Brabant

Feuilles, herbe, chocolat... Les créateurs prenant part au défilé de ce samedi dans le cadre de "Créations en Brabant wallon" mettront à profit des matériaux plutôt étonnant. La Province du Brabant wallon organise ce salon destiné à mettre en valeur le savoir faire de ses artistes et artisans. La manifestation comprendra un défilé de mode réalisé par des créateurs et stylistes brabançons.

Ainsi, sur le "catwalk" du défilé hélécinois, Lionel Focant présentera une robe en chocolat. Ce chocolatier-pâtissier a dessiné et réalisé lui-même la robe, dans son atelier de Limal, à la demande de la Province. Les premiers essayages ont déjà eu lieu. "A ce stade, je suis content, la robe tient, et on peut même marcher avec...", explique le jeune chocolatier, qui a demandé à sa sœur de jouer les mannequins. La robe, "simple", se présentera sous la forme d'un bustier et d'une jupe aux genoux. Elle se constitue d'un support recouvert de feuilles de lierre en chocolat. L'artisan "chocouturier" tient à garder secrètes les techniques qui permettent de faire de cette robe parfumée un vêtement portable. "Il y a une technique propre à chaque créateur. La difficulté est d'arriver à ce que le chocolat colle sur le support sans que ça fonde, que ça casse..." Si elle reste comestible, la robe en chocolat est cependant destinée à être exposé dans l'atelier du chocolatier. Cette première permettra à Lionel Focant - qui est déjà le créateur de la praline du Brabant wallon 2007 - de davantage se faire connaître et pourquoi pas, de répondre à d'autres demandes du même type.

De son côté, l'Ittroise Mélanie Mertens espère elle aussi séduire les clients potentiels, même si pour elle l'art floral est une "véritable passion" davantage qu'un métier.

Feuilles de velours et de cuir

Elle présentera lors du défilé de mode une robe et une ombrelle coordonnées faites de fleurs et de feuilles. Une étape supplémentaire pour cette étudiante en art floral (aussi institutrice et conseillère provinciale) qui a déjà remporté plusieurs prix, avec ses chapeaux, parasol ou ombrelle végétaux... Mélanie Mertens a conçu le dessin de la robe - cousue par une professionnelle - et s'est chargée de recouvrir le tissu de fleurs et de feuilles.

Pas question cependant de passer la nuit précédant le défilé dans les bois afin de récolter ces matériaux naturels mais éphémères. Elle utilisera des "feuilles crisoséchées. Ce sont des feuilles naturelles qui ont subi un traitement. Elles conservent la souplesse et la couleur des feuilles naturelles mais ne sèche pas après deux jours. Une robe de soirée, c'est laborieux, c'est long à faire...Cela aurait été bête de passer autant de temps pour un court moment..." La création consiste en une longue robe et un bustier, recouverts de feuilles bordeaux, qui imitent... le tissu. L'une des faces possède un effet "velours", l'autre un effet "cuir". Des motifs seront dessinés par de la "monnaie du pape" nacrée, ou par des fleurons d'ornithogalum, de petites fleurs blanches. "A ma connaissance, personne n'a jamais réalisé de tels vêtements, en fleurs et en feuilles. Mais j'aime les choses personnalisées ! Je trouve cela triste quant tout le monde se balade dans la même tenue..."

Peu de chances non plus que deux personnes portent à un cocktail la même tenue signée Luc Mertes. Même si ce Brabançon a commencé à créer des robes en gazon il y a une dizaine d'années. "J'ai créé la première pour la foire de Libramont. Les bêtes voulaient manger la robe !" Ses créations, à l'époque, ont attiré l'attention des médias internationaux comme CNN et Reuters, qui se sont étonnés devant cet "agri-designer", adorant décorer tout et n'importe quoi (ou qui) à l'aide de fleurs et de plantes et qui se servait de toile de jute comme substitut de sol pour y faire pousser ses robes et jupes gazonnées "vivantes".

Luc Mertes a ensuite arrêté ce qui était au fond "un gag", avant de reprendre cette culture, à l'occasion du défilé et à la demande de la Province. Il faut dire que l'homme est un ancien du Centre provincial de l'agriculture situé à La Hulpe. Pour le défilé, Luc Mertes a déjà "semé" sa robe, et surveille à présent la croissance de l'herbe. La robe est conservée dans un lieu "tenu secret", et tous les deux-trois jours, Luc Mertes se rend dans cet atelier afin d'apporter les retouches nécessaires. Selon les personnes ayant porté une telle robe, ce serait confortable, frais et léger. Inconvénient : il faudrait arroser la robe une fois par jour, et la faucher toutes les deux semaines...