Brabant

Les archives photographiques datant de l'Expo universelle en témoignent. Dès sa construction terminée, la "maison tournante", située au Bois de la Pierre, à Wavre, attire les visiteurs venus en voiture de Bruxelles pour découvrir cette maison ronde visible depuis la Nationale 4 toute proche. Inaugurée au printemps 1958, à l'occasion de l'exposition universelle et internationale de Bruxelles, cette habitation orientable suscite intérêt et étonnement. Immédiatement, les gens se pressent pour acheter les tickets d'entrée permettant de visiter ces pièces capables de pivoter autour d'un axe fixe et de suivre ainsi la course du soleil.

Cette "maison de l'an 2000", comme l'écrit le magazine "Bonnes soirées" en 1958 fit d'ailleurs l'objet de visites payantes jusque 1964. Mais ce n'est pas en priorité pour offrir une attraction supplémentaire à l'Expo 58, que François Massau conçoit cette maison. Cet inventeur originaire de la région liégeoise avait l'idée d'offrir à sa femme en convalescence, une maison où elle aurait du soleil toute l'année.

Cinquante ans plus tard, c'est encore ce qui charme son actuelle occupante. Les parents de Dominique Quinet, propriétaire depuis 1984, s'y installent en 1964. Dominique Quinet vit donc dans cette maison depuis 44 ans. Dans ces 130 mètres carrés, elle a aménagé son habitation et son institut de beauté. Les quatre chambres se répartissant en quartiers autour d'une partie centrale fixe (abritant salles de bains et escalier menant à la cave), accueille à présent bancs solaires et salles de soin. Ces pièces sont mobiles tout comme la cuisine et le séjour. Depuis son salon aux murs convexes et pourvus de grandes fenêtres, Dominique Quinet peut faire pivoter son habitation. Une simple pression sur un bouton, et la pièce glisse imperceptiblement vers la gauche ou la droite. "On ne voit pas qu'on bouge. Pour cela, il faut vraiment fixer un point précis dans le jardin, sourit-elle.

Un tour en 90 minutes

Concrètement, la partie habitable, tournante, est posée sur un rail fixé sur un mur extérieur et un autre rail plus petit fixé lui sur un mur intérieur. La partie mobile recouvre ainsi les caves bétonnées sauf le centre. "Et le moteur, c'est un tout petit moteur de machine à laver, mais avec une très grosse démultiplication. Cela ne consomme donc pas grand chose..." La machinerie est encore tout à fait opérationnelle - un tour complet dure une heure et demie - , mais sa propriétaire ne l'actionne pas régulièrement. "Pour les clientes de mon institut de beauté, il faut que la porte soit devant, face à la rue. Il ne faut pas qu'elles cherchent la porte ! Je fais donc tourner la maison le week-end quand je suis seule, et qu'il y a du soleil."

Le principal avantage ? "C'est la lumière. Les pièces sont vraiment très lumineuses. Et puis il y a aussi les économies de chauffage.. . Si on se met en plein soleil, il peut faire très chaud. Je me souviens d'ailleurs que l'année où j'ai acheté la maison, il faisait moins 15 degrés dehors. mais 30 degrés dans le salon, et je ne chauffais pas! Evidemment, la température n'était pas la même dans les autres pièces ou quand le soleil était parti ! D'autre part , c'est bien aussi d'être à l'ombre quand il y a trop de soleil..."

Dominique Quinet consomme environ 1 800 litres de mazout, par an, bien qu'elle chauffe les pièces de l'institut de beauté en journée. Les fenêtres bénéficient de double vitrage, installée dès 1958. La maison est aussi pourvue d'une bonne isolation. "Cette maison est tout un symbole, alors qu'on fait si attention aux économies d'énergie actuellement. M. Massau était vraiment en avance sur son temps. Mais c'était un inventeur, pas un commercial."

Celui-ci, mort en 2002, n'a en effet jamais réussi à commercialiser son invention. Il refusa ainsi un contrat de commercialisation qui pouvait paraître avantageux, fut longtemps aussi en procès avec son entrepreneur.... Il fit même la grève de la faim dans les années 60, car il se plaignait de ne pas être aidé par l'Etat. Son invention, elle, attire cependant toujours les visiteurs. Mais moins les acheteurs. En vente depuis quelques mois, la maison n'a pas trouvé acquéreur. "Ce n'est pas une maison traditionnelle, ça fait un peu peur aux gens, explique Dominique Quinet, qui songe tout de même à conserver la maison car elle y est très attachée.

Elle souhaite en tout cas que sa maison ne devienne pas un lieu totalement privé. Elle verrait bien le lieu classé ou racheté par les pouvoirs publics. "C'est une belle invention de nous, Belges. C'est un Belge qui y a pensé avant tout le monde. Les Français se sont par exemple mis aux maisons tournantes 30 ans plus tard. Ici, c'est la première au monde..."