Brabant Avec 83 tonnes récoltées en 14 mois, l’initiative connaît un succès incroyable… et inquiétant.

Il y a 14 mois, lorsque Pierre Chaudoir et sa compagne décidaient d’ouvrir un frigo solidaire à Waterloo, jamais ils n’auraient pensé qu’ils auraient autant de travail. "Ça prend beaucoup de temps , confirme Pierre Chaudoir. Environ 3-4h par jour pour ma compagne et 1-2h pour moi. C’est un sacerdoce mais au bout du compte, on a droit à quelques belles histoires et les mercis que l’on nous adresse nous donnent envie de continuer."

En un peu plus d’un an, les chiffres de fréquentation du frigo solidaire ont de quoi donner le tournis. "On a fait le calcul : nous avons distribué 83 tonnes de nourriture et il y a de plus en plus de bénéficiaires. En moyenne, ce sont 2 700 personnes différentes qui viennent tous les mois pour obtenir de la nourriture chez nous." Concrètement, cela fait plus de 120 personnes… par jour car le frigo est fermé le week-end !

De la réserve

Pour faire "tourner" la boutique, ce sont 70 bénévoles qui s’activent afin de répondre à cette demande grandissante. "Au début, nous avions beaucoup de femmes mais à présent, on a de plus en plus d’hommes qui viennent ainsi que des jeunes. Des gens pour qui la vie bascule rapidement. J’ai en tête l’histoire d’un indépendant qui vivait bien et qui a tout perdu du jour au lendemain. On a aussi des couples qui travaillent mais qui, à cause de frais inattendus, n’arrivent plus à joindre les deux bouts en fin de mois."

Et comme pour toutes les fins de mois, décembre ne déroge pas à la règle mais il y a de la réserve. "Le frigo est plein et on a des bûches pour alimenter tout Bruxelles s’il le faut. L’élan de solidarité est impressionnant mais dans un autre sens, cela fait peur de voir autant de gens dans le besoin", conclut Pierre Chaudoir.


A Braine-l’Alleud: un frigo accessible à tous sur la Grand-Place

Actifs auparavant dans d’autres structures, des bénévoles brainois ont décidé de se lancer dans une nouvelle aventure : ils viennent d’ouvrir un "frigo solidaire" pour aider les plus précarisés. "Beaucoup de gens, même à Braine-l’Alleud, ont du mal à terminer le mois , explique Celie Hammond. La précarité peut être temporaire, résulter d’une perte d’emploi, d’une séparation… Beaucoup de familles monoparentales sont en difficulté. Nous voulons être ouverts à tous : il n’y a aucun filtre, on ne juge pas. Nous demandons juste une petite participation de 0,5 euro par passage pour l’électricité, l’entretien." Les aliments sont fournis par certains supermarchés comme le Carrefour de la place du Môle, le Match, deux DeliTraiteur et l’Intermarché de Marbais. Ceux-ci confient leurs invendus aux bénévoles, et la comestibilité des produits est évidemment contrôlée. D’ailleurs, pour éviter les couacs que d’autres expériences semblables ont pu rencontrer, le collectif brainois compte se montrer proactif et inviter directement l’Afsca pour qu’elle vérifie que toutes les normes sont respectées. Le local où se trouvent les frigos a été mis à disposition à titre gratuit par la commune, le collège ayant mis au vote un point spécifique en urgence au dernier conseil communal. A l’unanimité, il a été décidé d’abriter l’initiative au 12 de la Grand-Place Baudouin Ier. "C’est une occupation à titre précaire mais nous allons laisser vivre le projet", assure l’échevin Jean-Marc Wautier.