Brabant

Elles occupaient les lieux depuis 1903. Les religieuses du Sacré-Coeur, après plus d'un siècle de présence dans le quartier abbatial de la Ramée, à Jauchelette, auront probablement quitté leur couvent avant mars.

Suite à des négociations menées par le président de l'association royale des demeures historiques de Belgique, elles viennent de vendre la partie conventuelle de la Ramée, entourée d'un parc, à une société immobilière contrôlée par leur voisins immédiat, Jacques Mortelmans. Une décision qui apparaît logique, puisque cette société possède déjà la ferme de l'abbaye de la Ramée, que M. Mortelmans réaménage en centre de séminaires et de réceptions depuis 1990.

Mais cette vente constitue une étape symbolique dans l'histoire de ce fleuron du patrimoine brabançon wallon, dont les origines remontent au 13 e siècle, époque où des cisterciennes s'y implantèrent. Ce rachat signifie en effet la réunification du site jodoignois, après plus de deux siècles de séparation. "Suite à la Révolution française, en Belgique, quelques années après la France, les biens d'églises ont été mis en vente publique, et les religieux ont été expulsés, explique Jacques Mortelmans. A la Ramée, suite à cette vente publique, la propriété a été morcelée, et la ferme et le couvent ont été séparés." Une partie des bâtiments furent détruits, dont l'église, le cloître et le bâtiment conventuel.

Subsiste actuellement le "quartier des hôtes" qui avoisine les 4500 m2. Le prix de l'acquisition : 2350000 euros. "Pour moi, c'est un véritable aboutissement, c'est ce que je souhaitais depuis longtemps, c'était très important d'avoir une unité d'ensemble", se réjouit le nouveau propriétaire. Pour cette Ramée réunifiée, Jacques Mortelamans a des projets. Il souhaite en effet faire du site un "centre d'hébergement". "Cela permettra de nous étendre et d'augmenter notre offre de chambres", explique le propriétaire.

Rénovation intérieure

La ferme de la Ramée, pour l'instant possède en déjà 12 chambres. Celles-ci permetttent la tenue des séminaires résidentiels de 2 ou 3 jours pour une clientèle essentiellement "business", et accueillent également, dans un moindre mesure, des touristes étrangers, cherchant à se loger dans un cadre de prestige durant les mois de juillet et d'août. Dix-huit chambres supplémentaires, accompagnée d'une balnéothérapie sont également en construction dans une dépendance de la ferme et devraient être terminées au printemps. Au total, la Ramée pourra alors offrir une centaine de chambres. Les bâtiments conventuels nécessiteront donc une rénovation intérieure, tandis que les panneaux roses des pavillons modernes, datant des années 70, seront remplacés par un bardage en cèdre. Quant aux parties les plus anciennes (18e siècle), elles font l'objet d'une procédure de classement. Trop tard cependant pour bénéficier de l'aide de la Région wallonne pour ce chantier. La rénovation de la ferme, bâtiment classé, a en revanche pu bénéficier de ces soutiens régionaux. Débutée en 1993 sous la direction de l'architecte Bernard de Schaetzen, la restauration à l'identique de ces bâtiments de 4 500 m2 est sur le point de se terminer.

"Cela s'est fait en 4 phases, signale Jacques Mortelmans, mais toujours avec le même motif : la mise hors eau et la stabilité du bâtiment. Nous avons refait les toits, les chassis et les fenêtres, rejointoyé les murs..." La Grange Dimière, considérée comme la grange la plus importante du pays, se retrouva ainsi avec une nouvelle couverture d'ardoise, tout comme l'hectare de toits protégeant la ferme. La rénovation a ainsi nécessité un budget de 2 500 000 euros. La Ramée, classée comme Monument et site en 1980, put bénéficier, pour les premiers travaux, de subsides régionaux à 60 pc. Depuis 2002, et l'inscription sur la liste du patrimone exceptionnel de Wallonie, ces aides atteignent 95 pc. "Avec la région, cela a été une collaboration exemplaire. Sans elle, rien n'aurait pu se faire "Jacques Mortelmans pense à présent à 2016, date à laquelle l'abbaye fêtera ses 800 ans, "avec un son et lumière". Mais aussi aux générations futures. Pour assurer la pérennité de l'Abbaye après lui, il envisage de la léguer à une fondation, qui pourrait être gérée par l'association "Demeures historiques de Belgique".