Bruxelles

Dans le salon, à l’exception des photos des deux enfants du ménage, âgés de 2 ans et demi et de sept ans, peu d’éléments décoratifs ont été accrochés sur les murs bleu gris du salon. Seule l’imposante bibliothèque, remplie à ras bord, à côté de laquelle un petit bureau avec ordinateur et le parc du cadet ont été disposés, semble avoir fait l’objet d’une attention particulière. De l’autre côté de la pièce, deux canapés de taille modeste entourent une petite table basse et une télévision qui semble soudain minuscule. A côté, la toute vieille chaîne hifi familiale et une table sur laquelle fume encore une tasse de thé.

Située dans le haut de la commune, entre la chaussée de Gand et le Mettewie, la petite maison familiale que Catherine Moureaux et son compagnon ont achetée, puis investie en novembre dernier, est simple, voire sans chichi, confortable, relativement lumineuse et dispose d’un petit jardin. "On a hésité avec une belle maison située entre Beekkant et la gare de l’Ouest qui avait une grande terrasse, mais ce qui nous a décidés, ici, c’est le jardin", explique celle qui est devenue en février 2015 la cheffe de file des socialistes molenbeekois. Après les dernières élections régionales, en mai 2014, la jeune femme, schaerbeekoise à l’époque, avait réalisé le 3e score socialiste à Molenbeek, juste derrière les ministres Rudi Vervoort et Fadila Laanan. Alors que son père Philippe Moureaux et les socialistes avaient été évincés du pouvoir lors des élections communales de 2012, la question du transfert de sa fille dans la désormais plus célèbre commune de Belgique s’est alors rapidement posée.

Après neuf mois de réflexion, celle qui est également députée bruxelloise et chargée de cours à l’ULB avait pris sa décision : elle acceptait le défi. C’est-à-dire tout faire pour récupérer le mayorat perdu lors des prochaines élections de 2018.

Caractère et valeurs

En ce début du mois d’avril, Catherine Moureaux nous a ouvert les portes de sa maison, la première qu’elle achète, celle à Schaerbeek étant une location. "Il fallait trois chambres pour que les deux enfants aient la leur, ce qui n’était pas le cas avant. Il fallait aussi que ce soit bien desservi en transports en commun", explique-t-elle. "Cela a pris du temps ? La décision de venir a été longue, très longue, mais une fois que je l’avais prise, je voulais justement que ça aille très très vite. J’étais franchement impatiente, Je voulais que cela suive. Mais on a eu du mal à trouver la maison", s’exclame-t-elle. Celle qui aura bientôt 39 ans n’est pas du genre à traîner en route une fois qu’elle s’est fixé un objectif. C’est à huit ans qu’elle annonce à sa maman qu’elle deviendra médecin. Résultat : 20 ans plus tard, elle débute comme médecin généraliste au centre médical de la rue de la Victoire, dans le bas de Saint-Gilles. Durant dix années, la fille du célèbre bourgmestre va travailler quotidiennement là, où explique-t-elle , "un médecin peut jouer un rôle social, où il est au cœur des problèmes de la société". Un laps de temps durant lequel la jeune femme, toujours pas affiliée au PS, se met lentement mais sûrement à réfléchir à une entrée en politique. "Je voyais les limites de mon action de médecin. Je voulais faire plus, faire bouger les choses", raconte-t-elle

Depuis sa plus tendre enfance et durant 20 ans, Catherine Moureaux joue également au basket au haut niveau, occupant le poste de pivot. Une place qui consiste entre autres à intimider les adversaires qui cherchent à inscrire des paniers. Mais si la socialiste estime partager les mêmes valeurs que son père - au premier rang desquelles la détestation de toute discrimination - , elle insiste également : elle n’est pas son père. Pas question donc d’intimider et de passer en force comme le faisait son paternel. Au contraire, insiste-t-elle, place au dialogue et au collectif. En octobre dernier, elle annonçait d’ailleurs, aux côtés de la conseillère communale Farida Tahar, la tenue de différents ateliers au sein de la section, mais aussi une campagne de porte-à-porte, laquelle sera finalement reportée suite aux attentats de novembre.

Défis sociaux

Aujourd’hui, la situation sociale reste explosive dans la commune, le chômage des jeunes culminant à 40 % dans certains quartiers. Une situation insupportable, explique Catherine Moureaux, et qui l’a notamment décidé à venir à Molenbeek. Elle en est convaincue, plus que jamais, les socialistes ont un rôle à jouer pour le futur de l’entité. "Il y a des perspectives, mais il va peut-être falloir faire appel à de nouvelles stratégies", explique-t-elle, évoquant de nouveau sa méthode de co-construction.

Pour la députée, et cheffe de groupe à la Cocof, une seule certitude : il faudra miser sur l’enseignement et la culture. "Tout commence à l’école. Il nous faut les meilleurs enseignants à Molenbeek, et pour cela il faudra rendre ces postes plus attractifs financièrement. Il y a un talent incroyable chez les jeunes ! Il faut les aider à le développer. Notre richesse, ce sont les jeunes" !, insiste-t-elle.


Le bilan de son père

Si l’ancien bourgmestre Philippe Moureaux (PS), qui a dirigé la commune de Molenbeek durant 20 ans, s’est souvent retrouvé sous le feu des critiques dans la foulée des attentats commis en 2015 à Paris et Bruxelles, sa fille, Catherine Moureaux, considère que son bilan est globalement très positif. "Pour moi, c’est un visionnaire. Je vais prendre un exemple très simple : c’est le premier qui a parlé du boom démographique. Je me souviens très bien quand il en a parlé pour la première fois un dimanche. On était à table dans la cuisine", explique la cheffe de file des socialistes locaux.

Si Catherine Moureaux a horreur qu’on puisse la réduire à son lien de filiation, elle ne refuse pas pour autant d’aborder le bilan de son père. "Pour une grande partie de son mayorat, j’étais trop jeune, mais aussi pas encore investie en politique pour avoir un avis sur la question. Mais il a tout fait pour améliorer le quotidien et la situation des Molenbeekois. La seule chose qu’il a refusée, et que certains lui ont suggérée à l’époque, c’est de raser des quartiers entiers. Cela, oui, il l’a refusé ! Mais, visionnaire, il l’a été. Comme quand il a créé la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale en réhabilitant un bâtiment dans le Molenbeek historique pour y amener les différentes cultures. C’est unique à Bruxelles !", insiste l’élue PS.

Manque de mixité

Si celle-ci reconnaît qu’il peut exister aujourd’hui un manque de mixité dans le bas de la commune, elle rappelle que son père ne peut pas être tenu responsable de tout, ne disposant que de compétences locales. "Qu’aurait-il dû faire ? Refuser à des gens de venir s’installer ? Il faut être correct. Les populations se regroupent par affinités. On peut le déplorer, mais c’est un fait", explique-t-elle.

Si la socialiste se veut constructive, se dit tournée vers l’avenir, et n’a aucune exclusive en vue de la formation d’une majorité en 2018 (NdlR : "L’important, c’est d’en faire partie", explique-t-elle), elle égratigne quand même l’actuelle majorité MR-Ecolo-CDH. "Il y a notamment la gestion du dossier White Star. Les jeunes risquent de tout perdre. C‘est catastrophique."