Le nécrotourisme décrypté

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Voyage

Auschwitz, les catacombes de Paris, le musée d’Hiroshima. Cet attrait pour les destinations macabres a été baptisé le “thanatourisme”, le “nécrotourisme” ou encore “tourisme noir” (dark tourism en anglais). Une équipe de chercheurs britanniques de l’université du Lancashire s’est penchée sur ce phénomène en plein essor mais loin d’être nouveau.

Il suffit de voir l’engouement que suscitaient les combats de gladiateurs romains et les exécutions sur les places publiques au Moyen Âge. Aujourd’hui, les visiteurs aiment à marcher sur d’anciens champs de bataille, dans des cimetières, assister à des expositions sur le thème de la mort ou à se rendre sur des lieux de commémoration. Pourquoi?

Dans une interview donnée à la BBC, le Dr Philippe Stone, directeur de l’Institut de recherche sur le nécrotourisme, a déclaré que ces lieux de tragédie et de souffrance permettaient aux touristes de ressentir une forme d’empathie pour les victimes avant de rejoindre leur petit nid douillet. En résumé, cette démarche les rassure. Autre explication, ces endroits donnent l’occasion aux voyageurs de réfléchir sur la mort hors du cadre religieux traditionnel et dans un monde de plus en plus sécularisé, selon les chercheurs de cet institut.

“Cette activité a soulevé de nombreuses questions sur la commémoration, la mémoire et le pèlerinage laïque”, a expliqué le Dr Philippe Stone. Si le monde universitaire s’intéresse de plus en plus à ce type de tourisme, la littérature académique reste pauvre et manque encore de statistiques pour connaître l’affluence de ces sites. A terme, l’objectif de ces travaux sera de réfléchir à la manière d’exposer la mort au public et de développer cette forme de tourisme sans tomber dans le voyeurisme morbide.

Caroline Piquet, ©Libération

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