Bruxelles

Je suis venue ici, en Belgique, en pensant que mes enfants seraient en sécurité. Et puis, un matin, on m’a averti que mon fils avait été assassiné", témoigne en larmes Pindi, "anéantie" par la mort de Fortuna, 22 ans, il y a un peu plus d’un an.

Depuis 2002, ils sont 12 jeunes d’origine subsaharienne, âgés de 12 à 25 ans, à avoir perdu la vie à Bruxelles, à la suite de rivalités entre "bandes urbaines". "Si entre 2002 et 2008, on dénombrait un à deux décès par an, en 2009 il y en a eu cinq, et cette année, un. Il y a une réelle montée de la violence ! On n’est plus dans l’ordre du fait divers !", alerte Mireille Robert, éducatrice au sein de l’Observatoire Ba YaYa, actif dans l’encadrement de la jeunesse, la prévention, et la médiation interculturelle et intergénérationnelle. "Mais il ne faut pas s’arrêter au chiffre des décès", enchaîne son collègue Ngyess Lazalo Ndoma. "Tous les jours, il y a des violences à l’arme blanche qui engendrent de nombreux blessés et des comas." Selon l’Observatoire, quelque 1 200 jeunes seraient en effet impliqués dans la violence urbaine. "C’est un problème belge. Ces jeunes sont nés et/ou ont grandi ici. C’est une communauté subsaharienne en souffrance, en danger, victime d’une conjoncture sociale", insiste Mireille Robert.

"Pendant longtemps, nous avons été la voix des familles de victimes de violences urbaines car dans les us et coutumes africains, les familles ne parlent pas pendant le deuil. Mais nous avons été accusés d’alarmisme alors que nous relayions la stricte vérité", explique la jeune éducatrice. Or, "l’heure est grave !", assène-t-elle.

Au point que des parents de victimes ont décidé de prendre la parole, de conter leur histoire, leur douleur. "La violence d’une certaine jeunesse s’aggrave. Pourtant, ce phénomène ne semble pas faire l’objet de programmes adaptés. Il y a aussi une carence d’encadrement de nos enfants qui se retrouvent livrés à eux-mêmes dès la fin du temps scolaire", constatent-ils. Et de fustiger "l’insuffisance" et "l’inadaptation" de la prise en charge des familles de victimes ainsi que le laxisme de la justice. "Lorsque mon frère a été poignardé, la police est venue le jour du décès, mais après, hormis Ba YaYa, nous n’avons reçu aucune aide", raconte Jérémy. "L’assassin de mon fils a été arrêté un mois après sa mort. Il a purgé quatre mois de prison puis a été relâché. Et ce sont des voisins du quartier qui me l’ont appris. Imaginez-vous ", confie Pindi, ulcérée.

Un manque de considération et une certaine apathie qui pousse Ngyess Lazalo Ndoma à s’indigner du "laisser-aller" de la part de certaines autorités publiques et agents institutionnels à l’égard de la communauté africaine. "Sommes-nous des citoyens de seconde zone ?", s’interroge-t-il dès lors.

"Quand il y a immigration, il y a systématiquement des problèmes dans la 2e génération", informe Mireille Robert. "La Belgique est un pays de prévention. La problématique qui touche la communauté subsaharienne doit servir de lunettes pour avoir une grille de lecture pour les autres immigrations." L’éducatrice tire donc la sonnette d’alarme pour cette jeunesse mais aussi pour "toutes les jeunesses issues de l’immigration" et "plus globalement de la jeunesse belge", et plaide avec force pour que l’association Ba YaYa soit pleinement associée à la conception des programmes de prévention et d’éducation.