Brabant

Tiens-toi droit !" C’est sous ce titre que le dernier album du Petit Spirou est sorti récemment. Un 15e tome derrière lequel se retrouvent inévitablement Tome et Janry. Avec un second nommé préposé aux dessins qui naissent dans son atelier, à Lathuy (Jodoigne), où il vit depuis une décennie.

Au menu, une quarantaine de pages de gags qui, de par leur originalité, font se demander comment les deux auteurs parviennent à garder de l’inspiration. "L’avantage d’une telle série, c’est qu’elle est constamment renouvelée par l’époque", estime Janry. "Aussi longtemps qu’il y aura des enfants, nous aurons des idées pour faire vivre le Petit Spirou. Mes sources ? Ce sont mes deux filles, Clémence et Léonie, leurs amis mais aussi mon enfance personnelle."

Le tout avec une habitude qui fait son charme, à savoir cette manie de fustiger les tabous. Préfigurant l’aventurier qu’il deviendra (et est déjà vu que ses histoires en tant qu’adulte existent depuis des décennies), le Petit Spirou aime contourner les interdits.

À noter que certaines planches ne contiennent pas le moindre dialogue. "Les gags sans bulles sont plus difficiles à réaliser ", estime Janry. "Il faut davantage travailler sur les actions vu qu’on ne peut pas compter sur les textes pour montrer ce que les personnages ressentent ou disent D’un autre côté, l’absence de phylactères permet une lecture plus rapide, plus vive."

Mais, qu’on se rassure, pas de quoi changer la façon d’être du héros : le Petit Spirou reste égal à lui-même. "Et c’est tant mieux", diront ses fans de tous les âges. "En fait, on pourrait dire qu’il a deux grandes qualités : l’honnêteté et le courage ", conclut Janry avant d’ajouter un trait de caractère supplémentaire, "un minimum d’impertinence qui fait de lui quelqu’un d’unique."

Du reste, cette bande dessinée pousse la réflexion des lecteurs dans certains domaines. Janry le précise d’emblée : "La posture de l’enseignant ne nous convient pas du tout, à Tome et à moi". Et pourtant, à mesure que le tome 15 du Petit Spirou dévoile ses planches, le lecteur a l’impression d’apprendre des choses, de réfléchir.

Un exemple ? L’histoire de six pages qui ouvre l’album et qui met en scène un certain Malogrodoff : impossible de ne pas y voir le lien avec l’homme d’affaires américain Bernard Madoff. "Plus clairement, c’est la crise économique que nous avons voulu traiter", explique Janry. "Nous avons cherché à la présenter de manière un peu sarcastique, un peu impertinente " Il y a aussi un gag centré sur le principe de la désuétude planifiée, également nommée obsolescence programmée.

Autrement dit, et pour paraphraser le Grand-Papy du Petit Spirou, "on vend un truc fabriqué exprès pour que ça ne dure pas longtemps". Et Janry d’ajouter : "Et si les défauts ne sont pas prévus à la base, la publicité fait le reste". Bref, la bande dessinée intègre une dimension supplémentaire à celle de l’amusement mais sans tomber du côté moralisateur.

"Étant lus par beaucoup de jeunes, nous avons une responsabilité ", explique Janry. "Notre rôle n’est cependant pas de donner des leçons mais de les inspirer, surtout là où on ne s’y attend pas."