Brabant Rencontre

Ses compositions sont diffusées au Japon, aux Etats-Unis et même au Vatican. "En toute modestie, dans le monde entier", dit le musicien Jacques Siroul. Depuis son ordinateur, il peut envoyer ses musiques via le Net aux quatre coins de la planète. Elles accompagneront des films, des publicités, ou des séries. Un clic, et une mélodie langoureuse agrémentée de cordes emplit le petit studio, aménagé dans sa maison d’Ottignies : "celle-là, c’est une commande pour une série italienne. La société privée de production m’a demandé de faire une minute, pas rock, avec un côté italien, mais pas ringard Souvent, ceux qui me commandent des musiques savent ce qu’ils ne veulent pas, mais pas ce qu’ils veulent. Souvent aussi, ils pensent à la musique à la fin, et me disent : qu’il n’y a plus d’argent. Et il faut faire des miracles !" Pour cette série, il a disposé des images à la fin du tournage. Mais pour lui, dans l’idéal, le compositeur et le réalisateur doivent former un couple : "il faut qu’il y ait une cohérence totale, qu’ils discutent du film, le conçoivent presque ensemble. Mais cela arrive rarement. Une autre contrainte du "compositeur de musiques médias" : que la mélodie colle à l’image.

Ce travail sera à découvrir ce week-end, puisque Jaques Siroul est l’un des ambassadeurs ottintois de Wallonie Bienvenue. Dans ce studio, où l’on trouve juste un synthétiseur, et un autre plus petit relié à deux écrans d’ordinateur, "tout se fait informatiquement : on rajoute éventuellement quelques musiciens (réels), mais jamais plus de 8. Je peux faire des compositions avec des orchestres symphoniques de 100 musiciens, tout se trouve sur l’ordinateur. J’ai une banque de données avec tous les musiciens du monde."

Jaques Siroul, qui se décrit comme "musicien dans l’âme", a débuté sa carrière dans les années 70 à la RTBF, omme ingénieur du son, aidé par sa formation d’ingénieur industriel et son passage par un studio de musique où il avait enregistré un album. Son employeur lui demande un jour de recopier une bande d’un disque américain pour le générique du journal parlé, Actualités en direct. Il refuse, expliquant qu’il est musicien et qu’il estime que la RTBF doit utiliser des compositeurs belges. Eberlué, le chef de rédaction lui rétorque : "J’attends jusque demain, si tu peux faire mieux, je le passe. Sinon, tu sauras pourquoi je prends un Américain". Le générique de Jaques Siroul, réalisé dans son propre studio qu’il avait monté, passera pendant dix ans. "C’était le premier générique entièrement au synthétiseur. Cela a fait un choc énorme. Il y a eu une polémique. L’administrateur général a dû trancher." Pendant plusieurs années, Jaques Siroul réalise des génériques à la RTBF. Il composera aussi pour une maison d’éditions afin d’alimenter une sorte de banque de données musicale, où les médias peuvent puiser ensuite pour illustrer films, pubs, séries ou émissions de façon sonore et paient ensuite des droits à l’éditeur . "En fait, c’est comme si je composais pour des films, des images imaginaires..." A présent, il a fondé sa propre maison d’édition. "J’ai besoin de créer tous les jours. Je travaille au départ d’une trame. Je programme les grandes lignes, et suivant mon état d’humeur, je compose tel ou tel morceau..." En plus de 30 ans, la technologie a évolué . L’Ottintois a connu le synthétiseur qui imitait les instruments (de mieux en mieux au fil du temps). Mais ce sont des milliers d’instruments enregistrés auquel il a à présent accès sur son ordinateur, sans compter les modules de transformation du son . "Et pour les instruments enregistrés sur l’ordinateur, il y a toutes les notes avec toutes les nuances possibles pour un "sol", 127 niveaux Les possibilités sont infinies.

Un métier juteux financièrement ? Pas vraiment, selon le musicien : "heureusement que je suis professeur ( NdlR à l’IAD), sinon, certains mois seraient difficiles. Il est difficile de faire fortune dans ce métier sauf coup de chance, avec un tube, ou mieux un standard, un morceau immortel. Jusqu’ici, ça ne m’est pas arrivé. Il faut être joué beaucoup. Parce que c’est des clopinettes à chaque passage. Parfois en droit d’auteur, je reçois un euro de Chine ! Mais quand on fait une musique pour l’image, il y a aussi les droits de synchronisation, pour l’utilisation de la musique. Les droits d’auteur, c’est plutôt des centimes et des euros, les droits de synchronisation, plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’euros." Jacques Siroul a parfois été surpris quant à l’utilisation d’une musique : Ainsi, parmi ses 350 musiques réalisées, cette mélodie, composée sans commande précise et nommée au hasard Vatican, a été utilisée comme générique par. radio Vatican. "Deux de mes musiques illustrent des séries aux Etats-Unis, "Real to real" et "Mexican Marriage". Mais je ne les ai jamais vues ! " Une autre accompagne un film japonais. Il a aussi composé la musique du film belge "Le Souffle du violon", de la pub Johnnie Walker, du Walibi ou du programme français MangerBouger, et même la bande sonore d’un film sur LLN pour les 25 ans de l’UCL. Une de ses dernières musiques : Femmes plurielles, composée à la demande des lecteurs du roman,"Notes perdues", qu’il vient d’écrire et qui se déroule dans le milieu des studios d’enregistrement.