Bruxelles

Un séisme. Le chamboulement institutionnel le plus immédiatement ressenti par le citoyen. En 1977 débute la première législature communale sous l’emprise des fusions. D’un coup, 3 communes sur 4 disparaissent et 12 000 mandats passent à la trappe, partout en Belgique.

Partout ? Non. Anvers ne suivra que 6 ans plus tard; et pour Bruxelles, on y renonça. Pourquoi ? D’abord parce que ses 19 communes sont autant de baronnies, plus arc-boutées encore sur leurs terres que l’était la moyenne des autres édiles. Ensuite parce que les arguments qui ont forcé aux fusions (communes trop exiguës et/ou trop peu peuplées) ne s’appliquent pas (ou s’appliquent moins) dans la continuité urbaine bruxelloise. Enfin parce que le sujet s’est avéré et s’avère toujours communautaire.

En cause, essentiellement, ce sont deux logiques de représentation politique qui s’affrontent. Tout ce qui pousse à de plus grandes entités locales revient à renforcer le caractère bilingue de leurs institutions, à l’aune de la logique régionale; tout ce qui préserve la dispersion maintient une configuration plus proche de la réalité, davantage francophone. Et voilà comment, comme sur d’autres sujets en Belgique (l’organisation de la monarchie par exemple), un débat évident est illico clivé puis cadenassé sur des bases et pour des raisons linguistiques.

Et pourtant, les questions de rationalisation de la gestion locale sont permanentes dans les 19 communes, celles de solidarité aussi, se posant tout autant entre elles qu’entre elles et la Région ! Les politiques locaux finiront-ils par en convenir ? Vaincrait-on les obstacles linguistiques, encore faudrait-il s’accorder sur la mesure. Fusionner les 19 communes, sans préjudice de conseils de quartiers (comme à Anvers), reviendrait à ne plus retenir qu’un échelon politique, régional. Forger quelques mastodontes risque de déséquilibrer, au détriment du second, les soucis respectifs de cohérence et de proximité. Dans tous les cas, faudrait-il fusionner dans la logique des profils socio-économiques (couronne, zone canal, résidentiel Nord-0uest, résidentiel Sud-Est) ou à l’inverse forcer une plus grande mixité ? Le redécoupage des 19 polices communales en 6 zones composées de 2 à 5 communes, alors qu’il pourrait être prémonitoire, reste plutôt nœud de controverses

Autre considération, parce qu’elle peut être indépendante du nombre d’entités locales : la pertinence de leur découpage. Une étude de Bruxsel Forum (LLB du 31/10/08) plaide même pour un accroissement d’entités (de 19 à 22), en privant Bruxelles-ville de ses excroissances macrocéphales au nord. Mais c’est, il est vrai, en échange d’un transfert important de compétences locales à la Région.

Dans l’au-delà

Enfin, le dossier géopolitique de Bruxelles ne s’arrête pas en deçà de son carcan. On pense au concept de communauté urbaine, entre les communes bruxelloises et des communes limitrophes. Concept intéressant, encore balbutiant chez nous (en Wallonie n’existe vraiment, et encore, que celle du Centre hennuyer). Mais, à nouveau, vulnérable aux chausse-trapes communautaires : il ne faudrait pas que pareille coopération hors frontières régionales et linguistiques ne passe que comme pis-aller à l’intangibilité desdites frontières; ni que pareille collaboration intracommunale ne soit dévoyée en de la cogestion par les autres Régions de compétences régionales bruxelloises !