Brabant

ENTRETIEN

Que s'est-il passé le 23 mai 1706 à Ramillies?

Nous sommes en pleine guerre de Succession d'Espagne (NdlR: qui opposa notamment la France et l'Espagne aux Provinces unies et à l'Angleterre au sujet de l'attribution de la couronne d'Espagne au petit-fils de Louis XIV). Il y a déjà eu entre les armées une série de batailles dans la région, notamment à Waterloo, en août 1705. Les Alliés veulent rejoindre Ramillies, car elle se trouve à proximité de la Chaussée Romaine, qui permet de se diriger à l'Ouest, quand on vient de l'Est. C'est la seule route qui peut être empruntée par des armées, car les autres sont à ce moment des chemins de terre. Ils avaient la possibilité alors de se diriger vers Bruxelles, ou encore de prendre la citadelle de Namur. Les Français veulent une bataille car ils sont en ce moment supérieurs numériquement. Les Alliés pensent que Villeroy est à Jodoigne et lui-même pense que les Alliés sont à Meerdorp. Les deux se retrouvent de façon inopinée à Ramillies!

Où ont eu lieu les combats?

Ils s'étalent sur les villages actuels de Taviers, Ramillies, Offus, Autre-Eglise, et Folx-les-Caves, soit sur la ligne de crête Escaut/Meuse, qui constitue un verrou de passage. Le champ de la bataille où auront lieu les reconstitutions est bordé de collines. Le Duc de Marlborough va étudier intelligemment le relief du terrain, composé de deux couloirs, de deux monticules. Ces faibles ondulations vont lui permettre de ne pas être vu des observateurs.

Cette bataille le rendra célèbre...

C'est pendant la guerre de Succession d'Espagne que se révélera le génie militaire de Marlborough, qui devient alors une vedette dans le monde politique et à la cour britannique. Il devient son propre ambassadeur dans les cours d'Europe et va tirer avantage de ses victoires. Finalement, il fait son auto-promotion, et en même temps celle de la bataille de Ramillies, car les deux deviennent tout à fait indissociables...

Pourquoi cette bataille est-elle quasi inconnue chez nous?

En France, forcément, cette défaite n'a pas été mise en avant. Et de notre côté, la Belgique n'existait pas encore. En outre, nous sommes encore dans le «siècle des malheurs», période pour laquelle il y a en général peu d'intérêt. En Angleterre, en revanche, un nombre incalculable de livres ont été écrits, on a même donné le nom de Ramillies à un cuirassé qui a servi au débarquement pendant la seconde guerre mondiale, on a connu une perruque «Ramillies»... Et lors de la construction de la ligne de chemin de fer de Tamines à Landen en 1862, l'entrepreneur écossais Preston insista pour que la ligne passe en partie sur le territoire de Ramillies afin d'y construire une gare, celle de «la Croix de Hesbaye».

Eugène Delcorps donnera une conférence «Au Carrefour de la destinée, Marlborough et Ramillies» à la Basse Cense de Ramillies le 23 mai à 20 h.

© La Libre Belgique 2006