Bruxelles

Bourgmestre ? Pour Arnold d'Oreye de Lantremange (FDF), "c'est la plus belle fonction politique. Celle qui est la plus proche des gens, qui permet le mieux d'être à leur écoute." Pourtant, il ne ceindra sa première écharpe maïorale qu'en 2005, à... 66 ans, l'âge de la retraite pour bien d'autres. Mais dans la carrière d'Arnold d'Oreye, l'ambition personnelle n'a clairement pas été le moteur principal. Trop fidèle, trop soucieux d'équilibre personnel pour cela, et plus gestionnaire que tribun. Un raffiné, amoureux de l'Italie, de Charles Péguy et par-dessus tout de sa famille. Fils de famille assurément, un de ses aïeux était d'ailleurs l'un des 150 constituants. Les d'Oreye sont d'origine liégeoise mais ont rejoint la capitale dans les années 20, et lui-même naît à Ixelles. Une famille profondément chrétienne aussi. Via un oncle prêtre à Nice, il découvre les Semaines sociales de France, des rencontres sous le signe de la politique, déjà. Un peu plus tard, il prend une carte de membre du PSC.

Par contre, les études, ce n'est vraiment pas son truc. Il en rit aujourd'hui même si on le sent encore un peu ennuyé : "J'adore travailler, mais je déteste étudier quand je ne vois pas bien à quoi cela sert. Je savais que j'aimais la fonction publique mais je ne savais pas quelle voie suivre."

Sur le tas et sur le tard

Après avoir tâté de la sociologie entre autres, il renonce. A 27 ans, ce fils d'un dirigeant de banque se résout à intégrer l'administration par la petite porte et à gravir patiemment les échelons. Des services du Premier ministre (Théo Lefèvre, à l'époque !), via la politique scientifique, il finira inspecteur régional au fonds Nothomb. Plus qu'utile quand on a des vues sur la gestion d'une commune. "Cela ne m'a pas motivé : la motivation, je l'avais déjà. Mais ça m'a donné des armes en plus. J'ai étudié les communes, j'ai vu comment les budgets fonctionnaient et quels pouvaient être les problèmes."

Une rencontre en politique : François Persoons. Au lendemain du "Walen buiten" de Louvain, celui-ci part en dissidence du PSC. Il crée "Démocratie bruxelloise" et s'allie ensuite au FDF. Arnold d'Oreye rend sa carte du PSC et s'embarque dans l'aventure. Ils sont tous deux à Woluwe-St-Pierre et en 1970, Persoons décroche le maïorat. Pour Arnold d'Oreye, Persoons était un visionnaire, qui sentait déjà bien l'évolution de la Belgique : "Dans les années 70, il disait déjà : les facilités, ça ne va pas durer." Arnold d'Oreye devient conseiller communal, puis échevin de la Culture en 1976. Mais en 1981, François Persoons décède, et dès les élections suivantes, Arnold d'Oreye se retrouve dans l'opposition, face au libéral Jacques Vandenhaute.

En parallèle, Arnold d'Oreye siège à la province à partir de 1971. A l'époque, c'est encore du Brabant unitaire qu'il est question. "J'y ai appris les rouages de la politique. C'est une sorte de mini-parlement où l'on apprend à connaître les autres partis". Expérience parfois frustrante aussi. "Le rôle des provinces était encore fort limité par la Constitution. La députation permanente gérait presque sans la tutelle du conseil, ils avaient peu de comptes à rendre. On sentait que les Flamands pesaient très lourd, et les Bruxellois ne comprenaient pas ce que c'était que la province. Mais, avec le recul, c'était l'un des rares endroits où Flamands et francophones pouvaient encore se parler. Je suis très sensible à cela." La province c'est aussi "une bonne antichambre du Parlement fédéral". Mais ses 8 années comme sénateur suppléant ne lui permettront guère de siéger. Aujourd'hui, il en plaisante : "Je suis dans un parti où tout le monde a une bonne santé..."

En 1989, il quitte Woluwe pour Kraainem. Par opportunisme ? Peu probable : il lâche son mandat communal alors que les élections viennent d'avoir lieu et ne sera éligible à Kraainem qu'en 1994. Cinq années de plus à attendre, avant de redevenir conseiller communal. Ensuite, en 2000, le climat communautaire s'est durci (lire ci-dessous). Les francophones se divisent autour de la personnalité du bourgmestre Maricq, jugé trop timoré face à la tutelle flamande. Maricq perd les élections mais l'heure d'Arnold d'Oreye n'a pas encore sonné. Un accord électoral donne les 4 premières années de mandature au CDH Pol Willemart.

Depuis 2005, il dirige Kraainem et vient de resigner pour six ans. Sa priorité ? "Refaire les voiries car il y a encore un arriéré important à combler à ce niveau". Son leitmotiv ? La convivialité. "La commune est là pour mettre des outils à la disposition des gens, en matière de culture ou de sport, pour la jeunesse mais aussi pour le troisième âge. Il n'y a pas de séniorie à Kraainem." Et son rêve ? "Le béguinage de Bruges m'a toujours fasciné, j'aimerais beaucoup recréer des ensembles de ce type. Je rêve d'un urbanisme qui favorise l'aspect village de Kraainem."