Brabant

Sauvons notre village. Non à l'implantation de la secte Maharishi à Nil." Sur les maisons du centre du village de Nil-Saint-Vincent, dans la commune de Walhain, les affiches fleurissent depuis ce mardi.

Elles ont été imprimées et distribuées par un groupe d'une dizaine de riverains, afin de "sensibiliser le quartier".

Ces habitants ont, en effet, appris qu'un terrain de 1,65 hectare situé au coeur du village, au lieu-dit "Le Paradis", avait été vendu pour un million d'euros à un mystérieux organisme, le mouvement Maharishi.

Les riverains craignent les implications urbanistiques du projet, mais s'interrogent surtout sur les activités précises du mouvement, fondé dans les années 60 et lié à la méditation transcendantale.

"Nous savions que cette prairie se trouvait en zone à bâtir, explique Carmine Gnagnarella, un riverain. Mais entre accueillir des familles et accueillir une secte, il y a une différence. Nous craignons cette secte pour nous, mais aussi pour nos enfants, car il y a toujours un risque de recrutement..."

Son voisin André Vanderborght, lui, mène l'enquête depuis qu'il a eu vent de la cession du terrain. Il a ainsi appris que plusieurs personnes avaient contacté la commune dès l'automne, ainsi que la Division de l'Urbanisme à Wavre.

Déjà implantée

Leur projet consistait alors à installer sur le terrain une école d'horticulture, avec un bâtiment principal de style asiatique servant de lieu de cours, autour duquel prendraient place quatre bâtiments de logement pour 300 élèves. "Dans leurs écrits, on trouve la notion d'invincibilité, de bouclier pour le pays, explique André Vanderborght. Walhain les intéresse peut-être parce que c'est le centre de la Belgique..."

Maharishi est déjà implanté à l'intersection précise des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la Belgique, au lieu-dit des "Trois Bornes", près de Plombières. "Elle a acheté des bâtiments privés sur la partie hollandaise des "Trois Bornes" et la commune de Plombières n'a donc rien pu dire, explique le président de la commission d'enquête parlementaire sur les sectes, le député André Frédéric (PS), qui s'en était ému à l'époque. Actuellement, Maharishi semble y accueillir des gens qui viennent de l'extérieur, dans de grosses voitures, plutôt que d'y faire du recrutement."

Mais le député est clair : Maharishi recèle bien des dangers, selon les critères de la commission parlementaire : organisation pyramidale favorisant la dépendance, augmentation de l'isolement social chez les adeptes ou encouragement à effectuer des stages de plus en plus chers...

En outre, la Fondation Maharishi est considérée comme une secte en Allemagne, ainsi qu'en France, mais pas en Belgique, qui ne possède, en fait, pas de liste officielle.

A Walhain, la bourgmestre Laurence Smets a donc contacté le CIAOSN, centre d'information sur les sectes, pour connaître leur avis sur Maharishi, et demandé un dossier complet à André Frédéric, qui viendra informer la population.

Demande irrecevable

Le 25 janvier, la bourgmestre Laurence Smets a reçu à son domicile un courrier de Stijn Vandenbosch, "président du Directorat pour une Belgique invincible", lui demandant "une autorisation immédiate pour l'installation d'une colonie de maisons de 150 pièces".

Une demande irrecevable pour la commune, qui attend donc l'introduction officielle du permis d'urbanisme. "La position du collège pour délivrer le permis d'urbanisme sera le même que dans tous les dossiers. Il s'opposera à tout lotissement massif pour préserver au mieux la ruralité de notre commune."

En outre, le terrain visé est pour l'instant une zone de fond enclavée, même si certains des riverains auraient été approchés afin de vendre une parcelle permettant cet accès.

Techniquement, la commune a la possibilité de proposer une enquête publique si elle le juge nécessaire.

Mais rien dans le Code wallon d'aménagement du territoire ne permet de refuser un projet pour des raisons philosophiques, même si l'organisme est considéré comme une secte, rappelle-t-on à la Division de l'Urbanisme à Wavre.

Ce serait alors "un abus de pouvoir".

La commune pourrait cependant invoquer des questions de mobilité liées à la fréquentation du lieu, ou encore d'incompatibilité avec le voisinage.