Brabant

La Maladrerie, ancienne léproserie à Jodoigne, le café Le Saint- Jacques à Nivelles ou encore l'hostellerie de Noirhat (Genappe), à présent disparue, tous ces noms ou ces monuments gardent le souvenir des pèlerins, qui, dès le début du Moyen-Âge, rallièrent Saint-Jacques de Compostelle, dans le nord-ouest de l'Espagne.

Ces pèlerins venaient de diverses régions de France, mais aussi des Pays-Bas, d'Allemagne et de Belgique. Ceux qui venaient du Nord gagnaient Paris, puis Orléans, Tours, Poitiers, Bordeaux et le col de Roncevaux dans les Pyrénées, avant de rallier Saint-Jacques de Compostelle. En France, d'autres itinéraires partaient de Vézelay, de Puy-en-Velay et d'Arles. Des pèlerins venus d'Allemagne et des Pays-Bas, traversaient eux, le Brabant wallon, de Hélécine à Nivelles, pour rejoindre ensuite Saint-Quentin (France), empruntant ainsi le sentier "via Gallia Belgica". Ce trajet, qui traverse la jeune province, quasi en ligne droite, a été remis au goût du jour par l'association "Les Amis de Saint-Jacques". Les membres sont repartis sur les traces de leurs prédécesseurs pour rebaliser le tracé médiéval. "La première démarche a été de chercher dans les archives en bibliothèque, pour trouver des cartes de l'époque et surtout des récits de pèlerins., explique Auguste Wéry, qui a contribué à réaliser le tracé. Ensuite, on imagine le tracé, en reportant sur la carte les points obligés. Et puis on va sur place, où l'on a plus ou moins de bonheur ! Dans certains endroits, le tracé réel est complètement bousillé ! En Brabant wallon, on a dû passer au-dessus d'une autoroute, trouver des détours..." Mais Auguste Wéry a pu compter sur deux collaborateurs, dont l'un avait préparé le travail... il y a près de 8 siècles.

Vers 1240, le moine Albert de Stade, se rendant en pèlerinage, transmit en détail à l'un de ses disciples l'itinéraire suivi, en notant même les langues parlées dans les localités traversées. Parti de sa ville d'Allemagne occidentale, il passa par Brème, Münster, Maastricht, Tongres, Saint-Trond et Landen "où l'on parle le vieux français et le néerlandais". De là, il gagna Linsmeau et pénétra ainsi dans le Brabant wallon ou "Roman Pays de Brabant", "où l'on parle uniquement la langue romane". Albert de Stade relia ainsi Hélécine, Jodoigne, Perwez, Mont-Saint-Guibert Genappe ou encore Nivelles. Les amis de Saint Jacques de Compostelle se sont aussi inspirés des études d'un curé de Court-Saint-Etienne, qui, il y a plus d'un siècle, s'intéressa à la route Wavre-Nivelles, route de crête en ligne droite.

"Diverticulum"

"Ce curé a passé son temps à mesurer les distances entre les carrefours et les propriétés, et selon lui, il s'agit de multiple de lieux gauloises. Cette route remonte donc peut-être aux Celtes. Grâce à ce curé, plus les noms cités par Albert de Stade, et grâce au fait que Nivelles possède beaucoup de vestiges jacquaires, notre travail a été facilité", note Auguste Wéry. L'itinéraire emprunté par Albert de Stade et ses successeurs, n'est pas l'un des principaux chemins jacquaires de l'époque, conviennent les connaisseurs. "Il n'existe pas de statistiques de pélerins se rendant à Compostelle, et les chiffres fournis sont généralement sujets à caution , affirme l'historien Gaston Braive, qui s'est intéressé au tronçon du "camino de Santiago" passant à Genappe. La cité "très éloignée des grands points de ralliement de St-Jacques que constituaient Tours et Vézelay, voir Paris, ne devaient pas voir souvent passer, on s'en doute, énormément de pèlerins prenant la direction de Compostelle. En revanche, passaient sur le chemin de Nivelles à Jodoigne de nombreux voyageurs et les pèlerins se dirigeant vers des sanctuaires plus lointains (Rome, Chypre...) ou plus proches." Pour Auguste Wéry, le chemin jacquaire Nivelles-Hélécine est un "diverticulum", donc un chemin qui donnait accès aux routes les plus empruntées par les pèlerins, qui étaient plutôt des chaussées romaines. La section brabançonne rejoint d'ailleurs la voie romaine à hauteur de Waudrez (Binche).

Suite à ce travail de recherche et de balisage, l'association, avec les Sentiers de grandes randonnées, a fait paraître un topo- guide reprenant l'itinéraire Hélécine-Saint-Quentin. "Certaines personnes avaient gardé le souvenir de ce chemin. Lorsque nous discutions avec les gens sur le terrain, cela faisait 'tilt', ils comprenaient alors pourquoi une telle chapelle Saint-Jacques ou un champ Saint-Jacques, près de chez eux, portaient ce nom, explique Jacques Degehet, secrétaire des Amis de Saint-Jacques. Et depuis la parution du guide, la fréquentation du chemin est en train de s'amplifier, tout doucement..."