Bruxelles

Vingt ans... on dit que c'est l'âge de la maturité. Quel est votre bilan au terme de ces deux décennies de pouvoir régional bruxellois ?

On peut faire aussi bien un bilan positif que négatif Après 20 ans, une certitude : on a évité de faire de Bruxelles une pomme de discorde intra-belge et on a aussi assuré la stabilité d’une institution à laquelle on ne donnait pas beaucoup de chances de succès. A l’époque, la Région bruxelloise avait été le fruit d’un compromis qui, aux yeux de certains, était trop complexe pour survivre. Et pourtant on a assuré l’affirmation économique et internationale de Bruxelles. L’on n’a jamais créé autant de nouveaux emplois qu’aujourd’hui mais paradoxalement on reste avec un taux de chômage trop important. En même temps, la création de la Région a également permis de conforter la place de Bruxelles comme capitale européenne qui avait été très fragilisée. Autre acquis : il y avait un réel déficit démographique et aujourd’hui, on a repassé le cap du million d’habitants. Pour ce qui est des avantages créés pour les citoyens, on a maintenu et renforcé à un très bon niveau les services à la population : les services communaux ont pu être améliorés, les hôpitaux publics ont été développés. Et, ce n’est pas mineur, on a pu gérer, sans trop de tensions et avec peu de moyens, une multiculaturalité qui pose pas mal d’interrogations dans beaucoup de villes d’Europe. Nous avons également mené une politique active de rénovation urbaine, surtout dans la zone fragilisée de part et d’autre du canal.

Voilà pour le positif...

Dans la colonne de ce qui n’a pas répondu aux attentes, on dira d’abord que le financement structurel de Bruxelles n’est pas du tout adapté ni aux missions de capitale internationale de Bruxelles ni aux attentes en matière sociale, notamment. Mais 2009 sera une année charnière pour la survie de la Région bruxelloise dans de bonnes conditions

...Parce que c'est aussi l'année d'une nouvelle réforme de l'Etat ?

Le 20ème anniversaire de la Région arrive précisément au moment où il est devenu inéluctable que seuls des financements nouveaux pourront garantir la réussite des ambitions futures de Bruxelles. Par contre, si rien ne se passe, nous allons au-devant de très sérieux problèmes, en matière de dynamique économique, de résorption des problèmes sociaux, etc.

Voilà ce qui s'apparente à un coup de semonce...

Je vis ce 20ème anniversaire dans une relative satisfaction et en même temps je suis dans un grand état de colère par rapport à l’injustice faite à Bruxelles. La véritable cause des problèmes de qualité de la vie de nos concitoyens nous vient de l’inadéquation des institutions. Je suis irrité par cette obstination chez certains, en Flandre, à nourrir l’ambiguïté selon laquelle Bruxelles n’est pas une Région tout à fait comme les autres ! C’est particulièrement énervant à un moment où l’on a pourtant prouvé notre maturité. C’est encore plus énervant de voir qu’on ne nous accorderait que des strapontins pour participer aux négociations institutionnelles. En 20 ans, nous ne sommes pas parvenus à aborder objectivement, sereinement et suffisamment le problème des relations de Bruxelles avec son hinterland. Néanmoins, et c’est une réelle avancée, je crois que les deux autres Régions sont convaincues de l’importance stratégique de Bruxelles pour leur propre dynamique économique.

Après 20 ans, peut-on dire que la Région bruxelloise est une institution solide ?

Non, car l’édifice institutionnel reste à la merci, éventuellement, de la stratégie de paralysie d’un seul parti du côté flamand. Néanmoins, on a réussi la gageure de faire fonctionner ce qui pouvait être facilement exposé à un échec de par la complexité de l’institution. Dès lors, vu cette fragilité, Bruxelles ne peut certainement pas rater le prochain train de réformes.

Bruxelles réclame un refinancement. Toujours avec l'objectif des 500 millions d'euros ?

Il faut à la Région bruxelloise un mécanisme de financement structurel qui ne dépende pas toujours du fait du prince fédéral. Je suis convaincu qu’il faut des contrats de législature dans lesquels on objective les besoins et les moyens nécessaires, avec une série d’objectifs à atteindre que l’Etat fédéral s’engage à financer pendant toute la législature régionale. Et, pour ce faire, les moyens seraient confiés aux Bruxellois. Les Bruxellois doivent disposer de ces moyens sans que l’on soit amené à réaliser des arbitrages annuels auxquels pourraient prendre part tous les partis du pays.

Outre le volet financier, la réforme de l’Etat doit aussi permettre de faire évoluer un certain nombre de législations qui nous concernent directement. Je pense évidemment à la loi sur l’emploi des langues qui doit davantage tenir compte des spécificités du recrutement à Bruxelles et de la population. J’étais ainsi de ceux qui étaient favorables à un Selor régional. En même temps, on peut aussi attendre du fédéral que certaines compétences soient transférées. C’est loin d’être impossible : je tiens quand même à rappeler que le gouvernement bruxellois par-delà ses nuances politiques mais surtout linguistiques a proposé une note de consensus aux discussions de l’Octopus. C’était une vraie performance en soi ! Cela dit, parmi nos demandes, je citerais la régionalisation du tourisme.