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Pour certains, elle représente la révolution technologique la plus importante depuis la création d’Internet. Pour d’autres, elle pourrait même changer la face du monde. Depuis plusieurs années, la Blockchain, par l’entremise du Bitcoin, son application la plus concrète, ne cesse de faire parler d’elle. Au point qu’aujourd’hui, pouvoirs publics et secteur privé réfléchissent à l’opportunité d’y succomber. Et pour cause. En décembre dernier, la capitalisation boursière du secteur des crypto monnaies avait atteint 600 milliards de dollars. Un marché énorme, qui pourtant ne représente que la partie émergée de l’iceberg Blockchain. Capable de disrupter le business de la banque, de la supplychain ou des assurances, la Blockchain est un phénomène que les entreprises vont devoir appréhender et comprendre pour rester à la pointe dans leur domaine.

Conceptuellement, la Blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations. Elle s’apparente à une base de données (ou réseau) partagée entre de multiples utilisateurs (ou membres), qui contient l’historique de tous les échanges réalisés entre ces utilisateurs depuis sa création.
Pour faire partie d’une Blockchain, les membres devront se soumettre et respecter le Protocole (règles contraignantes) qui lui est rattaché.
La duplication de la Blockchain, dont tous les membres du réseau possèdent une copie, est considérée comme un gage de sécurité. En effet, pour que la Blockchain soit hackée, il faudrait que la plupart des utilisateurs, souvent disséminés aux quatre coins du monde, le soit simultanément. L’on passe donc d’un «point unique de défaillance» – c’est-à-dire le point d’un système informatique dont tout le système dépend – à un enregistrement sécurisé par tous les ordinateurs du réseau.

Comment fonctionne la Blockchain ?

1. Au sein d’une Blockchain, un utilisateur A souhaite réaliser une transaction vers un utilisateur B. Cette transaction est un échange de données sous forme digitale (argent, contrat, images…). Par exemple, A veut faire un virement à B.

2. Pour réaliser cette transaction, l’utilisateur A devra d’abord montrer patte blanche vis-à-vis de l’ensemble des utilisateurs de la base de données, par le biais d’un système cryptographié.

3. Une fois soumise convenablement, la transaction de A sera regroupée avec d’autres au sein d’un bloc.

4. Ce bloc devra à son tour être validé par plusieurs utilisateurs de la base de données, au moyen de processus cryptographiques. Ces membres du réseau (ou « mineurs ») seront rémunérés pour mettre à disposition la puissance de calcul de leurs processeurs, pour effectivement valider les transactions. Là encore, la validation des transactions devra s’effectuer en respectant le protocole de la Blockchain.

5. Le bloc (et donc les transactions qu’il contient) ainsi validé par les utilisateurs sera daté et ajouté à la Blockchain qui sera ainsi mise à jour chez tous les utilisateurs du système. Chacun pourra ainsi consulter l'ensemble des échanges, présents et passés réalisés dans la Blockchain. C’est la caractéristique de transparence du système.

6. L’utilisateur B recevra la transaction en provenance de A. Cette transaction réalisée et actée dans la base de données ne pourra plus jamais être écrasée. En effet, la Blockchain contient un enregistrement certain et vérifiable de la moindre transaction réalisée. Les informations contenues dans les blocs (transactions, titres de propriétés, contrats…) sont protégées par des procédés cryptographiques qui empêchent les utilisateurs de les modifier a posteriori. C’est le caractère infalsifiable du système.

Un potentiel illimité

Cette transaction aura donc été effectuée sans le concours d’aucune autorité centrale. C’est le principe de décentralisation de la Blockchain. Actuellement, chaque interaction que vous avez en ligne repose sur une autorité centrale de confiance – que ce soit votre banque lorsqu’elle vous donne votre relevé de compte ou votre service de messagerie d’emails lorsqu’il vous dit que votre message a bien été envoyé. Mais avec la Blockchain, cet opérateur central (banques, notaires, cadastres) disparaît au profit de systèmes informatiques distribués. De quoi nourrir des réflexions, et entrevoir des possibilités nouvelles pour l’économie de demain.
Dans le cas d’espèce, le transfert d’argent réalisé entre A et B est rendu plus sûr, plus rapide, et moins coûteux que dans le système traditionnel. En effet, pour envoyer ou transférer de l’argent à l’étranger, passer par une banque, la poste ou tout autre intermédiaire spécialisé (type Western Union) à un coût : en moyenne 7% à 12% de commissions ponctionnées par transaction. Avec la Blockchain, ces taux avoisinent les 0.2%, pour un transfert réalisé en quelques secondes. Dans le système traditionnel, un tel transfert peut parfois prendre plusieurs semaines.

Côté entreprises, la Blockchain a déjà fait son apparition dans le secteur de l’assurance maritime. En septembre dernier, le spécialiste du transport maritime Moller-Maersk s’est associé à IBM pour digitaliser les informations liées au fret et à l’assurance maritime au travers d’une Blockchain. Parmi les utilisateurs de cette base de données, l’on retrouve les transporteurs, les clients, les courtiers, les assureurs, les banques, les ports... Le but ? Capturer des données sur les identités, les risques et les expositions du transport, et les intégrer directement aux contrats d'assurance. L’assurance maritime évolue dans un système international complexe impliquant plusieurs parties, beaucoup de documents et un nombre élevé de transactions, ce qui peut nuire à sa transparence ou à son efficacité. L’utilisation de la Blockchain est donc pertinente dans ce cas : la plateforme permet de réduire drastiquement les coûts de la paperasserie de l’industrie du transport maritime (20%), de numériser l’ensemble des documents sans risque de falsification des données, et de réduire le temps passé à s’envoyer ces documents. Le tout pour gagner en efficacité, accroître la transparence, et réduire les risques d’erreurs.

La gouvernance de demain ?

Outre ses applications économiques, la Blockchain est considérée comme un outil capable de modifier l’organisation de notre société, en réinventant le principe de gouvernance. Ainsi, le parti français “Nous Citoyens” a en 2016 utilisé la Blockchain pour l’une de ses élections internes. L’objectif ? Assurer une parfaite transparence au scrutin. Alors que le vote traditionnel, organisée de manière centralisée, peut être confronté à des problèmes de corruption ou de faillibilité de l’administrateur du vote, la Blockchain permet un vote dont le résultat est connu de tous, immuable, et fiable. En pratique, les votants, après avoir fait leur choix, ont accès à l’immatriculation de leur vote dans la Blockchain. Ils peuvent ainsi vérifier que leur vote a bien été pris en compte. Celui-ci fait alors partie de la base de données, et ne peut être modifié ou supprimé. Soit un système qui donne à chaque citoyen la possibilité de participer directement au débat public. En s’affranchissant d’une autorité et d’un serveur centralisé, la transparence du vote est assurée. Cette solution apparait particulièrement intéressante pour des pays ou des partis politiques sujets à des problèmes de fraude et de comptage difficile de voix.

Pourtant, si les champs d’exploitation de la Blockchain sont immenses (assurances, industrie musicale, énergie, immobilier, vote), force est de constater qu’ils ne sont pas exempts de défis. Se pose par exemple déjà la question de sa régulation car, rappelons-le, aucun cadre légal n’entoure pour l’instant la Blockchain. De la même manière, son passage à l’échelle constitue encore une faiblesse. Aucune Blockchain n’est actuellement capable de supporter un gros volume de transactions. Pour reprendre l’exemple du vote « Nous Citoyens », il a été rapporté que la validation de chaque transaction sur la Blockchain prenait quelques minutes. Pour une élection à très grande échelle, avec plusieurs millions de participants, cela équivaudrait à plusieurs jours. Quand le vote physique, lui, ne prend en général pas plus d’une journée…
Les potentialités de la Blockchain n’en sont pour l’instant qu’à leurs balbutiements. A l’instar de l’émail, première fonctionnalité découlant d’Internet au milieu des années nonante, les crypto monnaies sont la tête de gondole d’un procédé qui, à n’en pas douter, amènera son lot de révolutions dans les années à venir.

Si cette thématique vous intéresse, inscrivez-vous pour notre événement le 27 mars prochain.