoir plus. "Ce n’est pas le moment du départ qui est difficile mais le fait qu’ils viennent moins souvent, et pas toujours pour ne voir que nous (ils viennent dormir pour des sorties avec les amis)" , explique Odette, infirmière de 53 ans. Chantal, sexagénaire, dirigeante d’une société, se trouve même traitée avec bien "peu d’égard" par ses deux enfants partis du jour au lendemain. "Nous sommes certains que nous mourrons seuls."

Une nouvelle jeunesse

Pour autant, l’envol a aussi de bons côtés. On récupère de la place dans la maison, même si, comme le remarque Sabine, mère au foyer, "le plus difficile est de leur faire reprendre TOUTES leurs petites affaires". On a plus de temps pour soi également, et pour sa vie amoureuse. "Avec l’augmentation du temps de vie, il y a quand même tout un plaisir à se retrouver à deux, pouvoir refaire des choses en couple. Il peut y avoir une deuxième liberté, une deuxième lune de miel", sourit le Dr Zdanowicz. "Revivre juste à deux, c’est avoir un coup de jeunesse extraordinaire", assure ainsi Dominique, secrétaire de direction. C’est même "merveilleux" !


Notre dossier complet est à lire dans le supplément "Quid" de ce ce week-end.