A l’UCL, Jules Wabbes a laissé sa trace

So. De. Publié le - Mis à jour le

Brabant

L’ancienne maquette de Louvain-la-Neuve, des livres, des chaises et tables de tous modèles Dans ces anciens parkings réaménagés se trouve le stock de l’Université catholique de Louvain. C’est ici que se retrouvent les meubles, qui ne répondent par exemple plus aux normes de la médecine du travail. Ils seront envoyés à des ASBL belges ou étrangères afin qu’ils soient réutilisés. Certains seront conservés par les Archives. Une partie sera aussi inévitablement détruite

Au milieu de tout cela, sans identification, doivent se trouver desmeubles dessinés par Jules Wabbes, un des principaux designers belges des années 50, et connu des spécialistes dans le monde entier. C’est du moins ce qu’espèrent François Degouys, collaborateur du musée de LLN, Marie-Solange Dupuis, membre de l’Office du Tourisme-Inforville, ainsi que Marie Wabbes, veuve du designer qui vécut dans le Brabant wallon, à Lasne. Leur objectif : retrouver un maximum de pièces réalisées par le designer-décorateur pour le compte de l’UCL lors de l’emménagement de celle-ci à LLN. Jules Wabbes prit ainsi en charge l’aménagement intérieur de la bibliothèque des Sciences, l’ameublement de kots étudiants, et celui des bureaux du recteur et de l’administrateur général. En 40 ans, pas mal de choses ont déjà disparu, probablement détruites. Il faut dire que les personnes conscientes au départ de la valeur et de l’origine des pièces sont elles-mêmes décédées Mais depuis quelque temps, et notamment suite à un appel de la veuve de Jules Wabbes, une prise de conscience s’est produite à l’UCL, et certains "anciens" se mobilisent afin de retrouver tables, bureaux, étagères issues de l’imagination du designer brabançon wallon Dans le bureau du recteur, le meuble-bureau signé Wabbes est par exemple toujours utilisé

Au milieu du stock, un membre du groupe tend la main vers un mobilier en bois aux lignes épurées. Là, retournée sur du mobilier d’auditoire, ne serait-ce pas une table "Wabbes" ? Et là, dissimulée derrière les chaises, une armoire ? "Regardez la fermeture, à l’aide d’une tirette de cuir Le même système était appliqué pour le mobilier des kots d’étudiants Tout cela a résisté à 40 ans !, s’enthousiasme Marie Wabbes. Et le dos est aussi beau que l’avant Il disait toujours:"l’arrière doit valoir l’endroit" " Marie Wabbes se souvient des raisons pour lesquelles l’UCL a fait appel à son mari : "C’était un architecte d’intérieur réputé, qui faisait des meubles de luxe, mais il avait aussi obtenu une médaille d’or pour du mobilier scolaire. Il avait donc une expérience d’aménagement dans ce genre de choses, aussi bon marché. Et l ’UCL voulait ce qu’il y avait de mieux. Que ce soit pour des choses luxueuse ou du mobilier scolaire, il avait cette même recherche de la simplicité. Il voulait que les choses soient belles. Et ça ne coûtait pas plus cher ".Les meubles sélectionnés dénichés dans le stock seront signalés aux Archives afin qu’ils soient préservés. "Le musée va bientôt s’installer à la bibliothèque des Sciences, où Jules Wabbes s’est chargé de la décoration et du dessin des meubles, rappelle François Degouys, collaborateur du Musée. On y retrouve encore des rampes, des poignées de porte, des caches pour le plafond On va aller dans le bâtiment, et on veut valoriser tout cela. On part à la recherche des pièces, on veut étudier tout cela, faire l’inventaire C’est un mobilier imposant et très pratique, et ça va sauter aux yeux des gens qui visiteront le musée, qui vont poser des questions Ce qui est intéressant, c’est aussi le travail de Wabbes en tant que ‘décorateur-conseil’ de l’UCL. En outre, en Belgique, il y a deux grandes figures du design dans les années 50, Willy Van der Meeren et Jules Wabbes. Il a marqué son époque, que ce soit comme designer ou comme décorateur d’intérieur. A présent, ses meubles, en salles des ventes, partent à des prix incroyables " La recherche dans les stocks a pour but précis de retrouver des pièces afin d’alimenter une exposition organisée à la bibliothèque des sciences pour les Journées du patrimoine, consacrée aux grandes figures. "Ce ne sera pas une ‘expo Jules Wabbes’, on essaye de rassembler quelques pièces. Mais ce sera l’occasion de montrer qu’il y a eu une recherche de qualité, d’aménagement au début de l’UCL, explique Marie-Solange Dupuis, d’Inforville. Plusieurs meubles ont déjà été mis de côté pour les Archives. Ce sera à eux d’estimer si cela a de la valeur ou pas. Mais au moins, ils sont préservés, et identifiés. Plusieurs personnes ont des démarches parallèles autour de Wabbes : François Degouys, des anciens Il y a un peu un effet papillon. Nous nous avions en tête l’objectif des Journées du patrimoine, mais l’expo peut être une ouverture "

De son côté, Marie Wabbes comprend que de nombreuses pièces ont pu disparaître au cours du temps et ne s’en offusque pas vraiment. Ce qu’elle souhaite, c’est qu’il y ait un "respect des options esthético-pratiques" de son mari . "Je voudrais par exemple qu’on arrête de mettre des poignées de porte du Brico à côté de ses poignées en bronze ; comme on l’a fait à la bibliothèque des sciences ! Que les kots ne disparaissent pas tous. Ils étaient exemplatifs ! Ce serait bien qu’il y ait une réflexion sur ce qui vaut la peine d’être sauvé, et comment l’intégrer. Il faut qu’il y ait un respect et une compréhension de l’esprit. Ce qu’il a réalisé à l’UCL, c’est la partie finale de son œuvre. Tout ce qu’il a fait allait vers là : des choses simples, intelligentes Et qui durent !"

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