Brabant

L’homme en armes de l’ancien Crédit communal, inspiré d’une statue du beffroi de Gand, l’"oreille" de la RTBF où la spirale renvoie notamment au phonographe, ou encore la chouette de la connaissance du lycée Berlaymont, dont les ailes sont formées par les lettres B.... Derrière ces emblèmes, se cache une seule signature, celle de Michel Olyff. Cet habitant de Haut-Ittre, durant sa carrière de graphiste à la renommée internationale, a réalisé des dizaines de logos, de personnages-types, de marques de fabrique ou d’emblèmes. Mais il créa aussi un alphabet, des affiches, des timbres-postes, la signalisation de bâtiments...

Patrimoine mondial

Certaines de ces réalisations sont à découvrir à l’Espace Bauthier, inauguré ce week-end, à Ittre (voir ci-dessous). L’emblème de ce nouveau lieu culturel est d’ailleurs l’une des dernières créations de Michel Olyff. Mais la carrière de graphiste de ce diplômé en illustration du livre de La Cambre,a débuté il y a plus d’un demi-siècle, en 1956 précisément, lorsque qu’il créé à la demande de la Librairie de l’édition universelle un petit personnage inspiré de la comedia delle arte, qui doit servir "d’image de marque" à la Librairie. Ce premier logo sera suivi de beaucoup d’autres. "Je n’ai jamais démarché. C’est venu tout seul. Dans ma vie de graphiste, j’ai toujours eu du travail, pour lundi prochain ou à plus longue échéance. La réputation s’est fait par bouche à oreille, ou plutôt par œil à oreille...."

Parmi ses créations, "qu’il aime toutes", le plus répandu est sans conteste ce carré sur pointe protégé par un cercle , signe qui indique le patrimoine mondial de l’Unesco. "Je l’ai vu en Patagonie. Il se trouve aussi au pied des pyramides, au Japon, à Bruges..." Il s’agissait en fait du second travail réalisé pour l’Unesco, le premier datant de 1971. "J’ai reçu un coup de fil de Londres alors que j’étais à Haut-Ittre. C’était l’Unesco, pour un emblème de l’année internationale du livre. Je griffonais pendant que la personne était au téléphone. Quand il a raccroché, j’avais mon emblème." Au cours de sa carrière, Michel Olyff a également conçu le petit bonhomme de la Ligue des familles, le logo du musée royal des Beaux-Arts, celui d’Europalia (où le "e" était formé par les neufs membres de l’Europe de l’époque) ou encore de la Loterie Nationale. "Pour celui-là, je me suis inspiré de l’ancien signe, une sorte de corne d’abondance, qui était un peu croquignolet, trop compliqué... Mon bigorneau, c’est une refonte de cette corne d’abondance, schématisée, simplifiée. J’ai essayé que ce soit compact. Un bon logo, c’est quelque chose de simple et de marquant. De mémorisable rapidement aussi. Mais la panique du graphiste, c’est de se dire : c’est très simple, est-ce que cela n’existe pas déjà ?"

Anonymat

Certaines de ses créations sont dispersées dans le monde entier, ou sont rentrées dans l’inconscient collectif, concède Michel Olyff. Mais elles restent toujours anonymes. "C’est tout à fait frustrant. Chaque fois, on ne sait pas du tout qui l’a fait. On s’habitue, mais c’est tout de même important de pouvoir les montrer comme ici, à Ittre, même si ça reste intime."

D’autant que cet Ittrois est impliqué dans la vie de la commune, où il est installé depuis 1970. Il ainsi participé aux premiers pas du foyer culturel. Les premiers numéros du journal distribué à Ittre, Virginal et Haut-Ittre ont d’ailleurs été préparés au domicile de Michel Olyff. Et celui-ci signa l’emblème du journal. Un dessin, note-t-il, qu’il retrouva d’ailleurs aussi sur les tee-shirts portés par les fermiers, sur les champs de la région.... L’exposition sera aussi l’occasion de découvrir les affiches ou créations réalisées pour des manifestations locales, comme le carnaval d’Ittre ou les Fêtes de la St-Martin à Tourinnes. Sans oublier ses gravures, ou ses dessins, de grandes encres faites "à l’arraché". Michel Olyff a en effet fait partie, avec Strebelle ou Alechinsky, des Ateliers du Marais, à Bruxelles, centre éditorial de la revue Cobra et lieu de passage pour les peintres entre Paris, Amsterdam et Copenhague. Et son métier de graphiste et ses activités d’artiste, sont pour lui complémentaires. "Je continue à dessiner, de manière très instinctive ; cela doit provenir de mon bain Cobra. J’ai besoin des deux aspects... Je suis un graphiste, imprégné du dessin. Un artiste aussi graphiste..."