Brabant Le sociologue Jean Remy, penseur-acteur de la ville nouvelle, dresse ses perspectives d’avenir.

D’ici peu l’avenir de l’Esplanade néolouvaniste reviendra sur l’avant-scène. Les autorités locales auront la lourde responsabilité de trancher. A cet égard, l’avis de sages qui connaissent le projet néolouvaniste dès sa conception et qui ont même pu (utilement) l’influencer est d’une rare utilité… Epinglons ici le rôle du professeur Jean Remy, sociologue urbain, consultant du groupe Urbanisme-Architecture de 1968 à 1974 et coordinateur du plan urbain, côté UCL, de 1990 à 2004.Il vient d’envisager l’évolution de Louvain-la-Neuve dans les quinze prochaines années dans un papier destiné au bulletin de l’Association des Habitants dont "La Libre" a pu prendre connaissance.

D’emblée, Jean Remy rappelle que "l’université a souhaité développer une ville de manière à éviter que l’étudiant ne vive uniquement confronté avec lui-même". Ce qui voulait qu’il soit confronté d’emblée aux exigences d’une ville normale. Avec des activités qui devaient avoir une dimension régionale voire nationale. "Dans les premières années, certains avaient rêvé voir se développer un pôle multimédia. Le centre sportif joue quelque peu un tel rôle. Celui-ci s’affirmerait davantage dans la mesure où ce centre de viendrait un lieu de formation de sportifs de haut niveau. C’est dans la même perspective de pluri-fonctionnalité que fut accepté un projet tel celui de l’Esplanade. Celui-ci avait en outre l’avantage de développer les commerces, dans l’ensemble du centre urbain. Ceux qui étaient situés à LLN étaient à la limite de la survie. L’Esplanade assurait une diversité. Pour atteindre de tels objectifs, le centre commercial devait d’emblée s’adresser à une clientèle régionale. C’était une condition pour que la population de LLN bénéficie de l’avantage de la proximité."

Peupler le centre de la ville

L’université imposa entre autres la construction d’une partie de la dalle, pour y développer du logement. Mais il y avait aussi un urgent besoin d’habitants au centre. Pour Jean Remy, "la ville devait avoir un caractère pluraliste. La diversité devrait porter sur l’âge, le niveau socio-professionnel, la référence idéologique ou politique. Il fallait se dissocier de l’image d’une ville ‘catho’ attirant surtout des populations universitaires. La ville devait aussi assurer la pluri-fonctionnalité ainsi qu’une vie sociale caractérisée par un pluralisme et par la diversité sociale. Le pluralisme demandait en outre que la planification favorise une certaine mixité dans l’espace. Cela ne valait pas seulement pour les étudiants et les non étudiants. Parmi les non étudiants, il fallait aussi assurer une certaine mixité".

Des droits sociaux et économiques…

Cela déboucha sur un fractionnement des zones destinées à des logements sociaux, de manière à les insérer de façon dispersée dans les divers quartiers. "Cette réalisation de la diversité aura plus d’importance encore dans les prochaines années, où vont s’affirmer des droits culturels", explique Jean Remy. "Après les droits civiques, on a vu naître les droits sociaux et les droits économiques. Alors que ces derniers sont loin d’être assurés, émerge aujourd’hui une revendication au droit culturel. Dans ce cas, il s’agit de reconnaître le droit d’être différent et de cohabiter néanmoins dans des échanges marqués par l’urbanité. Ainsi l’étudiant ne doit pas être dans un milieu protégé. Il doit négocier sa place dans un contexte où coexistent des comportements et des opinions variés et contrastés. Ce qui vaut pour les étudiants, vaut aussi pour les diverses catégories de populations. Le tout doit être régi par les garanties requises pour une vie en co-habitation."