Entreprises

Suite au travail de réflexion collaborative initié par l’UWE et La Libre Network, nous avons interpellé Denis Ducarme (MR), ministre des PME et des indépendants. Après quatre années de Gouvernement Michel, et à un an des prochaines élections législatives, il réagit à l’appel des 200 chefs d’entreprises.

Que répondez-vous aux entreprises qui considèrent que le coût du travail est trop important, et qu’il nuit à leur compétitivité ?

Que nous faisons des efforts. Concernant la compétitivité de nos entreprises, d’importantes mesures sont entrées en vigueur en 2017. Notamment les adaptations de la loi de sauvegarde de compétitivité, qui assure l’élimination de notre handicap salarial. La nouvelle loi garantit des diminutions de charges, pour améliorer la compétitivité et la création d’emplois plutôt que des augmentations de salaires. Le taux des cotisations sociales patronales de base a atteint le seuil historiquement bas de 25 % au lieu de 32.40 % en 2015, et s’accompagne également d’un renforcement des réductions de cotisations sociales pour les bas salaires. Je soulignerai enfin tout spécialement l’impact de la mesure « zéro cotisation » pour le premier travailleur, qui est un succès. En 2018, je m’attache d’ailleurs à renforcer la promotion de cette mesure auprès des nouveaux candidats starters qui hésitent encore à engager un premier travailleur. Cette mesure met un premier engagement à la portée d’un nombre énorme d’indépendants qui n’ont jamais osé devenir employeurs.

Certains éléments, comme l’absentéisme ou la mobilité, viennent aussi alourdir considérablement la facture des entreprises…

J’en suis conscient. C’est pourquoi, afin de lutter contre l’absentéisme, je suis partisan de rétablir la notion du jour de carence. Ainsi, les employeurs ne devraient plus payer le salaire garanti pour le premier jour d’incapacité d’un travailleur. Concernant la mobilité, le Parlement a approuvé le projet de loi sur l’allocation de mobilité, aussi appelé « cash for car » : les entreprises pourront instaurer en leur sein un système qui donnera la possibilité aux travailleurs de restituer leur voiture de société en échange d’une allocation de mobilité. Le Gouvernement s’est également accordé sur le principe de l’instauration d’un budget mobilité également en échange de la restitution d’une voiture de société. Le travailleur pourra utiliser ce budget pour financer ses moyens de transport durables et pourra gérer lui-même l’affectation de son budget mobilité.

Les chefs d’entreprises interrogés pointent aussi le manque de flexibilité dans l’entreprise. Comment endiguer le phénomène ?

La loi du 5 mars 2017 concernant le travail faisable et maniable a introduit à cet égard bon nombre de mesures importantes : l’instauration de 100 heures supplémentaires volontaires, la création d’un cadre pour le télétravail occasionnel ainsi que pour les horaires flottants, ou encore la simplification du travail à temps partiel. Ces mesures entrent progressivement en vigueur et nous serons attentifs à évaluer les résultats concrets qu’elles apporteront aux entreprises. Dans ce cadre, un mécanisme me paraît devoir être souligné : celui du groupement d’employeurs dont le fonctionnement permet à des entreprises qui ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour occuper un ou plusieurs travailleurs à temps plein de partager ces travailleurs entre elles. Enfin, la modification des délais de préavis durant les 6 premiers mois d’occupation d’un travailleur permettra d’ajouter une marge de manoeuvre aux entreprises. En effet, le nouveau système réduira le préavis remis par l’employeur à une semaine pendant les trois premiers mois d’occupation d’un nouveau travailleur et met en place une évolution progressive pendant les 3 mois suivants.

On constate un manque criant d’investissement dans nos entreprises. Comment le favoriser à l’échelle nationale ?

En décembre dernier, nous avons annoncé que le taux de la déduction pour investissement ordinaire serait temporairement augmenté de 8 % à 20 % pour les exercices d’imposition 2019 et 2020. Et ce, tant pour les entreprises soumises à l’IPP que pour les petites entreprises soumises à l’impôt des sociétés. Par cette mesure temporaire, le gouvernement souhaite donner un coup de fouet à l’économie via une relance des investissements chez les indépendants et dans les petites sociétés. De la même façon, la baisse du taux de l’ISOC permet d’être plus attractif sur le plan international et donc d’encourager les investissements étrangers. Pour rappel, le taux de base passera de 33,99 % actuellement, à 29 % pour l’exercice imposition 2019 et 25 % pour l’exercice 2021. Pour les petites sociétés, ce taux passera même à 20 % sur la première tranche de 100.000 € de base imposable.

Est-ce à l’ordre du jour, comme le souhaitent les entreprises, d’élargir les contours du tax shelter ?

Tout à fait. Tout d’abord, par le biais d’un tax shelter destiné aux entreprises débutantes qui, on le sait, ont souvent des difficultés à rassembler du capital. Pour les aider, nous avons prévu un incitant fiscal qui permet aux citoyens qui investissent dans ces sociétés de bénéficier d’une réduction d’impôt de 30 % (s’il s’agit d’une petite société) ou 45 % (micro-société) du montant injecté. Autre mesure ? La tax shelter pour les entreprises en croissance, qui permet aux citoyens de bénéficier d’une réduction fiscale de 25 % du montant investi, et ce, à l’occasion d’une augmentation de capital entre la cinquième et la dixième année d’existence de la société.

Quel regard portez-vous sur la transformation digitale du pays ?

Il s’agit de l’un de nos enjeux majeurs ! Malgré un agenda digital englobant, force est pourtant de constater que les indicateurs OCDE nous concernant sont assez préoccupants. Alors que le taux de pénétration du digital dans les entreprises belges est excellent, ce taux chute de façon importante concernant les PME. Signe d’un déséquilibre concurrentiel entre nos PME, leurs compétiteurs étrangers, et les grandes entreprises.

Quel est le principal handicap belge face au numérique ?

C’est indéniablement notre déficit majeur de compétences. Ce manque de « e-skills » nuit à notre transition digitale, et va entraîner une défaillance sur le marché du travail. D’ici 2020, ce sont en effet quelque 756.000 emplois vacants en Belgique qui ne pourront être pourvus, faute de personnes formées. Nous avons donc besoin d’une politique ambitieuse en matière de formation. Outre les compétences il va falloir aussi agir sur notre « mindset », en développant notre curiosité et notre volonté d’apprendre et d’expérimenter de manière continue dans le secteur du digital. L’année passée, 87 % des entreprises belges tombées en faillite n’avaient pas de présence sur Internet. 

Beaucoup d’entreprises accordent une grande importance à la réduction de la dette. Cela vous surprend-il ?

Non. Elles ont entièrement raison. C’est d’ailleurs une des priorités de ce gouvernement. Cela nécessite évidemment de réduire les dépenses publiques excessives. Nous nous y employons afin d’assainir les comptes et de revenir à l’équilibre budgétaire. Évidemment, certains s’en plaignent. On entend parfois qu’en ces temps de crise, la logique de l’austérité se serait substituée à la politique et aurait supplanté les valeurs au profit de l’orthodoxie budgétaire ! Je conteste cette analyse. Dire cela, c’est confondre les moyens et les fins. Un budget équilibré n’est pas une fin en soi. C’est un moyen pour dégager des ressources qui financeront les politiques publiques futures.

L’interventionnisme public est-il toujours un moyen efficace d’aider les PME ?

Certainement pas ! Dans une perspective libérale, un marché libre et concurrentiel est le meilleur moyen de donner aux PME l’espace pour leur permettre d’entreprendre et de participer ainsi au dynamisme de notre économie. Je pense que le meilleur moyen de les aider est de stimuler l’esprit d’entreprise. Le rôle de l’État est dans ce contexte de leur offrir la sécurité juridique nécessaire.