Retour en Thaïlande enfin sauvée des eaux

Yves Cavalier Publié le - Mis à jour le

Voyage Découverte

On ne peut pas nier que Bangkok, mégalopole de 8 à 12 millions d’habitants selon que le comptage soit officiel ou effectif, exerce une fascination toute spécifique auprès du "frang", ainsi qu’on appelle en Thaïlande le visiteur à la peau claire. Ville de contraste comme beaucoup de cités géantes, le dénuement plus que la pauvreté côtoie le luxe, l’extravagance et l’étalage de richesse aujourd’hui plus souvent importée de Chine que d’Occident. Mais ceux qui auraient découvert la capitale thaïlandaise, il y a quinze ou vingt ans de cela, seront frappés par l’irréversible mutation qui s’est emparée de la cité.

Des infrastructures de l’aéroport au métro aérien ou souterrain, en passant par l’explosion de centres commerciaux plus achalandés les uns que les autres, témoignent d’une véritable croissance économique à laquelle toute la population participe, même si elle n’en tire pas toujours le meilleur profit. Comme souvent, la rue traduit l’émergence d’une classe moyenne suffisamment aisée pour permettre aux moins nantis de trouver des débouchés via la débrouille des petits métiers. Les vendeurs de rue occupent le moindre espace de trottoir, proposant leurs multitudes de snacks odorants et colorés ou de produits plus ou moins utilitaires parmi lesquels la technologie informatique tient forcément une place incontournable puisque, ici, tout est Hi-Fi, tout est Wi-Fi

Pourtant, Bangkok reste aussi cet espace de rencontre entre le pragmatisme économique et l’essence de la spiritualité. Les temples le plus souvent bouddhistes conservent, dans ce chaos immobilier, une impassible valeur morale dont on se demande si elle est forcément compatible avec la loi du business omniprésente. A moins qu’elle n’en soit justement une des explications.

A l’entrée de chaque building, de chaque centre commercial comme de chaque immeuble résidentiel, des autels sont là pour rappeler la dévotion à Bouddha et à ses préceptes qui rappellent en quelque sorte que chacun, par chacun de ses actes, est responsable de son destin et de ses vies futures. Cette sagesse, souvent hybridée avec l’hindouisme et ses représentations imagées, explique sans doute aussi à nos yeux d’Occidentaux comment, même dans ce qui ressemble encore à de la misère, cette symbiose de résignation et de spiritualité permet de vivre, de survivre dans l’espoir de jours meilleurs.

En ce début novembre 2011, alors que le Chao Phraya, la rivière venue du Nord, est sortie de son lit bien avant d’atteindre le golfe de Thaïlande, Bangkok porte encore les stigmates de la montée des eaux. Certes, dans cette ville immense, de très nombreux quartiers ont été préservés, mais des milliers de sacs de sable témoignent sinon de l’offensive des flots au moins de l’angoisse qu’elle a suscitée.

C’est lorsqu’on aborde les klongs, les canaux qui, du Chao Phraya, pénètrent dans le cœur de la ville ancienne, que l’on peut évaluer le désarroi qui a dû être celui des ces riverains logés dans des cahutes de bois renforcées de tôle ondulée et qui ont vu l’eau monter d’un à deux mètres parfois au-dessus du niveau habituel du fleuve.

Certes, l’eau a fini par reprendre le chemin de la mer, mais elle a laissé derrière elle les traces destructrices de son passage. Pourtant, certaines terrasses sont toujours fleuries et à d’autres, alors qu’on y accède encore les pieds dans l’eau, du linge de toutes les tailles est suspendu comme pour indiquer que le locataire des lieux est revenu prendre possession de son espace de vie.

Mais à l’heure qu’il est, sans doute, toutes les traces de ce drame ont été effacées par le flux de ce même fleuve qui a causé tant de malheurs et contre lequel toute colère serait vaine.

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