Brabant Le développement de la zone du canal a induit de nombreuses questions et de fameux défis pour l’avenir.

Les milliers de visiteurs de la Foire du Livre ont pu se rendre compte de l’heureuse évolution de l’environnement direct du port de Bruxelles appelé à jouer un rôle certain dans le développement futur de la région centrale mais encore faut-il bien situer la place des activités portuaires et logistiques. La question est au cœur de la nouvelle Brussels Study en ligne dès ce lundi…

Un rôle clé depuis le XVIe siècle

La zone du canal joue un rôle clé dans la logistique et le transport de marchandises pour assurer l’approvisionnement des commerces, des populations, des chantiers, des industries, ainsi que l’évacuation des déblais et déchets et la commercialisation de la production économique du Grand-Bruxelles. Depuis le XVIe siècle, il a structuré l’urbanisation de cette partie de la Région avec le port. Autour du canal sont nés des quartiers qui ont accueilli des activités commerciales, artisanales puis industrielles. Aujourd’hui, moult industries ont opté pour des localisations périphériques mais des activités portuaires et industrielles subsistent dans l’avant-port, au nord de la Région. L’accessibilité fluviale est meilleure, en raison du gabarit plus important du canal. Socialement, les quartiers sont restés populaires, très denses en population. Avec des populations à revenus faibles. Et donc un taux de chômage et une précarité socio-économique élevés. Et pourtant cet espace suscite pas mal d’intérêt. Le faible coût du foncier et de la disponibilité des terrains ainsi que l’engouement pour les "waterfronts" urbains et, enfin, l’attrait de Bruxelles y attire des populations aisées.

Un défi pour les autorités bruxelloises

Les autorités publiques s’efforcent de relancer ces quartiers avec une vision plus entrepreneuriale. L’espace public y change avec le développement de projets urbanistiques. Quant aux autorités portuaires, elles veulent y déployer des activités liées à la voie d’eau. Dans le numéro 109 de Brussels Studies, Mathieu Strale, géographe de l’ULB montre comment ces projets et intérêts multiples modifient les équilibres socio-économiques de l’axe du canal. Avec une transformation du profil urbanistique et une plus grande pression foncière. Pour le chercheur, ces jeux fonciers et les rapports de force dans l’espace du canal renforcent le recul des activités logistiques. Des changements qui entraînent des transformations urbanistiques, politiques et sociales dans l’espace du canal. Avec des intérêts variés qu’il faut arbitrer. Il faut aussi envisager les conséquences négatives potentielles sur le maintien de l’activité portuaire et logistique pour l’économie, la mobilité et l’environnement. Pour appuyer une action publique y régulant mieux la concurrence des fonctions, des coalitions inédites pourraient apparaître entre les industriels, grossistes, logisticiens (directement menacés d’éviction) et… les habitants (qui subissent les transformations). Ensemble, ils pourraient soutenir les autorités conscientes de l’importance de la zone.


De nouvelles alliances s’imposent certainement

A partir du double constat d’un rôle logistique important - en faible déclin -, de l’axe du canal pour la région et de la pression foncière et politique accrue sur cet espace, Mathieu Strale s’est interrogé sur l’évolution des rapports de forces. En intégrant l’idée que bien que minoritaire la voie d’eau reste une solution intéressante pour une partie des transports de marchandises.

Flambée de l’immobilier

"L’espace du canal" constate le géographe "abrite des infrastructures et activités logistiques clés, qui assurent l’approvisionnement de la ville et concentrent et organisent les flux de marchandises. Or poursuivre les politiques actuelles risque d’accélérer leur départ. Cela participerait à un allongement des chaînes de distribution et en particulier de la livraison ou collecte finale avec une augmentation des nuisances. En outre, il faudrait réutiliser la route aggravant la congestion". Il faut aussi savoir que les activités portuaires et logistiques sont porteuses de moult emplois rares dans la Région. Les transformations urbanistiques et l’arrivée de nouvelles populations risquent de faire flamber les prix de l’immobilier dans des quartiers où beaucoup louent et où les habitants précarisés sont nombreux. La mixité souhaitée risque surtout d’amener des plus nantis. "Les autorités seront devant des arbitrages délicats. Si la mutation des abords du canal est au centre de la politique régionale, les conséquences négatives potentielles sur le maintien de l’activité portuaire et logistique pour l’économie, la mobilité et l’environnement devraient faire l’objet d’une forte attention. Une désindustrialisation accrue, irréversible, ne sera pas nécessairement bénéfique pour Bruxelles".

Un revirement impliquerait d’identifier les activités portuaires, logistiques et de transport de marchandises aux effets bénéfiques en termes d’emplois et de mobilité et de les protéger contre la spéculation. Dès lors ? "De nouvelles alliances pourraient apparaître entre les industriels, grossistes et logisticiens qui risquent de devoir quitter leurs sites actuels, les habitants qui subissent les transformations socio-économiques et les autorités conscientes de l’importance de la zone du canal".



--> "Quelle place pour les activités portuaires et logistiques à Bruxelles ?" à découvrir sur www.brusselsstudies.be