Bruxelles

Ce n’est pas parce que le rideau officiel est tombé dimanche sur les commémorations de 14-18 qu’on revient immédiatement à l’ordre du jour… Au contraire, les mois et années à venir seront encore riches en réflexions sur l’après-guerre. Mais il y a encore bien des choses à dire sur 14-18. Par exemple sur les jouets belges fabriqués pendant le conflit. La thématique est au cœur d’une passionnante exposition qui se tient jusqu’au 10 avril de l’an prochain à la Maison du tourisme des Ardennes brabançonnes, rue de Nivelles à Wavre.

Elle l’est d’autant plus qu’elle est pilotée par Paul Herman, historien du jouet qui se double d’un collectionneur et d’un connaisseur éclairé de leur création, de leur fabrication et de leur histoire. Ces jouets fabriqués en pleine guerre y sont de plus très bien mis en valeur grâce à une présentation originale de Jean Serneels.

Une Œuvre belge fédératrice

Précisons qu’il ne s’agit pas d’une simple réunion de jouets mais de pièces qui, à leur petite échelle, ont contribué à nourrir l’esprit patriotique et de résistance des Belges. C’est l’occasion de rappeler l’action de "l’Œuvre belge du jouet" qui avait comme objectif de donner du travail aux soldats mutilés. Elle put compter sur la participation de divers artistes qui avaient fourni des dessins qui furent autant de modèles pour des jouets à connotation pacifique.

Parmi ces derniers émergea le peintre et décorateur Amédée Lynen (1852-1938) qui réalisa 40 planches présentant les armées du début de la guerre dans le style des images d’Épinal.

Les poupées de la princesse de Merode

Des dessins faussement naïfs qui permirent de réaliser de jolies figurines. Les prototypes et une soixantaine de personnages arment l’exposition. Le Bruxellois ne fut pas seul, loin s’en faut, il y avait aussi le Liégeois Marcel Jaspar et à Louvain la fabrique de poupées Remdéo. C’est la princesse de Merode qui l’initia. À noter qu’elle eut aussi une dimension plus wallonne de par la fabrication des têtes en biscuit (porcelaine mate) à l’usine de Fuisseaux à Baudour. Au-delà de la carte de visite des entreprises, l’expo présente surtout un bel éventail de leurs réalisations allant du béguinage de Dixmude - en 70 pièces - à la reproduction d’une chambre d’enfant en passant par un portrait devenu mythique du Roi casqué et de jolis cabriolets de grandes dimensions mais surtout très fragiles. On y découvre aussi le Loto des Belges de l’imprimerie Mottard à Bruxelles. Retenons enfin, l’analyse du commissaire de l’expo Paul Herman qui fait un lien entre le monde d’il y a un siècle et l’actuel : "Aujourd’hui la manipulation est semblable. Le bon contre le méchant ? Un western qui cache la brute. L’image d’Épinal est dans les musées ou les greniers poussiéreux. Mais les images diffusées sur le web ont la même force."


Rens. : www.mtab.be ou 010/230323