Bruxelles

Des équipes de vigiles privés pour épauler le service Sûreté et contrôle de la Stib, une présence accrue de ces services dans les stations de métro à risque, un appel à la police : le gouvernement bruxellois, la direction et les syndicats de la Stib ont paré au plus pressé mardi afin de trouver une solution au problème récurrent de la sécurité sur le réseau de la Stib. Ce sont là des mesures temporaires dans l’attente de la confection d’un plan de sécurité. Il semble que le mot d’ordre des permanents soit plutôt favorablement accueilli au niveau des réseaux de surface (trams et bus). Des réactions plus négatives se sont fait entendre au niveau du métro où certains voudraient faire valoir également des revendications sociales et/ou barémiques. Les permanents des trois organisations syndicales ont répété qu’ils ne soutiendraient pas d’éventuelles actions.

Les trois acteurs ont décidé de ces mesures après une réunion convoquée en urgence après la grève qui a paralysé la Stib mardi après un incident. Car, comme le souligne le porte-parole de la Stib, Jean-Pierre Alvin, "le problème de la sécurité sur le réseau de la Stib est réel". Et de citer une augmentation de l’ordre de 20 à 30 % des agressions commises dans les transports publics bruxellois. Cette hausse, comme le montrent les chiffres de l’année 2010 (voir tableau), ne touche pas que le personnel de la STIB.

"Tout le monde se dit à la STIB : "on ne peut pas continuer à travailler comme cela" . Le problème est similaire à celui qui s’était posé pour les accompagnateurs de train ou pour nos collègues du TEC à Charleroi. On ne peut pas dire en arrivant au travail : "serai-je ce soir dans mon lit ou dans un lit d’hôpital ?" C’est l’état d’esprit de certains de nos agents qui travaillent sur certaines lignes", dit M. Alvin qui tient ainsi à dissocier la question des responsabilités dans l’incident survenu à la station Roi Baudouin et le problème de l’insécurité.

Les incidents et agressions se concentrent particulièrement sur un axe à l’Ouest et au Nord-Ouest de Bruxelles, entre les stations Beekkant et Roi Baudouin. Un pavé avait ainsi été lancé il y a deux semaines à partir de la mezzanine sur un métro quittant la station Stuyvenbergh, brisant le pare-brise. Un conducteur de tram a eu la mâchoire fracturée au cours d’une agression. "De tels incidents sont quotidiens, même s’ils n’ont généralement pas cette gravité", relève M. Alvin.

Pour la direction de la Stib, ce qui manque est une présence humaine sur les lieux à risque. La vidéosurveillance a un effet dissuasif car elle permet de confondre des auteurs. Mais ce n’est pas suffisant. "Il faut une présence humaine dissuasive : des personnes, pas forcément armées, qui peuvent intervenir dans les quelques minutes. Elle doit être clairement renforcée à certaines heures et dans certains lieux."

A la suite des incidents récents, 22 équipes de deux personnes de la police fédérale étaient déjà adjointes temporairement aux 150 agents de la police fédérale du métro. Un nouvel appel a été lancé à la police fédérale et aux polices locales pour une présence accrue. La Stib contribuera à l’effort : les 300 personnes occupées dans son service Sûreté et contrôle seront davantage impliquées dans la sécurité au détriment du contrôle des tickets.

La Stib a enfin obtenu - à titre provisoire - le renfort de vigiles privés qu’elle réclamait depuis quelques semaines en raison de l’augmentation des agressions en 2010.

Toutefois, il faudra que l’ensemble de ces mesures soient avalisées par le comité de gestion de la Stib, prévient Ridouane Chahid (PS), vice-président de la société de transport. Ce qui coince ? Le recours au privé. Le socialiste répète son opposition à l’usage, même temporaire et exceptionnel, de sociétés de gardiennage pour assurer la sécurité sur le réseau bruxellois. "Un employé d’une entreprise publique n’a aucun pouvoir sur notre réseau en dehors d’une présence visible, plaide-t-il . S’il faut dépenser de l’argent, autant renforcer nos services publics et avoir des agents formés et sous le contrôle direct de la Stib. Mais en ce qui me concerne, la seule réponse à la violence, c’est la police. Ou va-t-on si chacun commence à faire sa petite police privée ?"

Pour l’opposition MR, Vincent De Wolf regrette le côté flou des mesures annoncées et ne se fait que peu d’illusion quant "aux vœux pieux" de l’accord d’hier.