Bruxelles

Ils sont tout un groupe de spécialistes dirigés par Geneviève Lacroix à s’être penchés depuis plus de deux ans sur la commune bruxelloise de Woluwé-Saint-Pierre dans le but d’éditer un livre qui soit le plus complet possible, riche d’enseignements sociétaux et varié dans les approches.

On y retrouve le baron Edgard Kesteloot, Marc Meganck, Isabel Vermote et Marc Villeirs, sans oublier le témoignage de Pierre Falkenbach qui, vu son grand âge, a connu les transformations radicales de la bourgade d’avant-guerre en une imposante commune de la périphérie immédiate de Bruxelles.

Xavier Claes, qui avait déjà travaillé avec l’éditeur Xavier Francart (Aparté) dans la série des volumes consacrés aux châteaux de Belgique, a été rappelé pour mettre son talent d’observateur au service d’un travail savant mais accessible à tous.

On voudrait voir toutes les communes du pays d’aussi belle manière traitées. Tous les éléments de ce qui s’apparente à un dictionnaire sans en avoir la sécheresse se retrouvent ici. Et c’est passionnant, même pour ceux qui ne sont ni natifs ni résidents de cette entité huppée de notre capitale que dirige à présent Willem Draps.

Après avoir compulsé les cartes qui délimitent la commune depuis les premiers relevés entrepris au début du nouveau régime français vers 1800, on aborde la question d’une commune qui cultive sa différence par la variété de ses espaces verts. Edgard Kesteloot eut la charge de ce long chapitre qu’il traite avec chaleur et précision dans le propos.

On n’imagine pas à quel point un patelin comme celui-ci peut être riche en faune et flore, offrant à travers ses parcs à l’anglaise plus qu’un soupçon de romantisme. Sans oublier les 650 pieds de vignes qui poussent sur le talus de l’ancien chemin de fer près du Musée du Tram. Sur la même avenue de Tervuren, on apprend grâce à Marc Meganck que l’on a trouvé au n°165 des silex taillés.

Donc il y avait du monde déjà par ici il y a plusieurs milliers d’années. Mais un monde réduit car la forêt de Soignes recouvrait l’essentiel du territoire de la commune. Laquelle restera jusqu’à la fin du XIXe siècle très largement rurale. Le patrimoine architectural, très bien étudié ici, montre les pertes subies en moins de cent ans. Fermes et châteaux, parcs et champs de courses (à l’instar du château Kiefelt ou de la ferme de Bemel) furent jetés par terre du fait de la poussée démographique et donc des prix au mètre carré.

Mais aux pertes vinrent s’ajouter des enrichissements comme le palais Stoclet, le château Blaton au Bovenberg, la villa Gosset, la maison Gombert et la maison du peintre Emile Fabry, sans oublier la Bibliotheca Wittockiana. Le règne de Léopold II allait transformer le village rural en une zone de résidence pour la haute société. Avec l’aide de l’industriel Parmentier, l’avenue de Tervuren fut créée. C’est de là que démarra le changement radical de la commune.

C’était il y a à peine plus de cent ans. La richesse de ce volume est incomparable. La cohérence du propos, chronologique et richement illustrée, permet de comprendre ce que fut la Belgique à travers cette seule commune. Le volume se trouve dans toutes les bonnes librairies.