Brabant

Je vais enfin pouvoir dormir et comprendre ce que veut dire dormir sur ses deux oreilles."

C’est la réaction d’un des occupants d’Alodgî à l’annonce de la création de 11 logements à Mousty. 11 logements dont 9 sont actuellement occupés - les deux autres le seront tout prochainement, et une liste d’attente existe déjà -, destinés à des personnes souffrant de troubles psychiatriques chroniques (troubles psychotiques et schizophréniques), qui sont stabilisées, qui sont suivies, mais qui n’ont plus besoin d’être hospitalisées.

"L’idée de créer ce chaînon manquant entre les structures de soins avec hébergement (hôpitaux, maisons de soins psychiatriques) et le marché immobilier classique trop coûteux a émergé suite à des rencontres avec les patients et leurs familles, indique le docteur Benoît Gillain. Car l’insertion passe par un lieu de vie".

Parents et soignants ont donc décidé de se mobiliser. "Et si c’est d’abord un logement communautaire qui était envisagé, les patients souhaitaient un lieu de vie à eux, digne et de longue durée, précise le président de la Fondation Alodgî, Benoît van Tichelen. Mais pour que la solitude ne se transforme pas en isolement, l’option a été prise de créer un habitat solidaire : un abitat groupé entre le communautaire et l’individuel".

Cela a été possible dans un bâtiment situé juste à côté de l’église de Mousty qui était justement à vendre en février 2011. Le bâtiment a donc été transformé afin d’accueillir 11 unités de vie distinctes et une salle polyvalente qui doit permettre des rencontres et accueillera le café social la Tchafouille, mais aussi des activités de type associatif, culturel et artistique, afin de diminuer la stigmatisation dont sont victimes les personnes souffrant de troubles psychiatriques.

Une réunion a déjà eu lieu avec les habitants pour présenter l’initiative, suscitant de l’enthousiasme, mais aussi des inquiétudes, ce qui imposera d’autres rencontres. "On associe souvent maladie mentale et violence, indique le docteur Gillain. Or, la violence n’est pas tellement le fait de ceux qui souffrent de maladies mentales. Par contre, ces personnes y sont dix fois plus exposées que le reste de la population".

A noter qu’Alodgî, qui innove à plus d’un titre - c’est le premier Community Land Trust wallon -, a dû surmonter une série d’étapes avant de se concrétiser. Le projet qui a débuté en 2009 représente un investissement de 2,2 millions d’euros… qui n’ont pas été faciles à trouver.

Au départ, l’asbl Similes (parents) avait, en effet, 50 000 euros. Un premier prix de la ligue belge de schizophrénie permet ensuite de financier le premier contrat avec SAW-B, une agence de conseil en économie sociale, qui a mis sur pied le business plan du projet. La Fondation Alodgî s’est créée en décembre 2011, grâce à cinq partenaires : des familles (Similes), des patients (asbl Psytoyens), des soignants de la clinique St-Pierre, via le service de santé mentale Entre Mots, l’asbl Prévoyance et Santé et l’Agence immobilière sociale du Brabant wallon. Des familles, la clinique St-Pierre et Prévoyance et Santé ont investi dans des certificats immobiliers Alodgî. Ce patrimoine de départ de la Fondation Alodgî (151 000 euros) a permis de dégeler les banques : un emprunt permettant d’atteindre l’investissement global. Alodgî a aussi remporté le prix Habitat durable (200 000 euros pour l’isolation du bâtiment). La province du Brabant wallon a participé à la rénovation de la toiture et une partie de la rénovation a été couverte par le Fonds du Logement, grâce à l’AIS qui est aujourd’hui chargée de la gestion des appartements mis en location. Cinq appartements ont, en effet, été vendus, afin de rembourser une partie des travaux, mais selon le principe du Community Land Trust (séparation de propriété du sol et du bâti), la Fondation reste propriétaire du sol.