Brabant

En matière d’itinéraires cyclables, le Limbourg et le Brabant flamand possèdent les "Knooppunten", la Hesbaye brabançonne possède, elle, le Ravel. Mais si ces régions sont voisines, il n’existe aucune carte unique reprenant les itinéraires possibles et qui permettrait aux touristes de traverser à vélo les trois régions. Voici l’un des aspects que le tout nouveau projet "Ontmoet je buren/A la rencontre de nos voisins" entend pallier.

La Hesbaye brabançonne comprend six commmunes de l’est du Brabant wallon, le Hagenland englobe 17 communes de la zone orientale du Brabant flamand. Le territoire Haspengouw, lui, concerne 16 communes sur une grande partie du Limbourg méridional et une petite partie du Limbourg occidental. Ces régions sont intégrées toutes les trois dans un programme de l’Union européenne en faveur du développement des zones rurales. Objectif de "Leader" : améliorer la compétitivité du monde rural, l’environnement et la qualité de vie de milieux ruraux et favoriser la diversification de l’économie rurale.

L’idée est d’aider à la mise en œuvre de projets, via des partenariats locaux, afin de résoudre des problèmes locaux. L’Europe délivre aussi des subsides pour des partenariats entre régions bénéficiaires de son aide.

Vendredi, Hesbaye brabançonne, Haspengouw et Hagenland ont signé un accord de coopération qui les mènera à travailler ensemble sur quatre secteurs principaux : le tourisme, l’agriculture, la nature et les produits du terroir. "L’idée de travailler ensemble s’est faite assez spontanément. On s’est rencontrés dans des réunions de coordinateurs. La fois précédente, nous avions travaillé avec le Pays basque et deux autres territoires wallons. Nous avons pu développer des outils, mais ici, l’aspect humain est beaucoup plus fort. Même s’il faudra stimuler pour franchir les barrières de la langue", explique Marie Langhendries, coordinatrice du groupe d’action locale Culturalité en Hesbaye brabançonne. Ses homologues Greetje Vrijsel (Haspengouw) et Pierre-Bernard Van Acker (Hagenland) décèlent des points communs entre les trois territoires : "L’aspect rural, en termes de paysages, la géographie, le style de vie, l’Histoire, la culture des fruits, l’agriculture A la sucrerie de Tirlemont, dans le Brabant flamand, on vient y apporter les betteraves du Brabant wallon et du Limbourg !"

Vendredi, alors que les négociateurs travaillaient à davantage d’autonomie fiscale pour les régions après plus de 460 jours de tensions communautaires, Marc Vandeput, Monique Swinnen (CD&V) et Jean-Paul Wahl (MR) signaient eux un accord de coopération entre territoires situés des deux côtés de la frontière linguistique. Alors qu’on parle de davantage de séparation entre Nord et Sud, est-ce là aller à contre-courant ? "Oui, je suis très consciente de cela. Mais c’est justement le bon moment pour rendre publique cette collaboration !", dit Monique Swinnen, présidente du GAL Hagenland et députée provinciale CD&V du Brabant flamand. "Et ici, dans notre région, les gens n’ont pas vraiment le sentiment de cette frontière. Ils ont de la famille, des amis de l’autre côté. Ils connaissent l’autre côté. Et puis, durant la préparation du projet, les gens se sont montrés curieux et ont réalisé - par exemple, les agriculteurs - qu’ils avaient les mêmes préoccupations. Ce sentiment, c’est une bonne motivation pour intéresser les gens et pour renforcer les choses ensemble. Ces territoires ont beaucoup de richesses " Mais elle le concède, bien que les deux régions soient proches, les gens ne se connaissent plus comme avant. "Les mentalités sont loin ! Avant, on était une seule province de Brabant. Mais les gens qui étaient ici lors de la signature, je ne les connais plus !". Au sein du projet, les thèmes de travail, très concrets, ne sont pas liés au politique, même si le politique a rendu les choses possibles, note-t-elle encore. Pour le député provincial du Limbourg CD&V Marc Vandeput, président du GAL Haspengouw, il n’y a pas de message politique dans cet accord de collaboration. "Mais pourquoi pas travailler ensemble ? Je travaille déjà avec Liège, avec les Pays-Bas... Nous sommes voisins. Nous devons nous renforcer, et c’est une région qui a plein de potentiel. On peut aussi échanger notre expertise "

Jean-Paul Wahl, président de Culturalité, n’a pas, lui, l’impression d’aller à contre-courant par rapport à la situation communautaire : "Il y a des aspirations de part et d’autre à ce type d’approche. Le problème, c’est la fausse image de l’autre communauté. Mais il n’y a pas eu la moindre tension dans la préparation du projet." Et lui, en tant que bourgmestre de Jodoigne, travaille régulièrement avec ses homologues de l’autre côté de la frontière linguistique. "Cet accord de coopération, ce n’est pas un gadget. Il y a, il peut y avoir moyen d’avoir des retombées économiques de part et d’autre, notamment en matière de tourisme."

La coordinatrice du GAL Haspengouw souligne que le projet "ne met pas l’accent sur les structures politiques. On réagit par rapport à ce dont les gens, dans les régions, ont besoin. Et les voisins, dans les autres régions, ont les mêmes types de problèmes. A cause des médias très divisés, Flamands et Wallons ont une vision extrême l’un de l’autre. En fait, il y a des différences de culture, mais il y a aussi beaucoup de similitudes, et ce qu’on fait ici, c’est mettre en valeur ces similitudes. On veut ouvrir les régions l’une pour l’autre ".