Brabant

Depuis quelques jours, les mots de Guillaume Lohest s'étalent sur de grands panneaux, qui couvrent totalement les vitrines d'une boutique de Louvain-la-Neuve. C'est la quasi-entièreté de sa nouvelle "Hélène" qui est ainsi proposée à la lecture des passants. Une manière de faire connaître au public le recueil d'histoires écrites par Guillaume Lohest, Clotilde Beckand, Ariane Coquelet, Elisabeth Nieuwenhuys et Valérie van Caloen, cinq jeunes auteurs, publié il y a peu par la maison d'édition néolouvaniste Quadrature.

Ces cinq "néoécrivains", âgés en moyenne de 22 ans, ont suivi la "filière en création littéraire" mise en place à l'UCL par le professeur et auteur Vincent Engel. Cette filière, considérée comme la première de ce type dans une université européenne, se propose de faire découvrir aux étudiants en romanes les spécificités d'une oeuvre littéraire en leur imposant des exercices d'écriture portant sur des textes de plus en plus complexes.

Objectif final : produire une nouvelle d'environ 50 pages. "Lorsque j'accueille les nouveaux inscrits, je le précise bien : le but de la filière n'est pas de vous assurer que vous obtiendrez le Goncourt endéans les dix ans", affirme Vincent Engel, dans la préface du recueil "Le Ver dans le fruit". "Pas même que vous serez publiés ! Et puis voilà, à peine un an après le début de la filière, ils sont cinq qui publient déjà !"

Car la qualité des textes remis dans le cadre des travaux a surpris et attiré l'attention de beaucoup, dont celle des fondateurs des Editions Quadrature, spécialisées justement dans la publication de nouvelles. Cette maison d'édition, fonctionnant comme une ASBL et regroupant d'anciens romanistes de l'UCL, a cependant voulu considérer ces auteurs comme n'importe quels écrivains chevronnés. "Nous, on a un objectif de qualité. Le talent ne se mesure pas à l'âge", affirme Patrick Dupuis, un des fondateurs de Quadrature. "Jusqu'à présent, nous avons publié huit recueils. Deux ouvrages ont fait l'unanimité au comité de lecture, dont celui-ci ! Il faut dire aussi qu'il y a eu une forme de présélection, réalisée par Vincent Engel."

En annonçant la nouvelle de la publication aux cinq élus, Patrick Dupuis a fait quelques étonnés, dont Ariane Coquelet, auteur de la nouvelle "Hugo", qui raconte l'histoire d'un directeur du personnel dans une maison d'édition, chargé de recruter des artistes peintres pour un mystérieux projet destiné à relancer l'entreprise.

"C'était vraiment une énorme surprise", explique la jeune Limelettoise de 23 ans. "Surtout à notre âge, car ce n'est pas nous qui avons soumis notre manuscrit. Au contraire, on nous a demandé si nous acceptions d'être publiés !"

Ariane a le triomphe modeste. "Je n'ai pas encore l'impression d'être un écrivain. En tout cas je n'ai plus peur d'écrire, et j'ai plein de projets. Mais la formation a été précieuse. C'était progressif : on a écrit des textes de deux ou trois pages, avec une contrainte précise, puis dix pages, puis finalement 50 pages."

Seul Vincent Engel se chargeait de la correction des textes. "Un peu comme une rédaction en primaire", se souvient Ariane. "Il soulignait des phrases en rouges, si elles étaient inadéquates ou mal formulées. Il s'occupait aussi du fond. J'ai dû proposer deux synopsis, avant que mon histoire soit acceptée..." Pour Vincent Engel, tout le monde a ses chances de se révéler au cours de l'apprentissage. "Il y a un contrat clair, universitaire. Je peux dire ce qui n'est pas bon. Je peux exiger un travail. Ceux qui acceptent les règles de ce jeu progressent. Ils vont aussi loin qu'ils le peuvent. Certains n'iront pas plus loin que le bourgeon, d'autres écloront..."