Brabant

Pour l’instant, dans son atelier des hauteurs de Limal, où plane une odeur sucrée, Lionel Focant, 27 ans, est occupé à décorer les moules de lapins de Pâques. Penché au-dessus des formes de plastique, à l’aide d’une petite douille en papier, il leur dessine des moustaches en chocolat au lait. Sur un établi repose, dans un bac chauffant, le chocolat liquide, qui servira à apposer une couche supplémentaire à l’intérieur du moule. En face, la "tempéreuse", machine pourvue d’une roue, malaxe des litres de chocolat blanc. Et partout, sur les étagères ou posés sur l’établi, pralines, pâte à tartiner signée "Lio", truffes ou petits œufs s’offrent au regard des visiteurs ou des clients. Ceux-ci, en venant acheter leurs plaisirs cacaotés, peuvent d’ailleurs apercevoir le jeune chocolatier en plein travail. Seule une porte vitrée sépare le lieu de vente de l’atelier, et Lionel passe de l’un à l’autre au gré des arrivées.

Mais cet artisanat, le jeune Wavrien vient d’apprendre qu’il pourra en faire la démonstration à un public nettement plus large, et surtout international. Il pourra en effet montrer son talent rien de moins qu’à l’exposition universelle de Shanghai, en Chine, qui se tiendra du 1er mai au 31 octobre 2010.. "Pendant une semaine, au mois de septembre, je montrerai comment on peut travailler avec le chocolat", explique "Lio". Il s’installera dans le "Belgian Chocolate Corner", au sein du pavillon de 5500 m2 réservés à la Belgique. Celui-ci rassemblera trois thèmes, le diamant, la bière et le chocolat. Quatre fabricants de chocolat (Callebaut, Guylian, Neuhaus et Godiva) y feront se succéder une septantaine d’artisans belges qui montreront leur expertise du chocolat. Du 20 au 24 septembre, lors de la Semaine du Brabant wallon, c’est la Jeune Province et ses chocolatiers qui seront particulièrement mis à l'honneur. Outre Lio, d’autres chocolatiers du BW seront présents en Chine, comme Régis Masson de l’Art de Praslin (Wavre) ou Marc et Roger Ducobu de Waterloo. Le Limalois, comme ses collègues, devra faire face à une difficulté : "Il faudra s’adapter au climat de là-bas. A mon avis, il fera un peu trop chaud. Le chocolat ne va peut-être pas pouvoir se figer. Et puis, il y a 400000 personnes qui vont défiler chaque jour à l’expo Ça aussi, ça fait de la chaleur!" Mais le chocolatier espère tout de même arriver à réaliser des petites pièces montées en chocolat. "L’idée est que ce soit artistique. Je vais réfléchir à ce que je veux proposer. Mais je veux quelque chose qui en jette ! Pourquoi pas quelque chose qui s’associe avec les deux autres produits phares ?"

Lionel Focant, qui est aussi en train de préparer un défilé d’accessoires en chocolat (voir ci-dessous) se réjouit de cette future nouvelle expérience, car c’est la première fois qu’il réalisera des démonstrations à l’étranger. Il espère aussi d’autres retombées. "Pour l’image d’un artisan, c’est un bon plus. Et pour se faire connaître, grâce à tout ce qui va tourner autour de l’exposition universelle. Et puis qui sait, faire une collaboration avec la Chine ? On va aller voir là-bas, comment ça se passe, et puis qui sait, peut-être y aura-t-il plus tard des petits chocolats Lio en Chine ? Ce serait pas mal d’exporter, mais on peut aussi exporter moins loin !"

La Chine apparaît d’ores et déjà comme un gros marché pour le chocolat. En 2008, la Belgique y avait déjà exporté quelque 802 tonnes de chocolat pour plus de 4 millions d’euros, ce qui fait d’elle le principal importateur de chocolat après Singapour et l’Italie. Quoi qu’il en soit, en septembre, Lionel Focant devra arriver les mains quasi vides. Il n’apportera pas aux Chinois des exemplaires de la praline du Brabant wallon, concours de création qu’il a remporté en 2007 et 2009. Et il devra laisser à Limal son matériel habituel. Impossible de rentrer en Chine avec ses propres ustensiles, a-t-on déjà prévenu les artisans. Les 4 sociétés mettront le nécessaire à disposition : tempéreuse, moules, pistolets, ou rouleau pour pièce montée Et bien sûr, le chocolat...