Bruxelles Cette porte d’entrée importante dans Bruxelles suffoque sous le nombre de voitures.

L’avenue Charles Quint est bien morose lorsqu’on s’y promène : un nombre impressionnant de véhicules en tous genres, de nombreuses devantures fermées, des magasins désespérément vides de tout client et des trottoirs sur lesquels personne ne se plaît à traîner pour profiter de la vue pourtant parfaite pour admirer l’imposante basilique de Koekelberg.

"Tout le monde s’en va. Tous ceux qui louent ici s’en vont ailleurs et je les comprends. Moi si je n’étais pas propriétaire, ça fait déjà longtemps que je serais parti", explique un commerçant de la rue. Quelques maisons plus loin, une autre commerçante dresse le même constat. "Il n’y a plus personne ici. Les magasins ferment les uns après les autres. Mais forcément, nous n’avons plus de client. Ce n’est pas possible de payer les factures, et la location du bâtiment et toutes les dépenses qu’on doit couvrir. Moi aussi je vais partir. C’est sûr. Je n’en ai pas envie mais cela devra bien arriver", se résigne-t-elle.

Les habitants ne dépeignent pas non plus leur quartier très élégamment. "Moi j’habite ici depuis toujours. Et depuis une dizaine d’années ça se détériore vraiment. La rue est toujours sale, les magasins ferment tous. Il n’y a que des voitures qui passent ici", explique un passant. Cet axe régional est pourtant une des principales entrées de Bruxelles reliant le ring au tunnel. "C’est ça qu’on donne à voir aux personnes qui rentrent dans la capitale européenne ? Oui c’est vrai, on voit la basilique quand on arrive mais il ne faut pas trop regarder sur les côtés, c’est désespérant", ajoute une nouvelle fois un boucher.

Un mémorandum adressé à la Région

Ces constats, la commune de Ganshoren, et dans une moindre mesure la commune de Berchem-Sainte-Agathe, les a tirés il y a déjà longtemps. Mais étant face à une artère régionale, la marge de manœuvre des communes est limitée à des actions très réduites. "Pendant toute la législature, à chaque avis que nous remettions, nous exigions que la Région prenne ses responsabilités. Mais cela n’a pas évolué. L’avenue Charles Quint ne faisait pas partie des priorités, déplore Magali Cornelissen (MR), échevine de la Mobilité de Ganshoren. Lorsque Pascal Smet (SP.A) a lancé une étude sur le prolongement du métro, Ganshoren a défendu l’idée de le faire passer sous l’avenue et l’opportunité de construire un parking pour permettre aux gens qui rentrent dans Bruxelles de se débarrasser de leur voiture et de prendre le métro."

Lors de la prochaine législature, le nouveau bourgmestre de Ganshoren, Pierre Kompany (CDH), a d’ailleurs fait de l’avenue Charles Quint son cheval de bataille. "Aujourd’hui, il y a des immeubles qui entourent l’avenue et qui concentrent la pollution des véhicules. C’est devenu un véritable tunnel à ciel ouvert. Il faut inciter la Région à installer un parking de dissuasion et faire un véritable état des lieux de Charles Quint. Nous voulons aussi sensibiliser la population à la qualité de l’air. Nous réclamons, par exemple, l’affichage permanent de l’état de l’air afin que la population se rende compte de la situation. Cela nous permettrait aussi de prouver que nos revendications ne sont pas une blague."

De son côté, la commune de Berchem-Sainte-Agathe avait déjà adressé un mémorandum à la Région déplorant notamment que 15 ans après que la zone a été reconnue comme Zone d’intérêt régional, les avancées qu’elle a connue sont "toutefois bien en deçà des espérances" et parle de "désillusion" et de "découragement".