Bruxelles A quelques heures du match des Diables Rouges contre le Brésil, la Ville de Bruxelles commence à s'animer.

Dans les rues et sur les terrasses, le va-et-vient des gens sous le soleil semble celui d'une quelconque après-midi. Mais dans une ville qui est encore immergée dans sa routine de travail, la tension monte progressivement pour le match de quart de finale. A 20 heures, les Diables Rouges affrontent le Brésil dans un match décisif de cette Coupe du Monde. Il y a quatre ans, les quarts de finale marquaient la sortie des Belges du Mondial, dans un match perdu 1-0 contre l'Argentine.

Cette fois, les supporters espèrent aller plus loin, comme en 1986, l'année où l'équipe belge est arrivée en demi-finale contre le Mexique. En début d'après-midi, les supporters sont encore rares dans les rues : font exception ceux qui, comme Tom, ont décidé de quitter le travail plus tôt pour se préparer. Ce Belgo-Iranien brandit déjà sa bière, et étudie les formations possibles : "Je me suis réveillé à quatre heures ce matin. Partout où je vais, on parle du match de ce soir". Pour ce supporter d'Anderlecht, et membre du club d'un club de supporters de son quartier, cette rencontre provoquera le même ascenseur émotionnel de la rencontre contre le Japon. Mais cette fois, c'est plus dur, car les adversaires sont les Brésiliens : "L'idée qu'un joueur brésilien soit devant le ballon sans être entouré d'un défenseur belge me fait peur".

Comme lui, beaucoup de Belges croient en la victoire, tout en reconnaissant les qualités de leur adversaire. "J'espère que la Belgique va gagner, cela fait quelques jours que j'y pense et que je stresse", affirme Josua. Avec Vincent, ils ont quitté le travail, se sont vite changés et les voilà, avec leurs maillots des Diables, ils sont prêts pour le match. A la recherche d'une bière, ils vont profiter du soleil avant que les Diables commencent à jouer. Leur lieu de prédilection, ce sera probablement le grand écran de Jette.

Le pronostic, pour eux, c'est incertain : "L'équipe est au top de sa forme, c'est une génération dorée, mais le Brésil, c'est le 5 étoiles du foot", nous dit-on. Quoi qu'il en soit, pour ces deux supporters, ce qui compte est la manière de jouer : "Même si les Diables ne gagneront pas, l'important c'est de faire un beau match".

Pour d'autres, qui ne suivent pas habituellement le foot, le match est un moment à partager avec les amis. Comme ces deux travailleuses, qui affichent leur esprit sportif seulement quand les Diables jouent, et profitant de la pause de midi pour exhiber des chapeaux aux couleurs du drapeau belge.

Un jeu qui fait du bien aux commerces

Parmi ceux qui se préparent au match, il y a aussi les bars et les restos : pour eux, il s'agit d'une occasion pour se faire de la publicité. A quelques mètres de Place de la Bourse, les terrasses se remplissent tout au long de l'après-midi. Yarout, gérante du bar Mappa Mundo, sur la place Saint-Géry confirme : " Des match comme ça font passer une belle image du bar, et créent une chouette ambiance de quartier et de voisinage. On organise des animations, et des familles viennent même avec leurs enfants. Il y a une belle mixité sociale". Au niveau des affaires, cela n'est pas plus rentable que d'habitude : "Quand les Belges jouent, on reçoit plus de commandes, mais sinon, ce n'est pas plus rempli que d'habitude. Souvent, les gens viennent pour le match et repartent directement après, cela ne change pas beaucoup par rapport à la moyenne".

Chez O'Reilly, l'Irish Pub situé sur Place de la Bourse, le Mondial est une belle opportunité. Pour l'occasion, le pub s'est organisé avec plusieurs télés à l'intérieur, pour montrer même plusieurs rencontres en même temps. A l'issue de celles-ci, des DJ assurent l'animation.



De supporters tiraillés

Etonnamment, il y a également ceux qui ne veulent pas retransmettre le match. C'est le cas de La Cantina, restaurant brésilien, qui a décidé de garder bien séparés le jeu et le sport : "Parfois les gens n'aiment pas manger avec le bruit de la télé et les cris des supporters, donc on a décidé de ne pas avoir de télé et de ne pas diffuser les matchs de la Coupe du Monde", nous explique le gérant, Agnaldo Pereira. Ce Brésilien, ce soir, va alors suivre le match sur son ordi, entre une commande et l'autre. Mais sans supporter l'équipe de son pays natal : "Cela fait 20 ans que je suis en Belgique, et je veux que la Belgique gagne aussi. Après, évidemment, je serai content aussi si le Brésil gagne".

Comme Agnaldo, Belinda aussi se trouve dans l'embarras : elle est Flamande, mais son mari est Brésilien. Si elle promet supporter la Belgique -elle a même acheté du maquillage noir jaune rouge-, elle sera tout de même contente si les adversaires l'emportent. Avec son drapeau de la Belgique dans la main, elle cherche un endroit où regarder le match avec des amies et son mari : un endroit peut-être un peu plus "neutre", pour que tous puissent supporter leur équipe de prédilection.

Les supporteurs brésiliens en retrait dans les rues de Bruxelles

Les endroits plus calmes sont souvent privilégiés par les étrangers, voire Brésiliens, qui visitent les villes belges en cette journée particulière. Matheus est venu de Brasilia avec sa famille. Le match des Belges tombe par hasard pendant leur séjour à Bruxelles. Les six optent pour l'hôtel, plus calme pour regarder un match qui, pour eux, est déjà gagné : " Je suis sûr au'on va gagner. Même si les Belges sont forts. Le match va être plein d'émotions et on ne gagnera pas facilement", affirme Matheus. "Et si on gagne, on va faire la fête, mais sans faire trop de bruit", ajoute-t-il en rigolant.

D'autres préfèrent rester à l'extérieur : Muhamdi Ali Jamal est en Europe avec sa femme et ses enfants. Avec leurs maillots jaunes, ils cherchent un bar brésilien pour regarder le match. Mais le choix de l'équipe est ici un peu particulier. Muhamdi vient de Malaisie, mais l'équipe de son pays n'est pas à la Coupe du Monde. Pour lui, il fallait alors supporter les Brésiliens en cette soirée.


Les heures passent, et l'ambiance se fait de plus en plus effervescente. Aux arrêts de métro, vous les reconnaissez : les maillots rouges, ou le maquillage sur les joues. Les plus audacieux portent même un grand drapeau. Au fur et à mesure, les silhouettes rouges se multiplient, les bars se remplissent. La chance des Belges se joue dans quatre heures, et les supporters sont désormais prêts.