Bruxelles

On le sait peu, mais, tout le monde vous le dira à Dilbeek: avec ses presque 40 000 habitants, la commune est la deuxième plus peuplée du Brabant flamand après le chef-lieu, Louvain. Près de la moitié des habitants vivent dans Dilbeek proprement dite, séparée d'Anderlecht et de Molenbeek par le ring. Plus au nord, la commune englobe également Grand-Bigard, son château, et sa zone industrielle. Et puis, il y a les plus rurales Itterbeek, Schepdaal, St-Martens-Bodegem et St-Ulriks-Kapelle, châteaux et églises breugheliennes, déjà loin de Bruxelles. Toutefois, l'image qui colle à Dilbeek, c'est celle d'un bastion dur du mouvement flamand. Colle-t-elle à la réalité? Au moins en partie.

Depuis 1988, Dilbeek est dirigée, avec 3 ans d'interruption, par Stefaan Platteau, bourgmestre VLD. En 2000, le VLD avait remporté une victoire historique : 14 sièges sur 33, au détriment du rival de toujours, le CVP (8 sièges). Les sièges restants étaient allés à l'Union des Francophones (5), à la liste Volks (2), à Agalev (2), et au Vlaams Blok (2). Situation confortable? Même pas. Les libéraux avaient fini par devoir former une coalition avec l'ennemi d'hier, le CVP. Assurément pour les deux partis un mariage de raison.

Durant la législature, le CVP a joué au moins autant l'opposition que la majorité, laissant au bourgmestre et à son parti le soin de se dépatouiller entre les positions extrêmes de la N-VA (ex-Volks) et du Vlaams Belang d'une part, et la volonté de ménager les francophones jusqu'à un certain point.

Le prix de la paix

Difficile de décoder la politique communale en cette matière. Côté pile, Stefaan Platteau, qui a fait toute une carrière dans les assurances avant d'entrer, sur le tard, en politique, est un homme affable, qui parle français en privé à ses concitoyens francophones, et qui a aussi refusé de s'engager à boycotter les élections au printemps 2004, parce que «légaliste et belgiciste», un libéral ancienne manière qui se veut plus internationaliste que régionaliste.

Côté face, le français, mais aussi l'anglais sont proscrits de l'administration communale. Il avoue dans la presse «se poser des questions» face au cordon sanitaire, même s'il entend rester loyal à son parti (alors que le Belang n'a que deux élus au conseil communal), et fait, sous la pression des durs, entretenir les panneaux «Waar Vlamingen thuis zijn» alors qu'ils ont disparu partout ailleurs (lire aussi ci-dessous). M. Platteau: «Je défends le caractère flamand de Dilbeek. Je ne considère pas les francophones comme des étrangers. Ils sont également les bienvenus mais ils doivent s'adapter. Il faut bien que la Flandre commence quelque part.»

M. Platteau estime que sa politique a contribué à pacifier sa commune «où régnait une véritable allergie à tout ce qui était francophone». Il est clair que le bourgmestre doit toujours faire face à une frange particulièrement tenace du mouvement flamand, qui ne laisse pas passer le moindre prospectus ou la moindre affichette rédigés en français. Mais au sein de son propre parti, il doit aussi son ascension locale à l'ancien bourgmestre de Schepdaal, le très flamingant et toujours populaire Jef Valkeniers, passé dans les années 90 de la Volksunie au VLD.

Pour Guy Pardon, le chef de file de l'UF, «Nous nous adaptons, nous parlons le néerlandais, mais nous sommes toujours exclus de toutes les instances sportives ou culturelles alors que le Vlaams Belang, lui, y est représenté. Nous voulons juste vivre en paix, et être respectés.» L'an prochain, cela fera 50 ans qu'il vit à Dilbeek.

© La Libre Belgique 2006