Brabant

Georges Sand aux grottes de Han, Appolinaire à Stavelot, Casanova à Spa, mais aussi Victor Hugo à Waterloo, Edmond Vandercammen à Ohain, Montalembert à Rixensart Les liens entre la Wallonie et les grands écrivains sont nombreux. Cela fait d’ailleurs l’objet d’une exposition ouverte depuis hier et jusqu’au 21 juin à la Maison du tourisme de Waterloo. Elle est la traduction, en panneaux, d’un ouvrage "La Wallonie des grands écrivains" mettant en parallèle extraits d’œuvres et photos, réalisé par Yves Vander Cruysen, échevin de la culture à Waterloo et Tommy Leclercq, chef de cabinet de Paul Furlan, ministre wallon du Tourisme. "Cette idée est en fait née il y a quelques mois. La Région wallonne cherchait une thématique pour cette année. Je leur ai rappelé que 2011, c’était les 150 ans de la fin de l’écriture des "Misérables" à Waterloo. Pourquoi alors ne pas profiter cette année de la mise en valeur de la Wallonie par les plus grands écrivains", explique l’auteur. Mais l’ouvrage est le résultat d’un travail sur le long terme. "J’ai une passion pour la bibliothèque de la Pléiade, et j’ai consulté les index onomastiques, et je suis allé voir dans les textes chaque fois qu’on parlait d’une ville belge. Mais il faut aussi connaître un peu l’Histoire de la littérature J’ai aussi utilisé ma collection de citations. Chaque fois que je visite quelque chose, je fais attention aux citations d’auteurs " Sans oublier les informations amenées par Tommy Leclercq sur le Hainaut, ou les recherches réalisées dans les bibliothèques. Au cours de cette préparation, Yves Vander Cruysen a même découvert un texte inédit de Jean de Lafontaine sur Tournai, qui accompagnait une galerie de portraits historiques, au château de Glatigny, en France

Pour Yves Vander Cruysen, les grands auteurs sont venus en Wallonie pour plusieurs raisons : "Certains pour faire des conférences, et car ils y avaient des lecteurs. Ainsi, Jules Verne vint à la rescousse de son éditeur qui peinait à vendre les ouvrages de Jules Verne chez nous. Verne se rendit à Mons, Braine-le-Comte D’autres la traversèrent en allant vers l’Allemagne la romantique, qui inspirait les écrivains comme Casanova. D’autres encore en raison d’attachement familial, comme Verlaine."

Certains se rendirent aussi en Wallonie pour ses bibliothèques ou, car ils étaient exilés, fuyant par exemple la Révolution ou la censure : c’est le cas de Dumas, Hugo, Daudet, ou encore les encyclopédistes à Bouillon. "On appelait Bouillon l’imprimerie de l’Europe. Pour échapper à la censure, tous se retrouvaient là pour imprimer leurs écrits. Il y avait une centaine d’imprimeries à Bouillon. Un trou, mais le trou le plus libre d’Europe, dit Casanova !" Des villes comme Liège et Spa furent fort prisées des écrivains, mais la commune qui a le plus inspiré les écrivains en Wallonie, c’est sans conteste Waterloo. Ce sont 5 000 ouvrages recensés qui sont consacrés en tout ou en partie aux événements de 1815. Victor Hugo fréquenta évidemment le champ de bataille, notamment pour alimenter l’écriture des "Misérables". "Mais il écrivait déjà à 13 ans des petits textes sur Waterloo. Il mit beaucoup de temps à venir. Et "Waterloo morne plaine" fut écrit à Jersey. Hugo n’avait pas encore vu le champ de bataille de Waterloo à cette époque ! Mais les historiens du XIXe siècle tinrent cependant compte de la vision de Hugo, et colportèrent des choses pas toujours justes Mais il n’est pas le seul écrivain à être venu à Waterloo. Beaucoup de romantiques se sont rendus sur le champ de bataille. Beaucoup de légendes et de mythes y sont nés, Walter Scott écrivit, après sa venue, à Wellington pour avoir plus d’informations, mais celui-ci le découragea Dumas y vint aussi, il habitait chaussée de Waterloo à Bruxelles, et passait son temps à amener ses amis sur le site. Il paraît qu’il était un excellent guide ! Baudelaire s’y est rendu aussi, sur les traces de Victor Hugo, il voulut même manger le même plat que Hugo, des frites et des œufs au plat ! Mais Lord Byron fit aussi le voyage, comme James Joyce, Conan Doyle, Nerval "

D’autres sites brabançons furent célébrés par Victor Hugo et d’autres écrivains. "Hugo consacre un chapitre entier à l’abbaye de Villers-la-Ville dans les "Misérables". Cet intérêt s’inscrit dans le courant du romantisme et de l’amour des ruines, du Moyen-Âge " Hugo fait des croquis du site et fait une description des prisons. On lui prête même un graffiti sur un mur du site Camille Lemonnier décrivit Nivelles et Genappe (il traverse la Belgique, et décrit tous les paysages qu’il voit), tandis que Maurice Carême célébra Wavre dans ses poèmes.

Autre "grand écrivain" à avoir séjourné en Brabant wallon: Montalembert, qui résida à Rixensart. "C’était le beau-fils du prince de Mérode", précise Yves Vander Cruysen. Le journaliste, académicien et figure du catholicisme français, séjourna dans le château de son beau-père et y rédigea une partie de ses "Moines d’Occident".

"Et Ohain a accueilli un nombre important de poètes qui décrivent les lieux, chantent leur beauté. Certains y avaient même leur résidence." Il furent attirés par les paysages, particulièrement la place communale, avec son kiosque, et ses petites maisons du passé. Sur la place, on trouve à présent les bancs de pierre dédiés à Charles Plisnier, Edmond Vandercammen, Albert Ghislain et Robert Goffin