Bruxelles est plus sûre qu'Anvers, avec moins d'argent
Le nombre de faits criminels par tranche de 1.000 habitants est moins élevé en Région bruxelloise que dans les autres grandes villes du pays. Découvrez notre infographie.
- Publié le 17-01-2016 à 18h54
- Mis à jour le 18-01-2016 à 13h48

Le nombre de faits criminels par tranche de 1.000 habitants est moins élevé en Région bruxelloise que dans les autres grandes villes du pays. Au lendemain des attentats de Paris, les partis flamands ont remis sur la table le débat sur la fusion des six zones de police bruxelloises, arguant que celles-ci pécheraient par manque d'efficacité. Mais sur quelle base factuelle ou examen chiffré repose cette offensive flamande ? Les statistiques délivrées par la police fédérale démontrent pourtant que la police bruxelloise serait plus efficace que celle des quatre autres grandes villes du royaume.
En tant que ville internationale, la Région de Bruxelles-Capitale devrait théoriquement afficher un taux de criminalité plus élevé qu'Anvers ou Liège. Mais ce n'est pas le cas. En 2014, le nombre de faits criminels par tranche de 1.000 habitants s'élevait à 134 en Région bruxelloise. C'est mieux qu'Anvers (138 faits/1.000 hab), Gand (137), Charleroi (173) et Liège (219). Si l'on tenait compte des nombreux navetteurs qui se rendent quotidiennement à Bruxelles, les chiffres seraient sans doute encore meilleurs.
Entre 2002 et 2014, le nombre de faits par habitant a baissé de 20 % en Région bruxelloise, un chiffre similaire à celui d'Anvers. On observe une légère recrudescence des faits criminels à Gand (+2 %) tandis que la situation est relativement stable à Charleroi et Liège : - 4 % et - 8 %.
Si la police bruxelloise n'est pas moins efficace, les partis flamands lui reprochent peut-être son coût élevé. Un argument caduc : le coût par habitant de la police bruxelloise en 2015 (299 euros par personne) était certes nettement plus élevé qu'à Liège et Charleroi (225 euros) mais moindre qu'à Anvers et Gand (309 euros).
Et une grande zone fusionnée comme à Anvers ne permettrait pas forcément de faire des économies d'échelle, étant donné que le coût d'une zone de police est essentiellement constitué de dépenses de personnel. Au 31 décembre 2013, on dénombrait un policier au cadre pour 198 habitants en Région bruxelloise, contre 238 à Anvers et 214 à Gand.
Il n'en reste pas moins que la police bruxelloise manque de moyens pour lutter contre le grand banditisme et le terrorisme. Depuis des années, les bourgmestres bruxellois réclament une révision de la norme KUL qui défavorise les grands centres urbains. Fixée en 1998, cette clé de répartition du personnel policier et de la dotation fédérale entre les zones de police du pays n'a jamais été réactualisée malgré le boom démographique en Région bruxelloise. En outre, cette norme dépassée ne tient pas compte des nombreuses charges du travail policier liées à la fonction diplomatique et au rôle international de Bruxelles.

"Pas plus de criminalité à Schaerbeek qu'à Uccle !"

Le bourgmestre de Schaerbeek fait valoir les résultats de la zone de police Nord et défend l'idée d'une police proche du citoyen.
Entre 2002 et 2014, les six zones de police bruxelloises ont toutes connu une baisse du nombre de faits criminels par habitant. C'est la zone de police Nord (Evere, Saint-Josse, Schaerbeek) qui réalise le meilleur score avec une diminution de 34,38 % des faits. Président du conseil de police et bourgmestre de Schaerbeek, Bernard Clerfayt (DéFI) s'oppose fermement à la fusion des zones bruxelloises et défend le développement d'une police de proximité.
La criminalité a baissé d'un tiers dans la zone Nord. Selon vous, ce n'est pas un hasard.
"C'est le résultat d'une politique choisie. Lors de la création des zones en 2002, nous avons opté pour la mise en place d'une police de proximité orientée vers la population et très présente dans les quartiers. Plutôt que d'avoir un commissariat central avec des voitures qui partent dans tous les sens, nous avons opté pour une grande décentralisation de l'organisation policière avec cinq commissariats munis de toutes les fonctions de police et répartis dans les trois communes et trois koban, des petits commissariats de quartier à la japonaise. Ce qui permet d'avoir toujours les mêmes policiers au contact des mêmes populations. Plus proche des gens et plus réactive, cette police est plus à même d'identifier les fauteurs de troubles."
Mais cela coûte plus cher !
"Oui, parce qu'il s'agit d'une police qui réclame plus de policiers. Nous avons, en moyenne, 10 % de policiers en plus que dans le reste de Bruxelles, donc le budget est 10 % plus élevé. Mais c'est un choix politique. C'est un pari que nous avons fait en 2002 avec le commissaire David Yansenne qui était résolument convaincu des bienfaits de la police de proximité. Ce pari paie."
On se souvient de son idée de faire appel aux mammas africaines.
"Nous travaillons beaucoup avec les comités de quartiers, les groupements d'habitants afin que l'information puisse remonter vers la police. Quand nous avons eu un problème particulier de délinquance avec des bandes de jeunes africains dans les transports en commun, nous avons travaillé avec les mammas, très respectées par ces jeunes. Celles-ci ont véhiculé des messages de sécurité. Ce travail a été valorisé par plusieurs récompenses."
Vous plaidez aussi pour la présence de policiers à cheval en ville.
"Alors que les chevaux ont été bannis de la plupart des villes, nous avons réinstauré une brigade équestre qui sert surtout à la belle saison. Juché sur son cheval, le policier dispose d'une vision extraordinaire et peut donc jouer un rôle de surveillance particulier. Mais comme il n'est pas enfermé dans sa voiture avec une radio qui parle tout le temps, il est en contact direct avec la population. Il peut s'arrêter pour parler à une dame qui lui signale quelque chose. C'est un instrument de police de proximité d'une efficacité redoutable."
La zone Nord affiche d'autres particularités ?
"Nous avons été pionniers sur une série de techniques policières. Lorsque nous avons voulu mettre fin aux bris de vitre et aux vols dans les véhicules, nous avons convaincu le parquet de faire un test avec une voiture piège. Le placement de ces véhicules a permis d'arrêter les bandes qui cassaient ces voitures. Nous avons étendu ça aux appartements pièges, avec moins de succès. Mais c'était original !"
Schaerbeek traîne encore une mauvaise réputation. Injuste ?
"Si l'on classe les 19 communes par niveau de criminalité, Schaerbeek est dans la bonne moyenne. Son taux de criminalité est comparable à celui d'Uccle. Même si ce n'est pas l'image qu'on en a, il n'y a pas plus de criminalité par habitant à Schaerbeek qu'à Uccle. Bien sûr, des quartiers ont des ambiances différentes. Par exemple, nous avons le Red Light District de Bruxelles où se développent davantage de phénomènes criminogènes qu'ailleurs. Sans la gare du Nord et ce quartier, nos chiffres seraient encore meilleurs."
Vous avez l'image d'un bourgmestre très ouvert sur les communautés, tout en portant un discours sécuritaire. Un mélange assez rare.
"On pense que la lutte contre l'insécurité est une politique marquée à droite, mais c'est une politique sociale qui s'adresse à toutes les couches de la société. Ce sont les citoyens les plus démunis socio-économiquement qui ont le plus besoin de sécurité dans l'espace public car ils le partagent avec tout le monde. Ils ne peuvent pas s'en extraire comme le font des personnes aisées qui vont, par exemple, circuler en voiture en soirée plutôt qu'en transports en commun. Quelle que soit leur origine, leur ethnie, leur culture, tous les habitants veulent de la sécurité. Qu'ils mettent un costard cravate ou une djellaba le vendredi pour aller à la mosquée, tous veulent pouvoir aller en paix."