Brabant

Sous les verrières de Tour & Taxis, les coups de marteaux résonnent. En tout, ce sont un millier de stands qui doivent être dressés ici, dans les 24 heures. Chez Gallimard, les caisses de livre sont déjà arrivées, tandis que chez Luc Pire, les ouvriers finalisent les panneaux au logo de la société. Non loin de là, sur un coin d'allée, Patrick Dupuis et Catherine Ferdin dressent la table qui accueillera leurs ouvrages, pour une petite semaine de Foire du livre. Pas d'ouvriers en vue, ce sont les responsables eux-mêmes de cette maison d'édition qui prennent en charge les préparatifs. Catherine Ferdin a ainsi réalisé elle-même l'arbre de tissu, qui accueillera les "mots en colères" - thème de la Foire - à puiser par les visiteurs dans les ouvrages de la maison d'édition Quadrature. A côté de leur métier à temps plein d'enseignants ou de comptables, les éditeurs de Quadrature se relayeront jusque dimanche pour accueillir lecteurs et écrivains.

Les sept fondateurs, dont la majorité habite Louvain-la-Neuve, ont créé Quadrature, basée dans la cité universitaire, il y a trois ans. La maison d'édition fêtera donc "ses noces de papier", vendredi soir, au stand 208 de la Foire. Particularité : Quadrature est en fait une ASBL, qui réunit des passionnés de la littérature. "Nous sommes une bande d'amis, tous anciens romanistes de l'UCL. Et on avait envie de continuer à faire quelque chose ensemble, explique le Néolouvaniste Patrick Dupuis, qui a enseigné 34 ans au collège Cardinal Mercier. Certains d'entre nous avaient un lien avec le monde du livre. Nous avions eu un moment l'idée de reprendre une maison d'édition. Le projet a mûri et nous avons décidé d'en créer une. Dans l'ASBL, chacun travaille en fonction de son savoir-faire."

Patrick Dupuis et Bérengère Deprez, une autre fondatrice, étant nouvellistes, ils décident de se consacrer uniquement à l'édition de recueils de nouvelles. "C'est une niche. Pour l'instant, je n'ai compté qu'une maison d'édition qui publie uniquement des nouvelles, en France. Et puis cela permet pas mal de souplesse. S'il y a une nouvelle dans le recueil qui est mauvaise, on la supprime, c'est tout...." La moitié des écrivains publiés sont belges, mais Quadrature a aussi sélectionné des auteurs français ou suisses. Pour qu'un manuscrit soit accepté, il doit être approuvé par cinq des sept membres du comité de lecture et bénéficier d'un parrain au sein du groupe. "On veut pouvoir accompagner l'auteur : on relit et on corrige les manuscrits, on envoie nos commentaires... On fait cela le soir, quand on a un peu de temps, explique Catherine Ferdin, qui est aussi prof de français. Le plaisir, c'est de pouvoir nourrir mon métier d'enseignante de choses extérieures. Et puis il y a aussi la rencontre avec les auteurs..."

Mais Patrick Dupuis insiste : il refuse l'amateurisme. "On travaille en professionnels. Je peux envoyer vingt bouquins à Marseille en trois jours, s'il le faut... Et l'impression quadri numérique à la demande (assurée par la Ciaco, à LLN) simplifie les choses." La reconnaissance, note les deux éditeurs, vient aussi de la postérité des auteurs d'abord publiés par Quadrature. On retrouve ainsi Emmanuelle Urien chez Gallimard, Kenan Görgün chez Fayard ou Françoise Guérin au Masque.

Cette année, c'est la première fois que Quadrature occupe un stand à son propre nom à la Foire. Un investissement conséquent (1600 euros) utile pour obtenir cette "très belle vitrine" qui sert à rencontrer lecteurs, collègues du milieu ou encore de futurs auteurs mais qui est aussi un signe du "développement" de la maison d'édition. En trois ans, elle a publié dix recueils, et vendu environ 4 000 ouvrages. Ce sont à présent plus de 1000 livres qui sont vendus chaque année. "Nous ne pouvons pas vivre de ce métier. Mais le projet tel qu'il existe actuellement est viable. Nous faisons du bénéfice. Pourtant, au début, peu auraient parié sur nous", affirme Patrick Dupuis. Pour le futur, l'objectif est surtout "de continuer à s'amuser". L'idée n'est pas non plus de publier davantage que les trois ouvrages annuels, mais plutôt de se faire connaître et d'augmenter les ventes. "Et puis ce serait bien de recevoir davantage de manuscrits belges de qualité ", glisse Catherine Ferdin. Actuellement, ce sont un à deux manuscrits, tous pays confondus, qui arrivent chaque semaine, contre un seul par mois, les premiers temps.

Infos : Web www.i6doc.com/quadrature