Brabant Rencontre

Il a 79 ans, et déjà plusieurs vies derrière lui. Mais le rixensartois Michel Coenraets ne songe pas vraiment à la retraite. Il lance en effet ces jours-ci sa nouvelle entreprise : un business center dans le zoning Nord de Wavre. La particularité de cette sorte d’incubateur qui fournira des locaux à de jeunes entreprises : une salle servira d’atelier technique pour mettre au point des produits et les proposer à la vente. L’idée lui a été inspirée par sa propre activité entrepreneuriale, lorsqu’il a cherché à proposer ses produits d’Automatic Systems à Paris en 1969. "Pour montrer mes produits (NdlR : systèmes de contrôle d’accès pour piétons et véhicules, je devais louer un garage ! Les business center actuels ne proposent pas ce genre de possibilités." Le concept vise surtout les petites entreprises étrangères actives dans l’industrie, cherchant à s’implanter en Europe et qui n’ont donc pas ce genre d’infrastructures à disposition. "Un starter belge aura, lui, la possibilité de travailler sur les aspects techniques dans le garage de son frère, par exemple " Certains composants de produits étrangers doivent aussi être adaptés au point de vue technique pour mieux coller au marché local. De tels ajustements pourront être réalisés dans l’atelier. Michel Coenraets compte apporter son expertise - et celle de ses collaborateurs - dans ce domaine. Outre la mise sur pied de l’infrastructure, il devra aussi prospecter des clients. Du travail en perspective, donc, pour ce qui est sa quatrième entreprise, après notamment Automatic Systems et Belrobotics. "Beaucoup de gens me demandent : pourquoi vouloir encore créer ? Mais pour moi, l’âge n’a pas d’importance. C’est vrai que j’ai une superbe famille à laquelle je tiens, à laquelle je trouve que je ne consacre pas assez de temps. Mais quand ils voient, par exemple, ce nouveau centre, ils me disent : "formidab,le, papy" ! Ca me porte ! Et puis à ceux qui me demandent pourquoi je ne m’arrête pas, je réponds : as-tu déjà vu la tête de certains de ceux qui s’arrêtent ?"

Son caractère le pousse aussi à aller de l’avant. "Mais la vraie raison, c’est que je suis super impliqué depuis mon plus jeune âge dans les associations patronales (NdlR : il fonda l’association des entreprises de Wavre, et fut président de l’UWE) et dans la vie locale, et j’ai pu voir et revoir que c’est une nécessité majeure d’avoir des activités chez nous, et de pouvoir donner de l’emploi. Je rappelle à qui veut l’entendre que rien ne se passe jamais sans création d’activité. Améliorer la santé, l’enseignement, ça ne peut pas se faire s’il n’y a pas une activité économique pour payer tout cela !" Après avoir revendu, à 69 ans, Automatic Systems - qui employait alors 285 personnes -, il vécut un an de retraite et pensait sa carrière entrepreneuriale terminée, avant de se lancer dans Belrobotics : un Belge était porteur d’un brevet de tondeuse-robot et était prêt à vendre à l’étranger car il ne trouvait pas d’entreprise en Belgique pour développer ses tondeuses. "Car personne ici ne pensait que c’était possible ! Moi, je pensais que c’était possible. Quant à Automatic Systems, ça reste la réussite de ma vie. On distribuait à Kuala Lumpur, au Brésil, en Chine Oui, c’était possible de le faire. Mais trois quarts des gens pensaient que ce ne l’était pas ! On pensait que l’on ne pouvait pas produire quelque chose de neuf en Belgique.. Mais oui, on peut créer un produit en Belgique, et on peut le vendre !"

Au moment de lancer sa nouvelle entreprise à Wavre, Michel Coenraets prend tout de même une forme de retraite : celle de la vie politique. Il fut sénateur PSC, bourgmestre, échevin Il vient de quitter son siège de conseiller communal (Proximité) à Rixensart. "C’était prévu, je l’avais annoncé en 2006. J’aurais même du partir un an avant, mais mes amis m’ont demandé de rester. Ca me prenait beaucoup de temps, par rapport à l’action que l’on peut avoir quand on n’est pas dans l’exécutif. Dans l’opposition, il y a ce manque de concrétisation. Et puis, même quand une décision passe et qu’on est dans la majorité, on doit être là pour pousser. Et il faut pousser à tout moment : au collège, dans le groupe, au conseil Et puis après, il y a le suivi. C ‘est assez lourd, pour la concrétisation. Je suis fatigué de cela. Avec l’âge, je deviens impatient !" Le chef d’entreprise en convient, au niveau de la concrétisation et de la prise de décision, l’entreprenariat et la politique locale sont antinomiques : "Sauf quand j’étais bourgmestre. Là, je prenais les choses en main, j’étais un peu le chef de la commune, l’entrepreneur-bourgmestre. Mais pas le tyran ! Enfin, je ne crois pas; j’étais beaucoup à l’écoute !" Parmi les souvenirs agréables : son passage à l’échevinat des finances, où il a dû hausser les impôts mais a pu les baisser 4 ans après, comme promis. Le mauvais souvenir, c’est de s’être vu rejeté dans l’opposition en 1995. Il avait refusé de conclure un accord préélectoral avec le MR, qui voulait former une majorité avec sa liste. "Je voulais attendre le soir des élections, parce que je ne trouvais pas cela honnête. On m’a dit après - des gens très bien - que j’avais été un imbécile." En effet, le MR s’est allié le soir des élections avec Ecolo. Une majorité qui n’a tenu qu’un an et demi