Entreprises

Souvent présentés comme des intérêts antagonistes, la lutte contre le réchauffement climatique et l’avantage compétitif des entreprises fonctionnent de plus en plus en relation symbiotique. Au point d’inverser la tendance ? Et si la transition énergétique donnait un coup de pouce aux acteurs économiques ?

Opportunités de croissance

En ratifiant en 1996 la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la Belgique a fait le choix d’entrainer son économie (et ses entreprises) dans une mouvance décarbonée. Pour parvenir aux objectifs « verts », fixés dans le cadre européen, notre pays a souhaité se doter d’outils capables d’inciter les entreprises à améliorer leurs processus de production. Parmi les leviers déployés, les fameux accords sectoriels ou « accords de branche », qui couvrent actuellement 80% de la consommation industrielle d’énergie, tant en Wallonie qu’en Flandre. Pour rappel, ces accords consistent à élaborer, un contrat entre les pouvoirs publics et les secteurs industriels. Par ce contrat, les entreprises s'engagent à améliorer leur efficience énergétique et à réduire leurs émissions de CO2 pour une échéance donnée. En contrepartie, elles profitent d'avantages financiers et administratifs leur permettant d'améliorer leur efficience énergétique et, par-là, leur compétitivité. En décembre 2013, les accords de branche de première génération ont pris fin. Ils représentaient plus de 90% de la consommation industrielle wallonne. Selon le SPW, ils ont permis de réduire les émissions de CO2 de 19.3% dans l’industrie wallonne. Ils ont également permis l’amélioration de l'efficience énergétique de l'industrie wallonne de 16,5% durant cette période.

D’un point de vue macroéconomique, les objectifs ambitieux que s’astreint notre pays peuvent représenter un véritable avantage compétitif pour les entreprises belges. Être précurseurs de nouvelles filières technologiques propres offre des opportunités de croissance, le développement de nouvelles activités et de nouveaux produits. Selon la Banque Nationale de Belgique, la commercialisation sur les marchés internationaux de produits développés sur la base de technologies « bas carbone » constitue en effet un moteur de croissance économique durable. Ne fut-ce que dans l’UE28, il ressort d’une analyse réalisée pour la Commission (Pasimeni 2017), que les exportations liées aux technologies « bas carbone » ont doublé de valeur, passant de 34 milliards d’euros cumulés sur la période 2000-2003 à 71 milliards d’euros entre 2012 et 2015, et ce principalement dans les filières éoliennes, de la production de chaleur et du stockage d’énergie.

Une aubaine pour l’emploi ?

L’organisation internationale du travail (OIT) est formelle : la transition énergétique créera plus d’emplois qu’elle n’en détruira ! Selon son rapport publié le 14 mai dernier, l’OIT annonce que d’ici à 2030, le « shift vert » devrait permettre la mise en place de 18 millions de postes et ce, malgré le recul de certaines filières telles que l’extraction pétrolière et le raffinage, qui seront respectivement amputés de 1,4 et 1,6 million d’emplois. A contrario, d’autres secteurs seront de gros pourvoyeurs de postes, comment la fabrication de véhicules électriques et l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements. La production d’électricité à partir d’énergies renouvelables représentera quant à elle 2,5 millions de nouveaux jobs. Autre secteur à priori porteur, celui de l’économie circulaire qui créera 6 millions de nouveaux postes dans le recyclage, la location de biens et service, la réutilisation, la réparation… D’un point de vue géographique, certaines zones profiteront incontestablement de cette transformation verte. C’est le cas de l’Asie-Pacifique (+ 14 millions d’emplois), de l’Amérique (+ 2 millions) et de l’Europe (+ 2 millions d’emplois), dont les entreprises embrassent déjà le changement énergétique, soutenues par des pouvoirs publics conscients des enjeux à venir. Épicentre du pétrole mondial, le Proche-Orient verra lui sa filière perdre de sa superbe (- 300.000 postes), tout comme l’Afrique, qui devrait pâtir de la baisse d’activité des mines (- 350.000). Pour parvenir à une telle projection, l’OIT insiste sur l’obligation pour les entreprises de réduire leurs émissions carbones dès aujourd’hui avec la plus ferme intensité. Le rapport pointe que 1,2 milliard d’emplois dépendent aujourd’hui d’un environnement sain et durable. Soit 40% des postes dans le monde.

Dans les quinze prochaines années, emploi et transition énergétique seront donc indissociables. Les entreprises ne peuvent se permettre de rater le coche. Leurs investissements dans le domaine de la performance énergétique doivent non seulement augmenter leur compétitivité (via des audits énergétiques poussés), mais aussi consolider et améliorer leur niveau d’emploi, en créant des opportunités dans les métiers du conseil en énergie ou de l’ingénierie de pointe… Leur défi majeur sera alors celui de la formation et de l’accompagnement de spécialistes dans un marché à la fois nouveau et en constante mutation. Dans ce cadre, les responsables des ressources humaines joueront un rôle clé dans la modification du marché de l’emploi vers ces secteurs nouveaux. Ils participeront aussi à générer un esprit d’entreprise censé et gratifiant pour les travailleurs, car respectueux de valeurs fondamentales.

Le marketing vert : un argument de poids

Qu’on le veuille ou non, la responsabilité environnementale est un argument de poids afin de booster l’image d’une entreprise. Certaines l’ont bien compris et misent sur un marketing écologique pour attirer clients et personnels. Produits bio, usines faibles en émissions de gaz à effet de serre, circuits courts… autant de spécificités sur lesquelles les entreprises axent leurs stratégies de communication. Avec un succès de plus en plus grandissant, comme le démontre le rapport livré sur le sujet au printemps dernier par l’entreprise française Comeen. Cette étude, réalisée auprès d’entreprises pionnières en la matière sur les douze derniers mois, a ressorti des chiffres qui démontrent que les clients B2B et les consommateurs préfèrent les produits respectueux de l’environnement et une démarche sociale responsable.

- 67 % des entreprises qui engagent des actions sérieuses de marketing responsable sur leurs produits constatent une augmentation des ventes de 10% en moyenne.

- 63 % précisent que les équipes ayant travaillé sur des solutions responsables développent une certaine fierté et embarquent les autres services en interne.

- Le phénomène permet une réduction des coûts : – 50 % notamment en coûts de transports

- Il facilite un rattrapage significatif sur la concurrence : les marques à dimension écologique ont gagné des parts de marché de l’ordre de 0,5 à 3 points. Un produit est même passé d’une décroissance de – 7 points à + 9 % en un an.

- Enfin, il octroie une visibilité décuplée : certaines marques ont été référencées chez de nouveaux distributeurs grâce à leurs efforts environnementaux, d’autres ont eu jusqu’à 260 retombées presse.


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Dans l’inconscient collectif, le développement durable industriel s’incarne sous différentes formes. D’un parc éolien en mer du nord, à un champ de panneaux photovoltaïques dans le désert américain, en passant par un bâtiment passif dernière génération dans une mégapole asiatique, ces images d’Épinal « vertes » donnent de la transition énergétique une idée grandiose, fastidieuse et coûteuse. Pourtant, ce shift vert trouve aussi à s’incarner dans de petits gestes. Beaucoup d’entreprises font aujourd’hui le choix de se tourner vers des audits internes pour améliorer leur consommation énergétique. C’est le cas de l’entreprise Husqvarna, qui a sauté le pas voici quelques années. « En 2011-2012, nous nous sommes intéressés aux réductions possibles de notre consommation énergétique, témoigne Yves Fiefvet, Facility Manager. Nous étions convaincus que des réductions de consommation étaient possibles, et avons fait réaliser un audit énergétique complet de nos infrastructures. Le constat principal de cet audit nous a quelque peu surpris : la consommation énergétique nécessaire pour notre production industrielle équivalait à la consommation usuelle de notre bâtiment. De quoi soulever des questionnements et la volonté de mettre en lumière les postes les plus énergivores du building. »


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Fort de cette cartographie, l’entreprise décide en 2015 de mettre en place différents projets d’économie énergétique : remplacement de néons par des ampoules LED ; mise en place d’éclairages avec capteurs de présence ; recirculation de l’air chaud aux plafonds ; chauffage à l’aide de programmation révisée ; remplacement des vannes et capteurs défaillants ; intégration de modules d’optimalisation de chauffage dans différents locaux ; entretiens préventifs supplémentaires… Parallèlement à cela, la société adhère aux accords de branche de la Région wallonne.

Résultats ? Fin 2017, Husqvarna avait réduit sa consommation de chauffage de 25% à 30%, et sa consommation d’électricité de 7% à 8 %. « La plupart de ces mesures ne sont pas onéreuses et peuvent rapidement être mises en place, explique Yves Fiefvet. Sans entrer dans les détails chiffrés, les retours sur investissement de certains procédés peuvent même être très courts, de l’ordre de 3 à 5 ans. Preuve que la transition énergétique peut trouver à s’appliquer simplement et efficacement dans n’importe quelle entreprise. »