Bruxelles La géographe Sarah De Laet estime qu’un tiers des partants appartiennent aux classes populaires.

Ainsi qu’en a attesté le dernier baromètre démographique de l’Institut bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA), la région de Bruxelles-Capitale voit se poursuivre l’exode de sa population vers sa large périphérie. Alors qu’en 2016, 24 381 résidents de Flandre ou de Wallonie se sont installés à Bruxelles, on a aussi vu 39 124 habitants quitter la capitale pour une des autres régions belges. On peut en déduire que la croissance de la population bruxelloise, observée depuis de nombreuses années, résulte surtout de migrations internationales et des naissances issues d’une population qui est en moyenne plus jeune que dans le reste du pays. Cette croissance est redistribuée à l’extérieur de la ville.

En soi, le bilan migratoire négatif de Bruxelles vis-à-vis des autres régions n’est pas neuf. La périurbanisation est un objet de souci pour les autorités bruxelloises. Elle touche en effet les classes moyennes qui peuvent contribuer largement à l’impôt des personnes physiques, perçu au lieu de domicile.

A l’instar de l’immigration internationale qui se diversifie à Bruxelles, les migrations à destination du reste de la Belgique ont aussi tendance à prendre diverses formes. En fait, les décideurs politiques se focalisent trop sur un prétendu exode urbain des classes moyennes alors qu’ils devraient aussi prendre en compte les processus de "périurbanisation modeste".

Pression sociale et spatiale

La géographe Sarah De Laet (ULB) s’est attelée dans le numéro 121 de Brussels Studies mis en ligne ce lundi à faire le point sur les migrations des classes populaires. Trente pour cent des personnes qui quittent aujourd’hui Bruxelles pour s’installer ailleurs en sont issues. Elles affrontent une double pression… D’abord sociale avec la déstructuration du modèle salarial, les pénuries d’emplois et l’insécurité économique. La pression est aussi spatiale en raison de l’augmentation des coûts du logement en ville. Où s’installent-ils ? En fait, ces ménages s’installent d’abord dans les espaces périurbains, particulièrement en périphérie nord.

Aussi en Wallonie

Mais pas uniquement : s’ils rejoignent d’anciennes localités industrielles de la périphérie proche, ils vont aussi dans la vallée de la Dendre et de façon plus marquée encore, dans celle de la Haine et de la Sambre. Puis aussi à Charleroi ou dans des communes ouvrières de la périphérie d’Anvers.

Cette géographie de la périurbanisation des ménages bruxellois modestes peut surprendre ! Pour ce qui est de la périphérie proche de Bruxelles, elle est habitée par de nombreux ménages aisés, voire très aisés mais aussi par des moins nantis qui s’installent dans des maisons ne correspondant pas à la classique et allégorique "maison quatre façades avec jardin". A Bruxelles même, le départ en périphérie de ménages populaires stables (c’est-à-dire proches du marché du travail) opère une forme de tri sociospatial. Les quartiers centraux remplissent toujours une fonction d’accueil pour les populations arrivant depuis l’étranger, essentiellement pour les moins nanties d’entre elles. Celles-ci iront éventuellement nourrir, plusieurs années plus tard, le flux des ménages populaires "stabilisés" qui quittent Bruxelles.

Pour Sarah De Laet, il est trop réducteur de considérer les quartiers populaires centraux uniquement sous l’angle de la pauvreté et des difficultés économiques. Il s’agit aussi d’espaces d’accueil et de formation d’un capital social, culturel et également économique. Bref, les décideurs politiques ne peuvent esquiver ces autres enjeux.


Grande dichotomie

Croissant pauvre vs péricentral/périurbain. A Bruxelles, les parcours résidentiels des classes populaires subissent l’influence d’une structure sociospatiale marquée entre des quartiers centraux populaires (le "croissant pauvre") et des communes péricentrales (dans la Région) ou périurbaines (en dehors de la Région) plus aisées. Au cœur de la ville, vu le maigre stock de logements sociaux (à peine 7,26 % en 2016), la plupart des ménages pauvres recourent au marché locatif privé. Avec des logements de mauvaise qualité, moins chers ou plus accessibles qu’ailleurs en ville. Puis le centre connaît des dynamiques de gentrification : de nouveaux habitants aux profils socio-économique ou socioculturel plus élevés remplacent partiellement des habitants moins nantis, moins diplômés. Et les classes populaires aussi quittent Bruxelles.


"Les classes populaires aussi quittent Bruxelles. Une analyse de la périurbanisation des populations à bas revenus" est en ligne sur www.brusselsstudies.be