Société

Les Trophées des Belges du bout du monde, inspirés de l’émission "Les Belges du bout du monde" d'Adrien Joveneau, seront remis le 17 décembre à des Belges francophones installés à l’étranger et y faisant rayonner la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les lecteurs de “La Libre” et les auditeurs de la RTBF sont invités à choisir le lauréat dans trois catégories : Culture et art de vivre, solidarité et innovations technologiques. Nous vous présentons ici en détail les 9 finalistes. Faites votre choix !  Et à vos votes au bas de cet article ! 




Catégorie innovations :

Voici les finalistes de la catégorie “Innovations”, qui récompense un Belge ayant investi à l’étranger pour y créer de l’emploi ou de la valeur ajoutée sur place ou encore ayant développé un projet technologique novateur visant à l’amélioration du bien-être.


Pascal Miche, Canada : du vin de tomate bio

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Si l’on veut présenter Pascal Miche, originaire d’Houdeng-Goegnies et installé au Québec, il faut d’abord parler de son arrière-grand-père, Omer qui l’a élevé. Dans son potager, à Houdeng-Goegnies, Omer faisait pousser des tomates. Son rêve était d’en faire du vin. Durant une dizaine d’années, il essaye de trouver la formule idéale pour concevoir ce breuvage, qu’il destinait à sa propre consommation. Sans succès. “Mais je lui ai promis que je continuerais ce qu’il avait commencé, explique à présent Pascal Miche. Et je me suis lancé dans des études d’œnologie, pour comprendre un peu plus la chimie de la transformation du vin.”

Mais c’est son métier de brasseur qui l’amène à s’installer au Québec en 1998, poussé par le chanteur Robert Charlebois, actionnaire d’une brasserie locale. Mais même installé au Québec, Pascal Miche continue à penser au fameux vin de tomate. Il part donc à la recherche de variétés anciennes québécoises et tente d’identifier celles adéquates pour une vinification. Acidité, taux de sucre, rendement, tout est examiné…

Finalement, il peut mettre au point la formule magique tant recherchée par son arrière-grand-père. Le quinquagénaire fabrique à présent environ 12 000 litres de vin par an. Le produit est certifié biologique, et Pascal Miche prend en charge toute la production, “ de la semence à la bouteille.” Ses champs sont installés au bord du Saint-Laurent, au milieu de la forêt. Son vin sec, par exemple, a l’arôme d’un vin de xérès et de saké, et une couleur dorée. “ Cela ne goûte pas la tomate – une vinification doit déceler l’âme du fruit – tout comme le vin ne goûte pas le raisin !” La robe n’est quant à elle pas rouge, mais dorée.


Laurent Barbiot, Saint-Martin : de la télémédecine sur une île ravagée

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Cataclysmique”, c’est le mot le plus approprié, selon Laurent Barbiot, pour décrire l’ouragan qui a frappé son île, en septembre. Ce quinquagénaire originaire du petit hameau de Douvrain, près de Saint-Ghislain, est à présent installé sur l’île de Saint-Martin, dans les Antilles françaises. Irma, l’ouragan le plus puissant enregistré dans l’Atlantique Nord depuis 1980 et qui a ravagé Saint-Martin, laisse toujours de lourds stigmates sur l’île. Chez lui, Laurent n’a toujours pas l’eau courante. Et l’hôpital où il est médecin urgentiste ne fonctionne encore qu’à seulement 40 %. Une partie du toit s’est effondrée et tout le personnel n’a pas encore pu revenir. “Et ce n’est pas prêt d’être fini”, précise Laurent Barbiot.

Pour faire face à la situation, le médecin compte “intensifier” l’usage de la télémédecine, une innovation qu’il avait déjà mise en place avant l’ouragan. La télémédecine consiste, entre autres, à mener des consultations à distance, par vidéo. “L’isolement géographique, le fait de ne pas avoir toutes les disciplines médicales sur le sol de Saint-Martin, a nécessité cette nouvelle pratique de la médecine. Cela se fait aussi en métropole, dans les ‘déserts médicaux’.”

Besoin d’un neurologue, par exemple ? Dans son hôpital, le Dr Barbiot va placer son patient devant une caméra, et rentrer en contact avec son collègue à Pointe-à-Pitre à 200 km de là, qui examinera le patient à distance… Laurent Barbiot pourra effectuer les gestes et les tests médicaux si nécessaire, sous la direction de son collègue. Une visite en face à face entre le patient et le spécialiste aurait nécessité un vol et jusqu’à deux jours de voyage… Laurent Barbiot espère bientôt étoffer son réseau de spécialistes, en y intégrant des Belges.


Julien Mélot, Bali : un bateau de pêcheur solaire

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A l’âge de sept ans, Julien Mélot avait déjà construit son premier radeau, et à quatorze, son premier voilier. Pas de surprise, ce Namurois d’origine est devenu, plus grand, architecte naval. Dans le cadre de sa profession, il a longtemps travaillé à Singapour. Ses vacances, cet amoureux de la mer les passait régulièrement en Indonésie, où il faisait de la plongée sous-marine.

“Chaque fois que j’allais quelque part, on voyait ces vieux bateaux polluants qui perdaient de l’huile, etc. Ça me posait un problème de conscience… Et les grands navires que je construisais eux-mêmes participaient à la pollution de la mer et de l’écosystème. Je me suis dit : ‘je peux continuer à construire des grands navires et gagner ma vie comme cela, ou essayer de faire quelque chose pour la planète’.”

Et il a donc décidé d’arrêter de travailler pour déménager à Bali et construire un bateau solaire, en récupérant un bateau de pêche traditionnel indonésien. Une sorte de trimaran, de 8 mètres de long et étroit, doté de flotteurs, sur lequel l’architecte naval a greffé un grand toit recouvert de panneaux solaires. A bord de cette embarcation inédite, Julien Mélot a déjà réalisé le tour de Bali, soit sept jours de navigation non stop. “Tout fonctionne, le concept est vraiment validé.” Depuis le 25 octobre et pour plusieurs semaines, il est à nouveau en train de naviguer. Cap à l’est cette fois, vers l’île de Lombok, puis de Sumbawa. Le but est entre autres de montrer aux pêcheurs qu’il est possible de naviguer sur des bateaux solaires – “cela leur permettrait d’économiser pas mal d’argent et de ne pas polluer la mer” – et sensibiliser à l’énergie solaire, dans des zones où les habitants utilisent de vieux générateurs.


Voici les finalistes de la catégorie “Solidarité”,

dont le projet vise à bâtir un monde plus juste :


Sandrine Ramboux, Turquie : des débouchés pour les femmes réfugiées syriennes

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Installée en Turquie depuis 2007, la Bruxellois Sandrine Ramboux y a mené une reconversion assez radicale. Après avoir travaillé à Istanbul comme banquière – ce qui était son métier également en Belgique –, “elle a vécu la crise de la quarantaine”, et a décidé de se lancer dans l’humanitaire, par besoin de “rendre” à la société. Sandrine a d’abord mis sur pied un réseau pour conseiller les ONG locales, puis elle et ses collaborateurs ont décidé de travailler davantage sur le terrain. A présent, Sandrine est en particulier active auprès des réfugiées syriennes.

La Turquie accueille environ trois millions et demi de réfugiés, surtout syriens. Certains, par exemple agriculteurs sur leur propre terre, espèrent un jour revenir en Syrie, mais pour d’autres, l’espoir est plutôt d’apprendre le turc, de trouver un travail sur place. Parmi les femmes réfugiées rencontrées par Sandrine, “beaucoup sont obligées de travailler pour faire vivre leur famille, car le mari a été blessé ou tué lors de la guerre. Elles ont aussi des enfants en bas âge. Souvent, c’est la première fois qu’elles doivent travailler.”

Ces femmes ont cependant suivi des formations dans les centres communautaires turcs : tricotage, couture, produits alimentaires, bijoux de fantaisie, jouets en bois, etc. “Mais le problème, ce sont les débouchés pour ces produits. A qui les vendre ? Il faut aussi optimiser le produit.” Sandrine se charge de résoudre ces problèmes, en jouant les intermédiaires entre les productrices, rassemblées en ateliers de vingt à cinquante personnes, et les acheteurs potentiels, turcs ou étrangers. Des acheteurs viennent ainsi d’être trouvés pour des jouets en tricot fabriqués par l’un des ateliers. “Cela commence à décoller !”


Thomas Querton, Etats-Unis : une application pour courir "solidaire"

© DEMOULIN BERNARD

Bruxellois d’origine, Thomas Querton, 25 ans, a quitté la Belgique pour créer sa start-up à San Francisco. Et son idée d’entreprise lui est venu en courant les 20 km de Bruxelles. “J’ai vraiment aimé cette ambiance particulière, où des gens de différents pays se retrouvent pour faire du sport, où il y a une solidarité, une entraide...” Et Thomas Querton a eu cette idée de mettre à profit ce mouvement pour récolter des fonds “pour la bonne cause”. Ce diplômé en économie a donc créé Atlas, une application téléchargeable sur smartphone.

Comment cela fonctionne-t-il ? A chaque kilomètre parcouru par le joggeur, une entreprise sponsor verse de l’argent à une association. “C’est du win-win-win”, explique Thomas Querton : le coureur est plus motivé à chausser ses baskets, l’entreprise soigne son image et se fait connaître, tandis que l’association, bien sûr, reçoit des fonds. Des milliers de joggeurs se sont déjà inscrits et 18 associations et 12 entreprises sont impliquées. Dix pays sont concernés. Les joggeurs peuvent soutenir des associations en Belgique, mais aussi à San Francisco, par exemple.

Car “SF”, ce n’est pas que les success stories à la Twitter et Uber, “il y a aussi beaucoup de sans domicile fixe. Cela m’a fort marqué en arrivant”, confie Thomas. Une des associations soutenues par Atlas est d’ailleurs active auprès des SDF. Et les sans domicile fixe qui gravitent autour de l’ASBL “Back on my feet” utilisent eux-mêmes l’application, récoltant donc des fonds pour l’ASBL qui les aide. “Des études ont montré que la moitié des SDF avait accès à un smartphone. Ici, quand ils marchent – ça fonctionne aussi –, ils branchent l’application et récoltent donc ainsi des sous pour l’ASBL”, explique encore Thomas.


Nathalie Dupagne, Gabon : un centre de planning familial et de la sensibilisation dans les écoles

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Maman belge, papa burundais, Nathalie Dupagne, 51 ans, installée au Gabon, est née à Bruxelles, mais a grandi au Congo. Entre 4 et 17 ans, Nathalie a pu y observer le travail de sa mère médecin, ce qui a fait naître en elle la fibre médicale. Mais elle a pu aussi constater les conditions de vie des femmes africaines. “La place de la femme est encore traditionnelle : soumise, au foyer, sacrifiée au profit du garçon. S’il n’y a pas assez d’argent pour envoyer tous les enfants à l’école, c’est le garçon qui ira... Une fille n’a pas conscience de sa propre valeur.”

Tout cela lui donne envie de travailler dans le domaine de la santé publique. Après ses études de gynécologie en Belgique, elle s’installe au Gabon, où elle avait rencontré son mari. Elle tient d’abord un cabinet privé. Mais de multiples rencontres l’amènent à changer de chemin, dont l’une avec une grand-mère âgée seulement de 27 ans.

Au Gabon, la sexualité est précoce, explique Nathalie, et il est fréquent, pour une jeune fille de 17 ans, d’avoir déjà plusieurs enfants. Dans ce cas, l’école devient alors mission impossible... “Je ne pouvais plus rester derrière mon bureau à voir des jeunes filles enceintes trop tôt, des femmes stériles pour avoir trop avorté ou des mères de famille nombreuse enceintes par hasard et non par choix”, affirme Nathalie, qui a donc créé une association qui se rend dans les écoles pour parler de contraception et de santé sexuelle. Pour elle, maîtriser la fécondité est la clé pour le droit des femmes et pour un vrai développement. Pas facile dans ce pays, qui a longtemps mené une politique nataliste. Mais Nathalie, outre des permanences dans les écoles entre autres, vient de réussir à fonder un planning familial.

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Voici les finalistes de la catégorie “Culture et Art de vivre”,

 La catégorie récompense un artiste, une oeuvre, une initiative favorisant les échanges entre la Belgique etl’étranger, ou encore mettant en valeur la culture ou la gastronomie belges à l’étranger.


Amandine Lambert, Chili : de la danse et de la musique dans les écoles

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Amandine Lambert est née à Tournai, il y a 38 ans. Sa grande passion ? La danse. Et c’est cette passion qui l’a poussée à quitter la Belgique, et à voyager un peu partout dans le monde. Elle s’est notamment formée à New York, mais c’est finalement au Chili qu’elle s’est installée et où elle a pu arriver à vivre de sa passion. Elle est désormais prof de danse et de musique (violon) dans diverses écoles de la capitale Santiago du Chili. “C’est un pays où l’on danse tout le temps”, décrit-elle. En Belgique, on le fait une fois par an, parce qu’on l’a décidé, à l’anniversaire de papy ! Ici, il ne faut pas de raison particulière pour danser ! On est à un barbecue, quelqu’un met de la musique, et c’est parti ! Pour des danses folkloriques, notamment."

La jeune femme dit adorer le pays, pour son climat clément bien sûr, mais aussi pour la personnalité de ses habitants : curieux et très ouverts à la nouveauté. Ce qu’elle avait plus de mal à trouver en Belgique. “En partant, je n’avais rien à perdre...” Au Chili, tout n’est cependant pas rose non plus. C’est un pays où la ségrégation sociale est encore vive et l’accès à l’éducation difficile pour les plus pauvres, observe Amandine Lambert, qui donne justement cours à des enfants de tous milieux sociaux.

Pas facile non plus de faire carrière au Chili dans l’art et la culture. La jeune artiste d’origine tournaisienne se bat d’ailleurs pour faire vivre sa compagnie de danse contemporaine qu’elle a fondée. Un de ses grands souhaits actuels ? Arriver à décrocher des subventions publiques afin de monter un spectacle mêlant danseurs et musiciens chiliens et belges. Ce serait évidemment un beau symbole pour cette Belge du bout du monde.


Vincent Rondia, Chine : des costumes pour les fans de "Star Wars"

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Vincent Rondia est habitué à ce qu’on le traite d’illuminé. Lui réfute énergiquement. Vincent a 43 ans et est installé en Chine, mais il a une passion qui le suit depuis la Belgique et sa petite enfance : le film “La guerre des étoiles”, la fameuse saga de science-fiction de Georges Lucas. Mais sa passion va bien plus loin que regarder encore et encore “Le Retour du Jedi”. Vincent aussi se déguise en personnages du film. “Pas déguiser, rectifie-t-il. Utiliser ce mot serait la pire des insultes, vu les heures et les heures que nous passons à fabriquer les costumes.” Pour ces costumes, tous les détails importent : matière, design évidemment, même la place d’un bouton, au centimètre près !

Si dans la “vraie vie”, Vincent Rondia est graphiste free-lance, en fidèle à sa passion, il a aussi mis sur pied des ateliers où se fabriquent les costumes pour d’autres fans de Star Wars comme lui. Et ils sont des milliers à travers le monde, assure Vincent. Plus précisément, il s’est spécialisé dans les chaussures. Parmi ses réalisations, les bottes blanches des soldats de l’Empire, ou celle, hautes et en cuir, de Kylo Ren, le méchant du “Réveil de la force”. Le prix ? Celui de chaussures de modèle équivalant dans le commerce.

“ Notre but est d’abord d’aider les fans”, assure Vincent Rondia, pas de faire du business. Cette passion, il la partage aussi avec un groupe de 75 Chinois, avec qui il se rend à des conventions “Stars Wars”, par exemple. Pour Vincent, cette passion est “transculturelle”, car l’histoire de Stars Wars est “mythique”. Elle évoque en effet le vieux combat entre le bien et le mal et peut aussi bien interpeller un Chinois de Shanghai qu’un Belge de Namur...


Barberine Duvivier, Portugal : un ranch et des tipis sous les étoiles

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L’histoire de Barberine Duvivier est d’abord une histoire d’amour. D’un premier amour, même. Barberine Duvivier et Marc Bajart sont tombés amoureux à 16 ans, puis se sont perdus de vue pendant 30 ans. Et puis grâce à Facebook, les deux anciens amoureux se sont retrouvés. “On s’était quittés en s’aimant toujours. Mais on était jeunes...”, glisse à présent Barberine, 51 ans, originaire du tout petit village de Montbliart, dans la botte du Hainaut.

Finalement, après des retrouvailles en Belgique, Barberine est partie rejoindre Marc au Portugal. “Je n’avais jamais été dans ce pays. Je savais où le Portugal se trouvait sur la carte, c’est tout, mais j’avais décidé que le pays me plairait ! Et c’est ce qui s’est passé !” Sur place, Marc Bajartet Barberine Duvivier ont décidé de créer un projet qui rassemblerait “tout ce qu’ils aimaient”. C’est-à-dire, entre autres, les chevaux, car Barberine avait été professeur dans un poney-club en Belgique. Et dans ses valises pour le Portugal, il y avait donc... deux juments ! Désormais, quelques années plus tard, le couple possède une dizaine de chevaux et dirige son ranch, qui accueille touristes et cavaliers.

Le Ranch do Novo Mundo est implanté dans l’Alentejo, une région sauvage et souvent très chaude, connue aussi pour ses chênes lièges. Au “Ranch”, les hôtes ne dormiront pas dans un lit, mais dans des tipis plantés sous les étoiles. “La lampe torche est nécessaire, il n’y a pas d’électricité”, prévient Barberine. Pour l’instant, Marc Bajart et Barberine Duvivier accueillent surtout, pour ces séjours au ranch, des Portugais ayant soif d’aventure et ayant envie de décompresser mais le couple attend les visiteurs belges avec impatience.



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