Brabant

B o ue, sable et grues : ce trio est inséparable de Louvain-la-Neuve. C'est en revenant sur les nombreux chantiers qui ont émaillé le développement de la ville qu'un nouvel ouvrage de l'UCL retrace l'histoire de la cité.

Une trentaine de photos issues des archives de l'UCL et de collections de particuliers racontent 37 ans de travaux, de l'espace vierge du plateau de Lauzelle en 1969, aux derniers lotissements du quartier des Bruyères des années 2000.

Luc Boulet a connu ces deux visages. Urbaniste et économiste, actuellement directeur du service de coordination des travaux urbains, il travaille pour l'UCL depuis 1970. "Ce qui me frappe d'abord dans ces deux photos, c'est que le plateau de Lauzelle était chauve comme un caillou. Il n'y avait que quelques arbres. Maintenant, c'est beaucoup plus boisé... L'UCL, rien qu'à elle seule, a planté au moins 50000 arbres"

Le développement a débuté en 1971 avec le "chantier fondateur", édifiant la place des Sciences et sa bibliothèque, le Cyclotron ou encore la rue des Wallons et le quartier du Biéreau. "Nous voulions commencer par cette faculté car la programmation technique était compliquée : les Sciences nécessitaient des laboratoires, des halls techniques, détaille Luc Boulet ... Il fallait aussi l'installer en dehors de ce qui deviendrait la ville, car les "ingénieurs" avaient la réputation d'être plutôt calmes. Ils n'auraient pu animer la cité, et on pensait déjà à son animation".

L'urbaniste se rappelle aussi de l'incompréhension des autochtones "face à ce débarquement d'extraterrestres". "D'autant qu'ils ne voyaient pas quel était le plan qui sous-tendait l'ensemble. En fait, comme on le constate sur les photos, LLN se constituait alors de quelques bâtiments plantés dans un champ de boue. D'ailleurs, on ne pouvait pas se rendre au cours sans une bonne paire de bottes..."

Ce champ de boue nécessite cependant des liaisons avec l'extérieur. La construction du chemin de fer (1973), souterrain par endroit, devient une attraction pour les habitants du site (voir photo), qui peuplent déjà le Biéreau, et qui s'établiront à l'Hocaille, puis à Lauzelle et aux Bruyères à la fin des années 80.

"Le tunnel ferroviaire était un chantier énorme. Pour creuser un trou d'une trentaine de mètres de profondeur, il fallut faire venir une grue en pièce détachée de Grande-Bretagne. Elle était aussi grande qu'un château et travaillait 24 heures sur 24..."

Le deuxième grand chantier fut celui des Sciences humaines, commencé en 1975.

Comprenant des bureaux, des auditoires, des bibliothèques, les immeubles avait pour but d'encourager la circulation des étudiants dans ce qui deviendra le centre-ville. "Le chantier des Sciences humaines préfigure la dalle. A partir de ce moment, les chantiers s'inscrivent dans un plan d'ensemble qui prévoit la trame de la dalle pour le centre urbain. Ce fut un défi autant technique que financier, car les prix du m2 construit ne correspondaient pas du tout au prix du marché immobilier local. A l'époque, un mètre carré de terrain construit dans la région revenait à 2000 ou 3000 francs belges, contre 25000 fb le m2 pour la dalle ! Mais peu à peu, Louvain-la-Neuve est devenu attractif et le prix du terrain a monté. Ca s'est finalement rapproché du coût de la dalle... Mais ce n'est qu'avec l'arrivée de l'Esplanade et son projet mixte que le coût est devenu supportable."

Pour Luc Boulet, l'arrivée du centre commercial est loin d'avoir stoppé le développement immobilier de Louvain-la-Neuve, qui a déjà fait l'objet d'environ 2,5 milliards d'euros d'investissements. "Les chantiers vont réapparaître dès le printemps 2007, dans la nouvelle partie des Bruyères. A venir, il reste les lotissements rue Paulin Ladeuze, le musée Hergé, la zone entre la galerie commerçante et la N4, celle entre l'Aula Magna et le lac, ou encore l'espace près du Sablon..."

Les clichés des chantiers, passés ou actuels, feront l'objet d'une exposition au Forum des Halles, dans le courant du mois de janvier 2007. Infos : LLN, de chantiers en chantiers, 7 euros, en vente à Inforville.