Des résistants pas si ordinaires en pleine lumière entre Bruxelles et la Thiérache

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Bruxelles "Stan et Ulysse, l’esprit inventif" est à l’affiche à Flagey jusqu’au 26 mai prochain.

A l’heure où les grands acteurs de la Résistance rejoignent de plus en plus le "paradis des vrais héros" - comme le récent décès de Jean d’Otreppe, un as de la Brigade Piron… - il est temps de resensibiliser les jeunes à leur combat sociétal, d’autant plus que les autorités publiques songent de plus en plus, elles, à réduire les budgets des commémorations…

Un bel outil à cet égard est le documentaire "Stan et Ulysse, l’esprit inventif" consacré au fameux Groupe Hotton qu’on peut voir jusqu’au 26 mai au Studio 5 de Flagey. Ce magnifique documentaire de Benjamin Hennot évoque par deux de ses acteurs leur absolue hostilité à l’occupant nazi et à son régime liberticide.

Ceux qui ont vraiment résisté n’ont pas fait dans le détail et encore moins dans la dentelle. Interviewés alors qu’ils avaient tous les deux franchi le cap des 90 ans, André Van Glabeke et Marcel Franckson sont passés respectivement des bancs de l’athénée royal de Koekelberg et des amphis de médecine de l’ULB au maquis du Sud de la Belgique.

Devenus du jour au lendemain Stan et Ulysse pour se préserver de l’ennemi, leur vécu de résistants montre qu’il ne faut jamais perdre espoir…

Des coups d’éclat nullement inventés

Après avoir pris déjà des risques à Bruxelles, on les retrouve en Thiérache, dans leur maquis solidement ancré dans la région de Couvin et de Chimay. Sans forfanterie ou auto-satisfaction mal placée, on est entraîné dans leurs coups d’éclat.

On passe d’attaques de locomotives à un hold-up, et même à des duels au revolver et des embuscades meurtrières. Une sorte de western wallon où l’expérience est rudement vécue. On est loin ici de la guerre industrielle, de celle souvent bien ordonnée des armées, place à un certain artisanat où on peut se sentir très seul même si on sait qu’un camarade est toujours prêt à sortir de l’ombre à sa place…

Pour rappel : ces résistants n’étaient pas des soldats mais des civils armés.

Un vrai résistant armé

Le film est aussi un bel hommage à la mémoire de Marcel Franckson, décédé à 95 ans, le 18 février dernier. Ce grand résistant armé entra dans la clandestinité à 18 ans dès le début de l’Occupation alors que le fatalisme défaitiste prenait le dessus.

Suivit un lent et parfois long cheminement jusqu’à la Libération, qui passa des tâtonnements propagandistes du Comité de surveillance à l’ULB aux campagnes de harcèlement à l’échelle d’une région.

N’empêche : de 1940 à 1944, Marcel Franckson fut le chef d’un groupe où le leadership était confié au plus compétent, celui qui avait fait ses preuves mais qui devait chaque fois remontrer sa fiabilité. Comme l’explique le film, "Marcel Franckson fut donc : agitateur étudiant antinazi, guérilléro urbain, chef d’un des maquis wallons les plus destructeurs et les plus remuants". Il en sort un témoignage aussi riche, que rare et précieux.

Du maquis au Congo en ébullition

Son complice Stan, André Van Glabeke, entra encore plus jeune dans la Résistance, âgé à peine de seize ans. Formé par un ancien des Brigades internationales, il fit la connaissance de Marcel Franckson et devint un pilier de son groupe. Son audace en fit un des chefs de section du maquis. Rebelle, un jour, rebelle toujours : après la guerre, il eut du mal à retrouver l’ordre et donc les bancs de l’école. Il mit donc le cap sur le Congo belge pour n’en revenir qu’à l’Indépendance.

La vie au Congo lui offrit un sas de décompression bienvenu. Il y resta aussi amoureux des armes et séduit par la guérilla.

Mais aujourd’hui, c’est un homme apaisé, un grand-père heureux, choyé par ses enfants et ses petits-enfants depuis le décès de son épouse. Qui se ressemble s’assemble : elle était "courrier" pour la Résistance dans le district de Chimay.

A voir "urbi et orbi". Mieux : "Stan et Ulysse" devrait être présenté aux cours d’Histoire mais aussi de philo et de citoyenneté… Surtout en ces temps de retour de populo-poujadisme.


Le contexte : Le Groupe D Hotton actif de 42 à 44

Sabotage Le Groupe D du Service de sabotage Hotton dont il est question dans le documentaire fut actif dans la région de Chimay et Couvin de 1942 à l’entrée des troupes américaines à Chimay en septembre 44. Il devait perturber les voies de communication et de télécommunication. Et aussi créer par l’action directe un climat d’insécurité pour l’Occupant et ceux qui le soutiennent. Le Groupe D fut actif pendant 32 mois, regroupant 250 hommes et femmes. En plus de ceux morts au combat, trois d’entre eux ont été fusillés alors que cinq autres étaient déportés. Ce fut un des plus puissants maquis de Wallonie, soutenu par la population et donc craint par l’armée d’occupation et leurs séides rexistes.

Bien isolés. N’étant pas des militaires, ils étaient soupçonnés de communisme. Pire, les gouvernements alliés installés à Londres ne leur procuraient ni argent, ni explosifs, ni armes. Pour répondre à leurs besoins, les maquisards du Groupe D rassemblèrent les armes abandonnées par l’armée française et dissimulées par des habitants de la région. Et cela déboucha sur une logistique très efficace.

Jamais deux sans trois. Il y avait un troisième survivant du Groupe D, qui ne figura cependant pas dans le film de Jacques Burniat, co-auteur avec Marcel Franckson de leur passionnante "Chronique de la guerre subversive". Le livre est épuisé mais sera accessible prochainement sur le site du Ceges et accompagnera la diffusion du film. Jacques Burniat avait été arrêté au tout début de la guerre et emprisonné jusqu’à la Libération. Il fut aussi méritant et courageux que ses compères. Afin de transmettre la mémoire, les rescapés du Groupe D créèrent un musée de la Résistance à Brûly-de-Pesche, près du site de leur dernier camp. La Chapelle du maquis est érigée en leur honneur. C. Le

Christian Laporte

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