Brabant

Auparavant nichée sous les toits du n°16 de la place de l'Université, à Louvain-la-Neuve, la société Crédal vient de déménager son personnel au 2 éme étage du bâtiment, dans des bureaux qui ont doublé d'espace. Les employés de cette coopérative spécialisée dans le financement de projets solidaires et de personnes exclues bancaires, sont passés en cinq ans de 10 à plus de 20 équivalents temps plein. Car les services proposés par cette pionnière belge du micro-crédit sont eux aussi en expansion. Ainsi, depuis 2005, la coopérative forme, conseille et finance les entrepreneurs féminins, ce qui lui a valu le prix Princesse Mathilde. Elle a également été sélectionnée récemment pour être le relais du projet Pericles du ministre wallon Marcourt (PS) en Brabant wallon, qui vise à améliorer l'offre de services aux PME (entretien des espaces verts, des vêtements de travail...), via la création d'entreprises d'insertion.

Mais c'est depuis 21 ans que Crédal propose des crédits «éthiques» avec des taux d'intérêts stables, non liés au marché. Cette année, elle dispose ainsi d'un fonds de 9 millions d'euros, contre 6,5 millions en 2002. «Ces sommes proviennent d'un millier d'investisseurs-coopérateurs (NdlR: contre 660 il y a 4 ans). Ce sont à 70 pc des particuliers, mais on trouve aussi des institutions, comme l'UCL, ou des entreprises privées. Leur objectif est de faire preuve de solidarité, mais ils reçoivent, s'ils le désirent, un dividende d'environ 2 pc», explique Michel Genet, directeur de Crédal. L'argent aide notamment à financer des projets «d'économie sociale», qui sont environ 170.

En Brabant wallon, Crédal a ainsi conseillé et financé Apidès, une entreprise de formation par le travail en menuiserie située à Court-St-Etienne. Parmi ses autres clients: la Ferme équestre, un centre d'hippothérapie de Louvain-la-Neuve, ou l'association «Les Quatre Vents», une maison d'accueil nivelloise ouverte 24h sur 24.

La coopérative attribue aussi des «micro-crédits». Ceux-ci sont destinés à des particuliers qui souhaitent lancer ou étendre leur propre affaire mais qui n'ont pas pu obtenir de financement bancaire. Montant moyen d'un crédit: 6 750 euros. «Pour une banque, analyser la viabilité d'un projet de moins 25 000 euros et le financer, ce n'est pas très rentable, explique Cédric Deschamps, coordinateur du service micro-crédit. Comme faire crédit, c'est faire confiance, nous nous adressons aussi au public qui n'a pas forcément cette confiance des banques: les jeunes, les allocataires sociaux, les personnes d'origine immigrée...»

Les micro-entrepreneurs doivent subir un examen de leur plan d'affaire, et obtenir l'aval d'un proche susceptible de rembourser le crédit à 50 pc. Depuis 2000, en Brabant wallon, 21 entreprises (15,3 pc du total) ont été financées. Parmi ces projets, celui d'une esthéticienne de Grez-Doiceau, d'un graphiste de Saint-Géry, ou d'un traiteur de Chaumont-Gistoux. Marcellin Koloni, 30 ans, habitant de Louvain-la-Neuve et originaire du Rwanda, souhaitait lui devenir taximan. «J'avais été voir la banque, où j'avais un compte alimenté. Mais elle a refusé de me faire crédit, sans me donner d'explication. Je suis alors allé voir Crédal il y a un an, qui a étudié mon dossier. Avec les 10 000 euros qu'ils m'ont prêtés et les 15 000 dont je disposais déjà, j'ai pu avoir mon propre taxi.»

Selon une étude de l'ULG, 66 pc des clients micro-crédits sont toujours en activité. «Il s'agit d'un très bon résultat, affirme Cédric Deschamps, car selon les statistiques, 50 pc des entreprises sont en faillite au bout de trois ans. Et ce alors que nous nous adressons uniquement aux entrepreneurs individuels et à un public particulier, réputé plus fragile.»

© La Libre Belgique 2006